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Story de la semaine / Valeur refuge / 23/09/2024

Comment s'explique la nouvelle ruée vers l'or ?

Le cours de l'or a doublé en cinq ans. Depuis le début de l'année, le métal jaune s'est apprécié de près de 30 % avec une nette accélération de la hausse depuis le mois d'avril. L'once (31,10 grammes d'or) vaut désormais 2 581 dollars (2 319,40 euros) alors qu'elle s'échangeait autour de 2 066 dollars le 1er janvier. Il faut remonter à la crise de 2008 pour voir une tendance haussière aussi forte en si peu de temps. Deux raisons principales expliquent cette frénésie. La première tient à l'accumulation de réserves d'or par les banques centrales asiatiques. La seconde, plus récente, est liée au revirement stratégique des investisseurs, qui semblent avoir retrouvé un appétit pour le métal jaune. La production d'or dans le monde augmentant très peu, contrainte par des conditions d'extraction de plus en plus difficiles, tous les ingrédients sont réunis pour alimenter cette tendance haussière.

La pression des banques centrales

La demande annuelle d'or s'est élevée à 4 899 tonnes en 2023, selon le World Gold Council. Ce qui constitue un record historique. Elle a été principalement alimentée par le secteur de la bijouterie (49 %), suivi par les banques centrales (23%), les investisseurs financiers (21%) et le secteur de l'électronique (7%), selon la Banque de France. La Chine et l'Inde représentent 57 % de la demande de bijoux en or, contre 21 % pour l'Amérique et l'Europe réunis. Les achats des banques centrales ne cessent d'augmenter depuis le Covid – la demande officielle est passée d'environ 500 tonnes en moyenne avant 2022 à plus de 1 000 tonnes par an –, alors même que les taux d'intérêt sont repartis à la hausse. « Avant 2008, indique Luc Luyet, Stratégiste changes auprès de Pictet Wealth Management, les banques cen-trales étaient plutôt vendeuses d'or. Depuis 2009, celles des BRICs sont devenues acheteuses, pour des raisons différentes mais convergentes. Depuis 2022, les banques centrales et fonds souverains des pays dits émergents (Chine, Inde, Turquie, Russie) tirent la demande. Selon les données du World Gold Council à fin juillet, la demande de la Chine a augmenté de plus de 300 tonnes, tandis que la Turquie a accumulé presque 200 tonnes et l'Inde environ 100 tonnes. »

Depuis 2022, les banques centrales et fonds souverains des pays émergents tirent la demande.

La plupart sont des pays qui augmentent leurs stocks d'or avec l'objectif de diminuer leur dépendance, voire sortir, de l'étalon dollar. À cette ambition de « dédollarisation » s'ajoutent des problématiques nationales. Ainsi, note Charles-Henry Monchau, responsable des Investissements de la banque genevoise SYZ, « les particuliers chinois, qui voient en l'or une valeur refuge alors que le marché immobilier et les actions locales restent englués dans un marché baissier, ont accru leur exposition ». En Inde, également, selon Luc Luyet, « la demande a augmenté depuis le mois de juillet. Au-delà des raisons saisonnières sous-jacentes – liées aux mariages – qui se vérifient tous les ans, la décision du gouvernement de Narendra Modi de baisser l'impôt sur les importations d'or de 15 % à 6 % favorise une demande soutenue. »

Un contexte géopolitique et macroéconomique favorable

Certains pays, « la Pologne ou Singapour par exemple, ont également augmenté leurs réserves, relève Laurent Maurel, analyste Métaux précieux et miniers. Leur objectif ? Diversifier leurs réserves et crédibiliser leur monnaie dans un environnement économique rempli d'incertitudes ». Il souligne que « les chiffres de la demande d'or sont difficiles à analyser parce qu'opaques. Un exemple : qui dit que la Banque Populaire Chinoise n'a pas diminué ses achats d'or parce que la Russie règle ses commandes de pétrole en or physique ? De la même manière, il est impossible de savoir si des banques centrales occidentales ne louent pas leur stock d'or ». Celles-ci (US, UK, zone euro, etc.) « n'ont pas acheté d'or depuis 2009 (mais n'en ont quasiment pas vendu). La plupart d'entre elles ont des gros stocks d'or liés à la période du “gold standard” », rappelle Luc Luyet. Ce qui signifierait que les réserves des banques centrales pourraient dépasser les estimations.

Les économies occidentales ont de bonnes raisons de revoir leur copie sur l'or : « La baisse des taux d'intérêt entamée, et qui devrait continuer, n'aura pas, ou peu, d'impact sur l'attractivité de l'or, physique ou papier. Non seulement parce que les BRICs et autres économies émergentes sont engagées dans une dédollarisation, mais aussi parce que les investisseurs américains et européens commencent à intégrer que la stagflation est de retour et est là pour durer. Dès lors, la meilleure arme contre une croissance atone et une inflation rampante, mal maîtrisée, c'est l'or », estime Laurent Maurel.

Un horizon haussier

« Sur la base d'indicateurs techniques, il ne serait pas étonnant de voir l'or atteindre un cours de 3 000 dollars dans les mois à venir, prévoit Charles-Henry Monchau. La vague de fond qui soutient le cours de l'or est celle du “débasement” monétaire, un terme anglo-saxon qui signifie la perte de valeur des monnaies, en raison de politiques monétaires trop accommodantes et d'une planche à billets qui tourne à plein régime. Le seul refuge reconnu est l'or. » Et Laurent Maurel d'ajouter : « Les indicateurs fiables de tendance sur les flux d'or sont les marchés de contrats à terme, le LME et le CME. Que nous enseignent-ils aujourd'hui ? La semaine dernière, les volumes des positions vendeuses ont atteint un record historique. Les négociants en contrats à terme sur l'or ont porté leurs positions nettes vendeuses sur le Comex à un niveau record (-254 000 contrats, soit environ - 64 milliards de dollars). Historiquement, de tels niveaux ont coïncidé avec des sommets majeurs du cours de l'or (juillet 2016, février 2020, mars/avril 2022). Si l'histoire se répète, le prix de l'or devrait se corriger à court terme et revenir dans une fourchette comprise entre 2 200 et 2 300 dollars. Ce repli sera très vite compensé par des achats massifs des gérants d'actifs occidentaux. Mais si l'or continue d'augmenter à partir de ces niveaux, ces acteurs, n'auront d'autre alternative que de racheter leurs positions vendeuses à découvert. Nous pourrions alors assister à un short squeeze qui entretiendrait la hausse du métal. »

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