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Story de la semaine / Restructuration / 08/01/2024

Quel avenir pour Orpea ?

Rarement une entreprise aura eu à traverser autant de crises successives : crise sanitaire en 2020 avec la Covid-19, crise réputationnelle avec la publication, en janvier 2022, du livre de Victor Castanet, Les Fossoyeurs, et crise de liquidité, du fait notamment d'une croissance immobilière démesurée, la même année.

Sauvé du précipice

Une série d'événements qui l'a contrainte, faute de liquidités, à recourir à un plan de sauvetage massif l'année dernière et à mener l'une des plus importantes restructurations financières conduites en France. Certes, le titre Orpea perd toujours près de 100 % de sa valeur en Bourse depuis janvier 2022. Et il reste au groupement mené par la Caisse des Dépôts et ses alliés (CNP Assurances, MAIF, MACSF), actionnaire majoritaire de l'entreprise depuis le 18 décembre dernier avec 50,18 % des parts, à engager la troisième et dernière augmentation de capital d'un montant de 311 millions d'euros (prévue en février). Mais le gestionnaire d'Ehpad envisage désormais l'avenir plus sereinement. Il faut dire qu'il s'est employé à bâtir des fondations plus solides. « Le groupe était au bord du précipice. S'il nous reste encore tant à faire pour concrétiser notre ambition de devenir le meilleur employeur du secteur, aujourd'hui, notre socle est robuste. Peu d'entreprises ont su se relever aussi vite », nous rappelle Laurent Guillot, directeur général d'Orpea depuis le 1er juillet 2022.

Orpea poursuit sa stratégie de valorisation des équipes et de renforcement du soin.

Fidéliser les équipes de soignants En 2024, l'entreprise compte donc poursuivre sa stratégie axée sur la valorisation des équipes et le renforcement du soin. La priorité sera mise à la stabilisation des effectifs (soignants, médecins, kinésithérapeutes, auxiliaires, etc.). Pour cela, Orpea peut capitaliser sur plusieurs actions menées l'année dernière comme l'instauration d'un dialogue social (19 comités sociaux d'entreprise ont vu le jour en 2022), la conclusion d'accords de revalorisation des rémunérations telle qu'une augmentation de 2 à 7 % des salaires selon l'ancienneté, l'octroi d'un treizième mois, etc. Autant d'initiatives qui lui ont déjà permis de faire baisser de 3 % le taux de rotation des équipes à fin 2023. Par ailleurs, le groupe va recruter massivement. Ce sont 600 CDI qui devront être conclus chaque mois au cours de cette nouvelle année. « Nous n'avons pas le choix, nous devons poursuivre nos recrutements car des collaborateurs quittent nos établissements. Notre taux de rotation sera tout l'enjeu de 2024 : c'est-à-dire de donner des conditions de vie et de travail meilleures, en proposant des perspectives de progression de carrière et de rémunération afin que les équipes aient envie de rester chez Orpea », nous explique le directeur général.

Garantir un contrôle du soin

Dans cette optique, en France, 5 millions d'euros seront dédiés aux parcours certifiant des collaborateurs et 10 millions d'euros à la formation continue. Le groupe, qui a lancé le premier programme « graduate » du secteur, prévoit d'accueillir 1 000 alternants cette année. Une école des métiers et une autre de management (une première là encore) ouvriront très prochainement leurs portes. À cela s'ajoutera un nouveau modèle d'organisation, au sein des établissements, basé sur le trinôme (directeur d'établissement, cadre de santé et médecin). « Il est indispensable de responsabiliser l'équipe managériale sur le plan des ressources humaines, du soin, et de la performance », soutient Laurent Guillot.

Et si, pour éviter tout nouveau scandale de maltraitance, la création d'instances de contrôle s'est multipliée ces derniers mois, une trentaine de projets pilotes (prévention de la grande dépendance, programme de nutrition et d'activité physique, etc.) ont été lancés pour soutenir la personnalisation des parcours de soins. Des initiatives qui commencent à porter leurs fruits, le taux d'encadrement ayant progressé de 10 % en un an tandis que le taux d'occupation au sein des établissements s'améliore mois après mois. « Il remonte de façon très nette hors de France et évolue positivement dans l'Hexagone », se félicite le directeur général.

Entrer dans une autre dimension

Mais une autre révolution, et non des moindres, est à venir : celle de la digitalisation. Un passage au numérique indispensable avec, par exemple, la digitalisation du processus d'entrée, le lancement d'une application pour le dossier médical du patient et d'un logiciel de gestion des plannings des équipes. « En dix-huit mois, nous avons déjà considérablement solidifié nos systèmes informatiques en les sécurisant et en remettant aux normes les infrastructures afin de garantir la continuité et la fiabilité de nos systèmes, indispensables au suivi du soin des résidents au jour le jour. Une cyber-attaque, telle que l'ont connu certains centres hospitaliers, aurait été une catastrophe de plus pour la réputation d'Orpea », confie Laurent Guillot. Enfin, l'objectif de réduction de détention immobilière de l'entreprise fixée à 20-25 % du portefeuille sera poursuivi en 2024. Si Orpea a déjà cédé les murs de plusieurs maisons de retraite pour un montant de 200 millions d'euros en 2023, en vue d'un recentrage sur l'Europe de l'Ouest, ce sont encore 500 millions d'euros de cessions qui sont prévues d'ici à décembre prochain, ainsi qu'en 2025 et en 2026. « Soit 1,5 milliard d'euros de cash qui devra servir, en partie, à financer les rémunérations, la formation et l'investissement dans le taux d'encadrement », nous précise le directeur général. Une foncière ad hoc devrait aussi être créée.

Une nouvelle identité

Ce travail accompli, il sera alors temps pour Orpea de concrétiser ce nouveau départ par une nouvelle identité. Et, là encore, l'entreprise entend aller vite. Elle se dotera d'une raison d'être au premier semestre 2024, avant d'adopter un nouveau nom et de devenir entreprise à mission en 2025. « Notre objectif est que les patients, les résidents et leurs proches viennent chez Orpea parce qu'ils ont confiance », veut croire Laurent Guillot qui a bien conscience que cette confiance devra aussi être rétablie avec les actionnaires minoritaires, massivement dilués dans le cadre de la restructuration financière du groupe et qui s'inquiètent de l'avenir de leur investissement.

La fin de vie à l'agenda politique

Si Orpea s'engage, Orpea ne peut pas tout. Alors que la population âgée ne va pas cesser de croître dans les années à venir, le système financier du secteur du soin et de la dépendance est à bout de souffle. « Il va falloir mener un travail collectif avec les acteurs publics, privés, et les autorités de tutelle afin de trouver un modèle plus pérenne. Le système français doit investir davantage dans la prévention afin d'aider les patients à entrer dans un parcours d'accompagnement allant de l'aide à domicile à la maison de retraite », estime Laurent Guillot qui appelle à un « New Deal » du secteur. Reste à savoir si la future loi de programmation du grand âge, qui devrait (enfin) être examinée cette année, y répondra.

S'agissant de la fin de vie, les contours du projet de loi, promis par Emmanuel Macron dès sa campagne présidentielle de 2017, devraient être connus en février, avant une présentation en Conseil des ministres courant mars-avril. Un premier pilier traitant du plan décennal des soins palliatifs sera rendu public ce mois-ci. l A. M.

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