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Business / La story de l'Espagne / 27/01/2025

Économie : Quels sont les ressorts du sursaut espagnol ?

En 2024, l'Espagne s'est affirmée comme l'économie la plus performante des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon le classement annuel de The Economist. Basé sur des indicateurs tels que la croissance du PIB, l'évolution du chômage et la maîtrise de l'inflation, ce titre illustre un fort renouveau économique pour un pays très marqué par la crise de 2008.

Avec une croissance annualisée de 3,3 % au troisième trimestre 2024 et une prévision annuelle dépassant 3 %, l'économie espagnole surclasse la moyenne européenne. Ce dynamisme repose sur plusieurs piliers : un marché du travail dynamisé par une politique migratoire inclusive, un secteur touristique en plein essor et des investissements massifs issus des fonds européens de relance. Le tourisme (12% du PIB et 14 % de l'em-ploi en 2024) a bénéficié d'un important retour des visiteurs internationaux (record de 94 millions de visiteurs), surpassant les niveaux prépandémiques et stimulant les recettes fiscales et l'investissement. Le marché du travail montre aussi des signes encourageants. Le taux de chômage, encore à 14 % en 2021, est tombé à 11,2 % au troisième trimestre 2024, son niveau le plus bas depuis plus d'une décennie. Ce progrès reflète les effets des réformes de 2022, qui ont favorisé les embauches stables tout en réduisant la précarité.

Marché du travail dynamique, tourisme en plein essor, investissements massifs et finances publiques assainies.

Parallèlement, le gouvernement a assaini la situation des finances publiques : le déficit budgétaire reste stable autour de 3,5 %, et la dette a baissé à 104 % du PIB, contre un pic de 120 % en 2020. L'Espagne parvient ainsi à générer de la croissance sans alourdir significativement son endettement, une exception notable dans une Europe en difficulté.

Un contraste frappant avec les années de crise

En 2008, la crise financière mondiale a plongé les économies européennes dans une récession profonde, notamment dans les pays d'Europe du Sud. Entre 2009 et 2013, le PIB espagnol s'est ainsi contracté de 8 %, tandis que le chômage atteignait des sommets, dépassant 26 % en 2013. La jeunesse espagnole a été particulièrement touchée, avec un taux de chômage des moins de 25 ans proche de 55 %. Les finances publiques étaient également en grande difficulté. En 2014, la dette publique atteignait près de 105 % du PIB, contre seulement 35 % en 2007, et le déficit public dépassait 10 %. Ces déséquilibres ont conduit l'Espagne à solliciter une aide financière de l'Union européenne et à entreprendre une politique de rigueur budgétaire qui a fortement pesé sur les ménages et la croissance.

Depuis, l'économie espagnole a connu une transformation progressive mais significative. Les réformes structurelles engagées à partir de 2012, notamment sur le marché du travail et la fiscalité, ont permis de restaurer la compétitivité et d'attirer de nouveaux investissements étrangers. Par exemple, les exportations espagnoles, qui représentaient moins de 25 % du PIB en 2007, dépassent désormais 35 %, reflétant une diversification réussie de l'économie.

Les limites d'une réussite spectaculaire

Malgré ces succès, plusieurs failles subsistent. Le coût de la vie continue d'augmenter, notamment dans les grandes villes, où les loyers ont bondi de 5 % en moyenne en 2024. De plus, 26 % de la population reste exposée au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale, un chiffre alarmant pour la quatrième économie de la zone euro. Aussi, outre les effets environnementaux connus, le surtourisme aggrave la crise du logement dans les grandes villes et les zones côtières.

L'inflation espagnole, quant à elle, se distingue de celle de ses voisins européens. Alors qu'elle est maîtrisée en France (1,3% en 2024), elle a réaccéléré en Espagne, passant à 2,8 % en décembre. Bien que cette hausse soit le reflet d'une croissance économique robuste, elle pèse sur le pouvoir d'achat et soulève des inquiétudes, d'autant plus que la Banque centrale européenne (BCE) prévoit de poursuivre ses baisses de taux pour soutenir les autres économies européennes, ce qui pourrait accentuer les tensions inflationnistes en Espagne.

Le pays reste également dépendant de moteurs structurels, comme le tourisme, qui, après des années records, devrait se normaliser. Ce ralentissement pourrait peser lourdement sur la croissance. De plus, les fonds européens, qui ont contribué à renforcer les capacités industrielles et énergétiques du pays, ne sont pas garantis à long terme.

Perspectives pour 2025 : vers un ralentissement contrôlé

En 2025, la croissance espagnole devrait ralentir à 2,1 %, selon le FMI. Cette décélération résulte d'une normalisation des flux touristiques et d'une demande mondiale affaiblie, notamment en Europe et en Chine. Les exportations, essentielles pour le secteur manufacturier, pourraient être mises sous pression par un euro relativement fort et des coûts salariaux en hausse. Malgré cela, l'Espagne conserve des atouts. Le pays poursuit sa transition énergétique, avec les énergies renouvelables représentant près de 50 % de sa production électrique en 2025. Le corridor hydrogène ibérique, développé avec le Portugal et la France, pourrait faire de l'Espagne un hub stratégique pour l'hydrogène vert, attirant des investissements européens et internationaux.

Mais l'année 2025 s'annonce marquée par l'instabilité politique, alimentée par la montée des partis populistes, notamment Vox à l'extrême-droite. Ce climat risque de compliquer la consolidation des récents succès économiques de l'Espagne et d'entraver la mise en œuvre des réformes nécessaires.

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