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Business / Pharmacie / 09/03/2026

Comment la gouvernance de Sanofi s’est pris les pieds dans le tapis

Frédéric Oudéa s’est heurté de front à Paul Hudson, le directeur général de Sanofi, très respecté des Américains. Le conseil a choisi pour le remplacer une dirigeante qui a dépassé la limite d’âge…

Belén Garijo, directrice générale de Merck, devrait rejoindre Sanofi (photo Merck).
  • L’information à retenir. Paul Hudson, qui était directeur général de Sanofi depuis 2019, après avoir été pendant trois ans Président-Directeur Général de Novartis Pharmaceuticals, a quitté son poste le 17 février dernier après que le conseil a décidé de ne pas renouveler son mandat qui arrivait à échéance dans quelques semaines. Ce non-renouvellement a constitué une surprise pour la plupart des investisseurs – notamment américains – qui appréciaient la connaissance par ce Britannique du monde de la pharmacie et de ses enjeux et qui avait su apaiser le groupe après des problèmes de gouvernance (Chris Viehbacher démissionné par le conseil en octobre 2014 en raison de ses mauvaises relations avec Serge Weinberg, puis Olivier Brandicourt, attaqué d’emblée pour un bonus de bienvenue extravagant). Selon nos informations, Patrick Kron, administrateur de Sanofi depuis 2014 et dont le mandat s’achève à la prochaine assemblée a fait cause commune avec Frédéric Oudéa, en tant que Président du Comité des nominations, de la gouvernance et de la RSE, pour avoir la tête de Paul Hudson.
  • Pourquoi c’est important. Parce qu’au lieu de stabiliser une gouvernance qui fonctionne de guingois depuis plus de dix ans avec des présidents non exécutifs peu aguerris aux sujets pharmaceutiques, le conseil d’administration a poursuivi dans la complexité en choisissant comme nouvelle directrice générale, Belén Garijo, l’actuelle directrice de Merck qui aura 66 ans le 31 juillet prochain, alors que la limite d’âge pour ce poste est de 65 ans selon les statuts de Sanofi. Une assemblée générale extraordinaire devra donc avoir lieu le 29 avril prochain pour rehausser cette limite statutaire. Selon nos informations le Norges Fund, qui détient 1,6 % du capital de Sanofi, envisage d’ores et déjà de voter contre cette résolution.
  • Dans les coulisses. Paul Hudson a gagné en 2025 une rémunération fixe de 1 600 000 euros et une rémunération variable annuelle de 2 616 000 euros brut, soit 163,53 % de sa rémunération fixe (preuve qu'il n'était pas si mauvais que cela). De surcroît il va precevoir une indemnité de départ d’un montant brut de 5 207 750 euros et une indemnité de non-concurrence d’un montant total égal à 3 124 650 euros. Quant à sa successeure, elle recevra le même salaire fixe et une rémunération variable conséquente. Comme tout cela ne suffit pas - semble-t-il - à lui permettre de se loger le comité des rémunérations lui a octroyé une généreuse indemnité d’impatriation versée au cours des quatre prochaines années. Cette indemnité peut atteindre 600 000 euros par an et intègre soit la mise à disposition d'un logement, soit le remboursement des frais de logement associés... Ce qui se passe de commentaires.
  • En filigrane. L’Oréal qui est le premier actionnaire de Sanofi avec 7,27 % du capital de Sanofi et 13,10 % des droits de vote et est représenté au conseil par deux administrateurs, Christophe Babule et Barbara Lavernos, ne peut pas se désolidariser de la décision du conseil d’administration de Sanofi. Mais l’arrivée de Belén Garijo est regardée sans grand enthousiasme dans la mesure où elle a été administratrice de L’Oréal jusqu’en 2024, avant de rejoindre celui d’Unilever (grand concurrent du géant de la beauté) à compter du 13 mai prochain, comme cela a déjà été annoncé depuis le mois d’octobre.
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