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Coffee Talk / Marie-Anne Barbat-Layani / 13/02/2026

Marie-Anne Barbat-Layani :
“Je résiste vaillamment au tout digital : j’aime sentir la pulpe du papier, son odeur.”

La présidente de l'AMF, l'Autorité des marchés financiers, aime beaucoup les chiffres. On découvre, à l'occasion de notre “Coffee talk”, qu'elle apprécie aussi beaucoup les lettres...

Marie-Anne Barbat-Layani dans son bureau à l'AMF (photo Marthe Lemelle).

Comment vous informez-vous au quotidien ?
Je suis accro à la radio. C’est mon premier réflexe. Je me fais livrer plusieurs journaux le matin chez moi car j’aime scanner les unes d’un coup d’œil, sentir la pulpe du papier, son odeur. C’est un rituel et un plaisir auquel je ne suis pas prête à renoncer. Je résiste vaillamment au tout digital. Mais je lis la revue de presse de l’AMF sur mon portable, les brèves que me signalent les collaborateurs, les alertes sur les mouvements de marché…

Quelles sont vos lectures du matin ?
Le Financial Times, Les Échos, le Parisien, Politico… sans oublier une fois par semaine le Canard Enchaîné. Les hebdos.

Quelle est l’information qui pourrait, en ce moment, vous mettre de bonne humeur ?
Un mea culpa des Talibans qui permettraient aux filles de retourner à l’école.

Regardez-vous votre téléphone dès que vous vous levez ?
J’essaye de résister. Plus ou moins bien.

Redoutez-vous d’y lire, voir quelque chose ?
Un problème qui serait arrivé à mes enfants. Un message de la cellule de crise de l’AMF.

Y jetez-vous également un coup d’œil avant de vous coucher ?
Toujours. Pour me projeter dans mon agenda du lendemain, lire les derniers messages, envoyer un mot à ceux que j’aime.

Si vous avez 15 minutes à attendre, à perdre, que consultez-vous sur votre téléphone ?
Les actualités, la météo des villes où se trouvent mes enfants, pour les imaginer sous le soleil ou sous la pluie, les publications du Rijksmuseum, du Louvre ou de la fondation Peggy Guggenheim à Venise, un extrait de Colette ou de Vialatte, le site de l’AMF.

Consultez-vous régulièrement les réseaux sociaux ?
LinkedIn pour le travail et parce qu’on y apprend beaucoup de choses utiles. Substack pour ses publications spécialisées sur les marchés ou l’économie. Instagram ou Facebook pour suivre mes amis, des auteurs et des lieux que j’aime et dont la seule existence me fait du bien, comme le café Reggio à New York.

Quel est le dernier contenu que vous avez “liké” ?
Une publication du Grand Palais sur l’exceptionnelle exposition de tapis et tapisseries Les Trésors du Roi. Une splendeur.

Y a-t-il des réseaux sociaux sur lesquels vous vous interdisez d’aller, d’intervenir ?
X. Les rares fois où j’y suis allée j’ai eu envie d’assassiner la terre entière au bout de 5 minutes. Je crois que nos âmes méritent mieux que ce tourbillon de haine.

Que publiez-vous personnellement sur les réseaux sociaux ?
Je publie régulièrement sur LinkedIn, pour populariser l’action de l’AMF et faire passer quelques idées qui me tiennent à cœur sur mes passions : l’Europe, la finance, l’égalité hommes femmes, la chose publique. Parfois je publie à chaud, mais en général je le fais sur la base des propositions de mes équipes que je mets à ma sauce. Je trouve qu’il faut parler avec sa voix et son authenticité sur les réseaux.

Quelle est la meilleure appli pour vous envoyer un message ?
Le SMS.

Avez-vous un émoji ou un GIF préféré pour répondre sur les réseaux sociaux ou les messageries ?
J’utilise peu les GIF, dans un souci un peu vain de sobriété énergétique. C’est quand même idiot de pomper sur nos ressources rares pour envoyer un chat qui souffle dans un mirliton, non ? Les émojis… j’aime bien la tête dubitative avec un monocle.

Avez-vous de réels moments de déconnexion ?
Oui, quand je lis. J’adore toujours autant me plonger dans un roman, et là, plus rien ne compte. Et dans les repas familiaux, je bannis les portables.

Les mails sont pour vous un outil, une nécessité, un stress ?
Un outil fantastique, mais terriblement inflationniste et générateur de stress. Ils ont malheureusement tué le téléphone, et figent la pensée alors que la conversation la rend plus subtile. Que de malentendus dans ces messages écrits que l’on envoie sans relire…

Combien en recevez-vous par jour ? Combien en recevez-vous d’utiles par jour ?
Je ne sais même pas. Des centaines. Un bon nombre de très utiles, je dirais une cinquantaine, que je crains toujours de louper car ils sont noyés dans le flot. Il faut un œil de lynx !

À quels moments ouvrez-vous un livre ?
Quasiment tous les soirs, sauf épuisement absolu. Et pendant les vacances.

Quelle est la dernière lecture qui vous a touché ?
Dream Count, de Chamamanda Ngozi Adichie, une remarquable écrivaine nigériane, qui sait créer des personnages, nous les faire aimer, nous faire douter avec eux, nous faire découvrir un univers mental très différent du nôtre, bref, tout ce que j’aime dans la littérature qui est le plus puissant des voyages.

Quel est LE livre que vous aimez offrir à un ami ?
Les Essais, de Montaigne. Montaigne est près de moi à chaque instant, il me fait rire, il m’émeut, il m’a accompagnée dans les pires nuits d’insomnie, m’a ôté bien des chagrins, et ce compagnonnage, me protège de la vanité : j’essaie (sic) de le transmettre à ceux que j’aime.

Quel est celui qu’on vous a offert et qui vous a marqué ?
Retour à Lemberg, de Philippe Sands. L’ami qui me l’a offert m’a dit : "Ce livre m’a bouleversé". Et ce livre m’a bouleversée.

Y a-t-il un auteur qui vous inspire ?
Margaret Atwood, pour son humanité, sa lucidité salvatrice, son imagination. Et parce que je partageais ses livres avec ma mère, et qu’il me faut les lire pour deux maintenant.

Quelle est la série qui vous a récemment marquée ? Pouvez-vous nous en faire le pitch ?
J’avais beaucoup aimé Les Revenants. Cette série relate la réapparition de morts dans leurs familles, des retours qui s’avèrent dévastateurs, alors que rien n’est plus merveilleux en théorie que de retrouver un être cher que l’on a perdu. Et dans la réalisation, une façon de créer une atmosphère à la fois familière et inquiétante que j’avais trouvée remarquable.

Quelle série pouvez-vous nous recommander ?
La série Parlement, sur le Parlement européen. Désopilante, stupéfiante de réalisme, une plongée jubilatoire dans les arcanes européens. Je me suis totalement identifiée au personnage de l’assistant parlementaire confronté aux caprices de l’absurdité, et tentant malgré tout l’impossible pour sauver la situation.

Avez-vous un film culte ? Une réplique culte ?
Le film culte, c’est Pat Garrett and Billy the kid, de Sam Peckinpah, un film sur la liberté, avec une musique de Bob Dylan sublime. Mais la réplique culte c’est : "Personne n’est parfait !" dans Certains l’aiment chaud. Je me la répète souvent…

Quel film pouvez-vous voir et revoir avec à chaque fois le même plaisir ?
Sacré Graal des Monty Python. Je l’ai peut-être vu dix fois. Une parodie absurde des chevaliers de la table ronde d’une drôlerie exceptionnelle, pleine de scènes délirantes. Un régal.

Avez-vous un “petit plaisir coupable” en matière culturelle ?
J’adore Madonna ! Elle ne s’embarrasse guère du bon goût… mais quelle femme puissante !

Si une actrice devait jouer votre rôle, qui aimeriez-vous que ce soit ?
Julianne Moore. Elle peut tout jouer, je l’admire profondément.

Si un auteur ou une autrice devait raconter votre vie, qui choisiriez-vous ?
Je suis plutôt adepte du "Never explain, never complain", alors j’ai un peu de mal à imaginer un livre sur moi. Mais s’il fallait que quelqu’un le fasse, comme Marguerite Duras n’est plus de ce monde, je choisirais Virginie Despentes. Elle est très forte.

Écoutez-vous des podcasts ?
Le Masque et la Plume quand je loupe le direct. J’écoute cette émission depuis des décennies, et je ne m’en lasse pas.

Lequel pourriez-vous nous recommander ?
D CODE la finance, les podcasts de l’AMF. Ils sont franchement très bien faits. Et utiles pour ne pas se faire avoir !

Sortez-vous régulièrement au théâtre, au cinéma, à l’opéra ?
Autant que je peux, c’est-à-dire pas assez ! J’adore le cinéma en salle, rien ne remplace ce moment où la lumière s’éteint. Je vais régulièrement à l’opéra. J’adore surtout la danse contemporaine, je trouve que c’est dans cet art que s’expriment actuellement le plus fortement les émotions, et des visions très originales.

Quels sont les derniers spectacles vivants que vous êtes allée voir et qui vous ont fait vibrer ?
Red Carpet, d’Hofesh Shechter à l’Opéra de Paris. Et Play, d’Alexander Ekman, toujours à l’Opéra. Des moments de joie pure et parfaite. La troupe de l’opéra de Paris est fascinante, elle excelle dans l’interprétation. Sans oublier le spectacle sur Brel d’Anne Teresa de Keersmaeker dans le décor féerique des carrières de Boulbon, l’été dernier : quel hommage magnifique !

Quelle serait l’affiche de votre concert idéal ?
Un duo Édith Piaf et Janis Joplin. Je pense que ce sont les deux plus grandes chanteuses de l’histoire, et si on pouvait les faire revenir juste pour un soir… ce serait parfait.

Quel artiste regrettez-vous de ne jamais avoir vu sur scène ?
Je ne loupe jamais ni les Rolling Stones ni Madonna quand ils passent à Paris, précisément pour éviter les regrets. J’aurais adoré voir le Velvet Underground. Je suis allée voir Lou Reed deux fois, dont une fois où il lisait ses textes comme des poèmes, c’était magique… mais j’aurais vraiment aimé voir le Velvet en live.

Quel air pourriez-vous chantonner sur le chemin du travail ?
Don’t stop de Fleetwood Mack, ou La vie parisienne d’Offenbach. Il n’y a pas mieux pour retrouver de l’optimisme et de l’énergie.

Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous débutiez et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
"Ne jamais rester avec ceux qui vous voient petit". On a besoin d’être tiré vers le haut, pas vers le bas !

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