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Pouvoirs / Éditorial / 15/06/2026

La revanche de la démographie

La population française vieillit : l'âge moyen est de 42,6 ans, il était de 39,1 ans il y a vingt ans. Et à partir de 2037, le nombre de Françaises et de Français déclinera (photo Romain Doucelin/AFP).

"Si fondamentaux sont les problèmes de population qu’ils prennent de terribles revanches sur ceux qui les ignorent". L’avertissement d’Alfred Sauvy a près d’un demi-siècle. Il accompagnait déjà "La France ridée", l’essai prémonitoire que le grand démographe avait publié il y a quarante ans. Nous n’avons jamais voulu croire que la population française pût un jour reculer, tant le débat public s’est focalisé sur la seule immigration. Or l’Insee vient de trancher : à partir de 2037, le nombre de Françaises et de Français déclinera.

La démographie, hélas reléguée au rang de discipline mineure des sciences économiques françaises, est pourtant l’une de ces "lames de fond" qui dessinent l’avenir d’un pays : elles viennent de loin et rien ne les arrête. Jacques de Larosière, ancien directeur général du FMI et ancien gouverneur de la Banque de France, l’avait magistralement démontré dans "Les lames de fond se rapprochent". Et ce ne sont pas les appels - un peu dérisoires - du président de la République au "réarmement démographique" qui inverseront ces tendances séculaires.

Cette perspective ravit naturellement une partie des écologistes, restés fidèles aux thèses décroissantes du Club de Rome. Elle apporte de l’eau au moulin des tristes disciples de Greta Thunberg, qui annoncent l’apocalypse si la planète atteint un jour dix milliards d’habitants. Tous se frottent les mains : moins de Français, ce sont autant de logements, d’écoles et de crèches en moins à construire. Les mêmes ont d’ailleurs obtenu de la SNCF des wagons "no kids"…

Cette dénatalité, qui prépare la décroissance de la population française, est pourtant redoutable à plus d’un titre. D’abord parce que la richesse d’une nation repose sur trois moteurs : la croissance de la population, le temps de travail et les gains de productivité. L’intelligence artificielle dopera peut-être la productivité ; elle ne compensera ni l’inversion de la courbe du nombre d’habitants, ni - encore moins - celle du temps travaillé.

Ensuite, dans une France où près d’un habitant sur trois a dépassé 60 ans et vit des cotisations versées par des actifs toujours moins nombreux, la contraction annoncée de la population a tout d’une bombe à retardement. Faut-il s’étonner que le Conseil d’orientation des retraites envisage désormais, à l’horizon 2070, un âge de départ repoussé à 67,6 ans ? À condition que les entreprises changent enfin de regard sur l’emploi des seniors.

Enfin, cette dénatalité, dont les premiers signes remontent à une dizaine d’années, dit une chose simple et terrible : les jeunes Français ont peur de l’avenir. Bouleversements géopolitiques, éco-anxiété et angoisses de fin de mois pèsent davantage, chez les jeunes parents, que la qualité de vie, un système de santé remarquable, une redistribution massive ou les promesses de la technologie.

La peur se lit aussi dans un taux d’épargne qui bat record sur record. Cette angoisse collective est le pire des legs des deux quinquennats Macron. Elle est la résultante de nos trois grands déficits : le déficit commercial, le déficit budgétaire et, surtout, le déficit de destin collectif. Le futur locataire de l’Élysée héritera donc d’une tâche plus rude encore que celle qui attendait le général de Gaulle en 1958. Car un pays qui ne fait plus d’enfants est un pays qui a cessé de croire en lui-même.

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