AccelerateEU : derrière le plan d’urgence, la révolution électrique (Bruegel) >
Le 22 avril, la Commission a dévoilé son plan en réponse au choc pétrolier provoqué par la guerre en Iran. Pour Bruegel, l’enjeu industriel et de souveraineté, c’est l’électrification du continent.
- Le constat. Le Vieux continent se retrouve une nouvelle fois pris en étau entre dépendance aux énergies fossiles et vulnérabilité géopolitique, alors que le blocage du détroit d'Ormuz a fait flamber les prix du pétrole et du gaz. "500 millions d’euros par jour", selon le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dan Jørgensen, en préambule de la présentation de son plan, AccelerateEU, une "boîte à outils" pensée pour apporter une aide immédiate aux particuliers et aux entreprises, et préparer l’électrification. Dans une analyse au scalpel, Bruegel prévient : le volet court terme du plan, même s’il est utile, se révélera insuffisant.
- Ce que montre l’analyse. Pour Bruegel, l’intérêt d’AccelerateEU est ailleurs : transformer la crise en accélérateur structurel, en poussant l’électrification du continent au-delà des 20 % (la part de l’énergie électrique en Europe depuis une décennie). Le plan plaide pour une résilience des réseaux, une taxation de l’énergie, une mobilisation plus ambitieuse des fonds européens et du marché carbone. Sur ces points, notent les auteurs, la Commission voit juste. À l’inverse de certains gouvernements, notamment l’Allemagne, favorables à un ralentissement de la transition. Or, les vrais leviers, notamment fiscaux, relèvent des États, pas de Bruxelles.
- Pourquoi c’est important. Le précédent ukrainien de 2022 montre que les crises énergétiques provoquent une baisse mécanique de la demande fossile, mais que ce recul reste fragile sans changement structurel. AccelerateEU prévoit un cadre temporaire d’aides d’État pour les secteurs exposés (sur le modèle de 2022) au risque, s’il est mal calibré, de fausser le marché unique et de retarder les investissements verts. Si en revanche l’Europe sort de cette crise avec une vraie stratégie d’électrification, conclut Bruegel, ce sera un tournant. Car voici le paradoxe du plan AccelerateEU : un dispositif de court terme, adopté dans l’urgence, qui ne pourra porter ses fruits qu’en s’inscrivant sur le long terme.