Qui va résister à 11 mois de haro sur les riches ? >
Le compte à rebours a commencé pour Emmanuel Macron. Dernier "Choose France" il y a une semaine. Dernier G7 puis dernière panthéonisation - avec l’illustre Marc Bloch – dans quelques jours. Dernier 14 juillet. Tout son agenda désormais se résume à soigner sa sortie. La page se tourne.
La campagne présidentielle est bel et bien lancée, même si la plupart des Français ne s’en soucient guère. Gabriel Attal, Édouard Philippe, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Bruno Retailleau ont déjà fait acte de candidature. Marine Le Pen saura dans un mois si la justice lui permet de concourir, ou si elle doit céder sa place à Jordan Bardella. Raphaël Glucksmann temporise. L’entrée en lice d’Éric Zemmour et de Dominique de Villepin ne surprendra plus personne, pas plus que celle de Matthieu Pigasse - en quête d’une rampe de lancement à gauche.
Aucun programme sérieux n’a encore vu le jour. Aucune proposition chiffrée, aucune vision d’ensemble. En revanche, un mot revient déjà dans tous les discours comme une obsession : "riche". Comme si toute la créativité politique de ces candidats se résumait à désigner un coupable. Depuis qu’Éric Lombard, ex-ministre de l’Économie, a déclaré en janvier que "des milliers de riches échappent à l’impôt", la chasse est officiellement ouverte.
Elle l’est d’autant plus qu’une commission d’enquête parlementaire s’est emparée du sujet - avec Jean-Paul Mattei comme président et Charles de Courson comme rapporteur. Ce qui en dit long sur les priorités du moment. Les gros patrimoines n’ont effectivement qu’à bien se tenir.
Bienvenue dans le grand soir fiscal
Car ce que nous promet la campagne à venir, c’est une "foire à la saucisse" fiscale d’une ampleur inédite. Le Parti socialiste propose déjà la taxe Zucman et une hausse massive des droits de succession. Thomas Piketty, lui, a suggéré la semaine dernière une taxation mondiale des revenus allant jusqu’à 90 % et une taxe annuelle sur la fortune pouvant atteindre 20 %. On a bien lu : 20 % de la fortune, chaque année. Matthieu Pigasse abonde. Bienvenue dans le grand soir fiscal.
Face à ce délire égalitariste, la droite - comme toujours - va avoir peur de son ombre. Personne, dans ce pays, n’ose défendre la légitimité d’une fortune gagnée à force de travail, d’intelligence et de prise de risque. Personne, sauf Emmanuel Macron qui, en créant la Flat Tax et en supprimant l’ISF, a su incarner une vraie politique de l’offre. En abaissant l’impôt sur les sociétés, il a même, paradoxalement, accru les recettes fiscales durant son premier mandat. Ce tournant libéral - qu’il avait imposé à l’été 2017 contre l’avis d’Édouard Philippe et de Gérald Darmanin, alors ministre du Budget - ne laissera malheureusement presque aucune trace.
Onze mois de taxes Zucman, de haros sur les patrons, les héritiers ou les créateurs d’entreprise : cela va paraître long. Très long. Insupportable, même. Et l’histoire récente devrait inciter à la prudence : depuis un an, le Royaume-Uni enregistre chaque jour un départ de millionnaire vers des cieux fiscaux plus cléments. Premier bilan de la politique travailliste de Rachel Reeves. Ce serait vraiment dommage de s’en inspirer.