Bruxelles contre l’Europe >
Il n’est pas question ici de populisme de bas étage ni de critiquer l’Union européenne à la manière d’un Philippe de Villiers, d’un Jordan Bardella, d’un Éric Zemmour ou d’un Jean-Luc Mélenchon. La Lettre de l’Expansion a toujours défendu la construction d’une Europe libérale et continuera de soutenir tout ce qui - comme les rapports Draghi, Letta ou Noyer - permettra de doper la croissance d’un "vieux continent" qui a un rôle majeur à jouer sur une planète que quelques prédateurs cherchent à se répartir.
Mais défendre le projet européen, ce n’est pas idéaliser tout ce qui se passe à Bruxelles - ni fermer les yeux sur ce qui ne s’y fait pas pour stimuler la croissance. Certaines aberrations méritent d’être nommées, pour éviter qu’elles ne se reproduisent. Le Pacte vert européen lancé en décembre 2019 par Ursula von der Leyen, à partir d’éléments fournis notamment par le lobby écologiste allemand, fait partie de ces monstres technocratiques et normatifs qui se sont finalement retournés contre l’ensemble des Européens.
Souvent comparé à un "New Deal", ce pacte vert avait pour objectif de faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre du monde à l’horizon 2050. Il a été conçu par de petits hommes gris installés douillettement à Bruxelles - ce qui leur a permis d’imposer le programme "de la ferme à la table" sans consulter les premiers concernés, jetant les agriculteurs de tout le continent dans les rues. C’est aussi ce "pacte vert" qui a décrété l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique à partir de 2035.
Six ans après, que constate-t-on ? En dépit de la forte reprise qui a suivi la crise sanitaire, l’Europe construit aujourd’hui 4,5 millions de véhicules de moins chaque année qu’en 2019. Des usines ferment en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne. Certaines d’entre elles sont désormais louées à des constructeurs chinois de véhicules électriques. En six ans, la filière automobile européenne a vu disparaître pas moins de 350 000 emplois. Si l’on intègre l’ensemble de l’écosystème - concessionnaires, maintenance, logistique -, ce sont en réalité plus de 850 000 postes qui ont été sacrifiés sur l’autel de l’idéologie verte.
Et Ursula von der Leyen agit comme certains rasoirs à double lame. La première a déjà fait des ravages chez nos constructeurs et nos équipementiers. La seconde, c’est l’accord qu’elle a cru bon de conclure avec Donald Trump sur la taxation des véhicules européens exportés vers les États-Unis - ce qui se traduira par de nouvelles fermetures d’usines et de nouvelles destructions d’emplois.
Avec un peu de mauvaise foi, on pourrait finir par croire que Bruxelles est devenu une sorte d’asile dont les clefs sont désormais tenues par les fous et non par les gardiens. Cette dérive, associée à l’absence de leadership en France comme en Allemagne, explique aussi pourquoi le rapport Draghi dort dans un tiroir et pourquoi l’Union de l’épargne et de l’investissement, dont on parle depuis des années, est au point mort. Il serait temps que Bruxelles se mette enfin au service de l’Europe et des Européens.