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Coffee Talk / François Hollande / 06/02/2026

François Hollande :
“Le mieux est l’ennemi du bien : je l’ai vérifié dans tous les domaines de la vie personnelle comme de la vie politique.”

François Hollande nous a reçus pour ce premier “coffee talk”. L’occasion de demander à l’ancien Président de la République, aujourd’hui député de la 1ère circonscription de la Corrèze, de nous parler de ses sources d’information, d’inspiration et de distraction.

François Hollande, lors d'une séance de dédicaces à Carcassonne (photo Gilles Bigou/AFP).

Quelle est votre première lecture du matin ?
C’est le quotidien La Montagne ; l’édition de Tulle, naturellement.

Quelle est l’information qui pourrait vous mettre de bonne humeur, en ce moment ?
Un évènement qui vient nous livrer une leçon d’humanité. L'information sportive me met encore de bonne humeur. L'information politique est quand même en ce moment plutôt lourde.

Regardez-vous votre téléphone dès que vous vous levez ?
Oui avec une question : que s’est-il passé cette nuit dans le monde ? 

Avec quelle appréhension ?
Avec la certitude d’y découvrir les dernières déclarations de Donald Trump. Et comme il parle souvent, voire beaucoup, il a réussi à s’imposer comme celui qui fabrique notre information du jour.

Est-ce que vous jetez un coup d’œil à votre téléphone la nuit ?
Oui pour l’éteindre. C’est un appareil qui est l’ennemi du sommeil.

Si vous avez 15 minutes à perdre, que regardez-vous sur votre téléphone ?
Je suis abonné à l’AFP. Et ainsi abreuvé des informations venant du monde entier. Si j’ai un quart d’heure à perdre, je consulte le fil de dépêches sur mon téléphone, en gardant celles que je me réserve pour une lecture future qui ne viendra peut-être jamais.

Consultez-vous les réseaux sociaux ?
Instagram. Dans la mesure où j’y publie des posts, je regarde aussi ce que les autres font. Mais je passe plus de temps à lire la presse qu’à consulter les réseaux sociaux.

Est-ce qu’il vous arrive de liker des contenus ?
Peu. Seulement des contenus d’initiatives d’intérêt général ou d’associations. J’ai été président de la Fondation La France s’engage. Si je vois une expérience innovante, j’essaye de la faire partager pour que le plus grand monde s’y intéresse.

Y a-t-il des réseaux sociaux sur lesquels vous interdisez d’aller ?
Non. Je suis sur X où je compte 3 millions d’abonnés, sur Instagram, sur Facebook et même sur TikTok, mais je suis lucide sur les propriétaires de ces plateformes et leurs ingérences.

Quand vous envoyez un texto, avez-vous un émoji préféré ?
Non aucun. Je préfère utiliser mes propres mots.

Avez-vous des vrais moments de déconnexion ?
Trop peu, je le reconnais. Sauf quand je suis en voyage à l’étranger.

Combien de mails recevez-vous par jour ?
Trop. J’ai une équipe heureusement qui les gère. Car on peut être très vite débordé. Et en fin de compte je n’ai que dix mails utiles par jour

À quels moments ouvrez-vous un livre ?
J’ai cette chance d'être beaucoup dans les transports. Pour aller en Corrèze, le trajet en voiture ou en train dure au moins 4h30. C’est un moment d’autant plus formidable pour se plonger dans un livre sans que personne ne vous dérange. En dehors de ces accalmies, il y a les vacances pour se poser avec un bouquin. Le bien-être aujourd’hui, c’est de savoir se ménager de vraies pauses.

Quelle est la dernière lecture qui vous a marqué, touché ou fait réfléchir ?
Il s’agit d’un ouvrage dont le quotidien La Montagne avait parlé dans ses pages nationales et qui est écrit par Jean-François Serres. Son livre s’appelle "Les relations qui comptent" et il est consacré à ces grands problèmes que sont l’isolement, la solitude ou l’exclusion. Autant de sujets graves que l’auteur connait bien pour avoir exercé des responsabilités à la tête des petits frères des Pauvres et à Emmaüs ainsi qu’au Conseil économique, social et environnemental. 

En quoi ce livre vous a-t-il marqué ?
Il m'a éclairé sur l'ampleur du phénomène. Dix millions de personnes vivent en France dans la solitude. Qui n'est pas qu'un problème d'éloignement ou de vieillissement. C'est un trait dominant de nos sociétés et de la période que nous traversons. Et les réseaux sociaux comme l'intelligence artificielle vont encore amplifier l'isolement. Avec maintenant des personnes qui vivent avec leurs amis de l'intelligence artificielle. 

En avez-vous parlé avec l’auteur ?
Oui. Nous allons continuer à échanger sur ces sujets.

Si vous deviez offrir un livre à un ami, ce serait lequel ?
Les Misérables, quoi qu’il arrive. Il y a dans ce livre de Victor Hugo un côté permanent qui n'est pas simplement une histoire de miséreux mais qui est surtout une histoire de destins et de rachats. C’est un livre qui va une nouvelle fois être adapté au cinéma avec Vincent Lindon et Camille Cottin. Et je l’offrirai à mes amis, dans la collection de la Pléiade. 

Si vous deviez offrir un livre à Emmanuel Macron, lequel choisiriez-vous ?
Le mien sur Les leçons du pouvoir.

Quel livre vous a-t-on offert et qui vous a marqué ?
J’étais très jeune. Il s’agissait de la promesse de l’Aube de Romain Gary.

Y a-t-il un auteur qui vous inspire ?
J’ai redécouvert récemment un auteur, aujourd’hui un peu oublié. C’est Anatole France. Avec un petit livre qui s’appelle “Les dieux ont soif”. Cela se déroule pendant la Terreur, avec un individu qui devient bourreau, dénonce ses proches et est pris dans l’engrenage révolutionnaire, jusqu’à détruire la famille qui l’a recueilli.

Quelle est la série télévisée qui vous a récemment marqué ?
Je ne suis pas un adepte des séries, car il faut y consacrer beaucoup de temps. J’ai retrouvé les épreuves du 13 novembre dans la série remarquable "Les vivants". Mais j'ai regardé, par curiosité, et avec plaisir celle sur François Mitterrand avec Denis Podalydès dans le rôle principal. Bien sûr cette série consacre une large place à la vie privée de l’ancien président. Malgré tout, c'est important qu'une génération qui n’a pas connu François Mitterrand puisse découvrir ainsi quel homme il était dans sa complexité. Aucun sujet n’est occulté, même pas sa relation avec René Bousquet.

Avez-vous un film culte ?
Ah oui ! Sans hésiter c’est La Grande Illusion de Renoir. Avec des grands acteurs comme Erich Von Stroheim, Pierre Fresnay, Jean Gabin, Dalio ou Carette. Il y a dans ce film une scène ou Erich Von Stroheim est obligé de tirer sur Pierre Fresnay au point de le blesser mortellement. Et là ils ont un dialogue magnifique entre deux aristocrates qui comprennent que non seulement leur vie est bientôt terminée, mais leur époque est sur le point de s’achever.

Avez-vous une réplique culte ?
C’est dans Spartacus de Stanley Kubrick. Kirk Douglas joue Spartacus, il a perdu la bataille et son vainqueur ne sait pas qui est Spartacus. Face à plusieurs centaines de prisonniers, il demande qui est Spartacus ? Kirk Douglas se lève et dit "je suis Spartacus". Mais immédiatement tous les autres esclaves se lèvent et disent à leur tour "je suis Spartacus", pour dire : "vous ne saurez jamais qui est Spartacus".

Quel film pouvez-vous voir et revoir à chaque fois avec le même plaisir ?
“Un jour sans fin”, que j’ai vu des dizaines de fois. Et dans un autre registre “Le dîner de cons”.

Avez-vous un petit plaisir coupable en matière culturelle ?
Oui, la peinture.

Vous la pratiquez ?
Non, pas du tout. Je la regarde.

Si un acteur ou une actrice devait jouer votre rôle, vous aimeriez que ce soit qui 
En fait ça a été fait. Grégory Gadebois, dans un film d’Anne Fontaine. Il y a eu aussi Patrick Braoudé qui m’a incarné dans le film "La dernière campagne".

Si un auteur ou une autrice devait raconter votre vie, vous aimeriez que ce soit qui ?
Karine Tuil. Elle l’a un peu fait, d’ailleurs, dans son dernier roman.

Est-ce que vous écoutez des podcasts ?
J’apprécie les podcasts historiques. Celui de Philippe Collin, pour France Inter sur Sigmaringen était formidable.

Quelle serait l’affiche de votre concert idéal ?
J’en ai plusieurs : Benjamin Biolay, Véronique Sanson, Michel Jonasz, Maxime Le Forestier. Je vais les voir régulièrement en concert.

Quel chanteur regrettez-vous de ne jamais avoir vu sur scène ?
Jacques Brel. Il reste un souvenir d’enfance. Il a arrêté la scène très tôt – en 1967 je crois. Mais chacun de ses concerts était un moment de grâce.

Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous débutiez et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
De mon père, je n'ai pas forcément tout retenu. Mais il y a vraiment une maxime qui me revient souvent et que mon père répétait sans cesse, elle me parait tellement juste avec l’expérience : "le mieux est l'ennemi du bien." Et je l'ai vérifié dans tous les domaines de la vie personnelle comme de la vie politique. C'est-à-dire que quand vous voulez aller trop dans le détail, quand vous voulez aller dans la perfection, vous n’aboutissez jamais à quelque chose de satisfaisant. À un moment, il faut se dire qu'on a fait ce qu'on avait à faire, que ce qui compte, c'est le bien. 

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