Comment l'Italie renoue avec le sérieux budgétaire >
Deuxième pays le plus endetté de la zone euro, l'Italie a dévoilé le mois dernier son nouveau plan structurel budgétaire pour ramener le déficit public sous les 3 % du PIB dès 2026 – en avance sur les prévisions de la plupart des économistes – et placer la dette en pourcentage du PIB sur une trajectoire descendante à partir de 2027, soit deux ans plus tôt que ce que prévoit désormais la France. Un exercice de consolidation somme toute classique qui devrait combiner hausses des recettes, coupes ciblées dans les dépenses et lutte contre l'évasion fiscale.
De la sorte, le gouvernement de Giorgia Meloni, qui vante auprès de l'Union européenne une politique budgétaire « prudente et responsable », espère sortir rapidement l'Italie de la procédure pour déficit excessif engagée à son encontre par la Commission en juillet dernier, tout comme six autres États membres, dont la France. Pourtant, le chemin reste encore fastidieux alors que la dette italienne culminait à près de 3 000 milliards d'euros (134,8% du PIB) en 2023. « Le prochain budget exigera des sacrifices de la part de tous », prévenait déjà il y a quelques semaines le ministre de l'Économie, Giancarlo Giorgetti, recadré depuis par la présidente du Conseil.
Un effort d'autant plus difficile que la croissance – révisée à la baisse de 0,2 point de pourcentage à 0,7 % pour 2023 par l'Institut national de la statistique italien – patine. Si le gouvernement vise une expansion de l'économie de 1 % en 2024, l'Office parlementaire du budget italien et la Banque d'Italie tablent désormais plutôt sur 0,8 % et s'inquiètent du « manque d'informations détaillées » dans le document budgétaire communiqué par l'exécutif. À plus long terme, la démographie et le marché du travail posent également des problèmes structurels importants.
Héritage du superbonusAutre baisse, plus réjouissante pour le Trésor italien, celle du déficit, ramené l'an dernier à 7,2 % du PIB, contre une précédente estimation à 7,4 %. Sa diminution devrait même accélérer dès 2024 pour retomber à 3,8 % du PIB, essentiellement grâce à une hausse imprévue de 6,5 % des recettes fiscales depuis le début de l'année, et se poursuivre graduellement pour plonger en deçà du seuil fatidique des 3 % en 2026. En revanche, si le poids de la dette dans le PIB a, lui aussi, été révisé à la baisse pour 2023, il devrait continuer de s'alourdir jusqu'en 2026 pour approcher les 138 % du PIB avant de reculer, selon les autorités.
Le déficit a été ramené l'an dernier à 7,2 % du PIB, sa diminution devant même s'accélérer dès 2024 pour retomber à 3,8 % du PIB.
Un dérapage qui résulte en grande partie du superbonus, adopté par Rome en 2020 pour relancer le secteur du bâtiment et favoriser la transition écologique. Abandonné depuis, ce dispositif, conçu comme un crédit d'impôt, permettait de se faire rembourser l'intégralité du montant dé-pensé pour rénover son bien immobilier avec une prime de 10 %. Particulièrement coûteux, son impact sur les comptes publics – de l'ordre de 40 milliards d'euros par an – perdurera donc jusqu'en 2026, rajoutant plus de 2 % de PIB d'émission annuelle de dette d'ici là, selon les économistes de Goldman Sachs, alors que le service de la dette frôle déjà les 4 % du PIB (près de 80 milliards d'euros en 2023) dans la Péninsule.
Sa disparition ne devrait toutefois pas trop entacher les perspectives du secteur de la construction – et de l'économie en général – qui dépend avant tout de la capacité de l'Italie à déployer sans délai les fonds du plan de relance européen, dont elle est la principale bénéficiaire, qui financent son propre plan national de relance et de résilience. Alors que Rome a déjà perçu 113,5 milliards d'euros sur un total de 194,4 milliards, seuls 52 milliards ont été dépensés à ce jour. Utiliser cet argent constitue donc une priorité pour l'économie italienne qui a retrouvé en début d'année seulement son niveau d'avant la crise financière de 2008, plus d'une décennie après ses voisins européens.
Contribution des banques et des assurancesÀ plus courte échéance, le gouvernement vient d'adopter les grandes lignes du budget 2025 qui sera bientôt soumis au Parlement. Celui-ci comporte des mesures nouvelles pour environ 30 milliards d'euros, principalement à destination du système de santé et des ménages les moins aisés, dont une partie devrait être financée par une contribution exceptionnelle des banques et des assurances. Rome envisage ainsi d'étaler dans le temps les crédits d'impôts accordés aux entreprises afin de dégager 3,5 milliards d'euros de liquidité. Un choix plutôt raisonnable, jugé acceptable par les premières concernées, et guidé par le souvenir douloureux du fiasco de la taxe sur les superprofits des banques l'an dernier.
Les efforts reposeront également sur les dirigeants des sociétés publiques dont le salaire devrait être plafonné à 80 000 euros par an, soit une rémunération identique à celle de la présidente du Conseil. Les ministères devront aussi mettre la main à la poche en procédant à des coupes budgétaires de 5 % pour économiser 3 milliards d'euros. Enfin, le gouvernement devrait tailler dans les niches fiscales qui représentent 80 milliards d'euros de l'autre côté des Alpes.
Les revenus des familles modestes seront, au contraire, épargnés puisqu'elles bénéficieront de 15 milliards d'euros de baisses d'impôts et de cotisations sociales. Ainsi, la baisse des charges sociales pour les salaires annuels inférieurs à 35 000 euros, déjà en vigueur à titre temporaire, sera reconduite, tout comme la fusion des deux premières tranches d'impôt sur le revenu. Pour relancer la natalité, Giorgia Meloni veut, en outre, mettre en place une prime de 1 000 euros pour les parents d'un nouveau-né qui gagnent moins de 40 000 euros par an.