IA 2035 : plus de 50 % des emplois transformés (Institut Jacques Delors) >
Une étude de l’Institut Jacques Delors anticipe l’essor de l’IA dans l’entreprise et la société d’ici 2035, avec une question simple : comment résister au choc en gardant l’humain dans la boucle ?
- Le constat. Depuis le lancement grand public de ChatGPT en novembre 2022, l’IA s’est imposée dans toute la société, avec plus de 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels. Mais avec quelles évolutions ? Pour tenter d’y voir plus clair, Arnault Barichella, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, a compilé 460 réponses de chefs d’entreprise, praticiens et universitaires, dans une étude robuste, commandée par le CRiP. Le résultat de son travail décrit une bascule rapide : les IA "agentiques" ne se contentent plus de répondre, elles planifient, exécutent, corrigent et automatisent déjà des pans entiers du travail. Le risque n’est donc pas seulement technologique, il est économique, social, démocratique et même anthropologique : que reste-t-il de la décision humaine quand la machine devient l’infrastructure invisible de l’action ?
- Ce que montre l’étude. Plus de 300 millions d’emplois seraient vulnérables à l’automatisation, tandis que 150 à 200 millions pourraient être créés, notamment dans les infrastructures numériques, la cybersécurité et la gestion de l’IA. Le vrai bouleversement est donc moins la "disparition" du travail que sa transformation : dans les pays dits développés, plus de 50 % des emplois subiraient des "changements profonds". Les plus exposés : les cols blancs, les jeunes diplômés et les métiers d’exécution intellectuelle. À cela s’ajoutent trois limites physiques de l’IA : technique (les données disponibles s’épuisent), énergétique (la consommation des data centers est déjà équivalente à celle d’un pays comme la France) et financière (80 % des projets d’IA échouent à produire un retour sur investissement, deux fois plus que les projets informatiques traditionnels). Autrement dit : la révolution, puissante, n’est pas magique.
- Pourquoi c’est important. La note propose une doctrine européenne : ne pas freiner l’IA, mais l’encadrer assez tôt pour éviter qu’elle ne dicte ses propres règles. Elle plaide pour des mécanismes de sécurité robustes : audits, supervision humaine effective, comités d’éthique dans les entreprises, obligation de maintenir l’employabilité des salariés, congés de conversion IA, taxe robot, fonds souverain numérique européen, et "kill switches" permettant une désactivation instantanée en cas de besoin. Coût avancé : 100 milliards d’euros d’ici 2030 pour amortir le choc social, 300 milliards d’ici 2035 pour reconquérir une souveraineté numérique encore trop dépendante du cloud, des puces et des modèles américains. Sur le plan géopolitique comme sur le plan technique et éthique, il est donc impérieux pour les Européens de garder le contrôle de leurs modèles d’IA. L’idée forte est là : l’innovation, oui. La dépossession, non.