Comment Daniel Kretinsky veut brancher l’Europe sur batteries
Avec la plus grande batterie d’Europe (4 GWh) en Lusace, le milliardaire tchèque veut faire de LEAG le champion du stockage, après avoir logé ses centrales électriques au gaz chez TotalEnergies.
- Ce qu’il faut retenir. C’est sur dix hectares d’anciennes terres minières allemandes que LEAG Clean Power et l’américain Fluence bâtissent la GigaBattery Jänschwalde 1000 : 1 000 Mégawatts de puissance, 4 Gigawattheures de capacité. De quoi alimenter 1,6 million de foyers pendant quatre heures dès 2027. L’engin stockera quatre fois plus que l’actuelle plus grosse batterie record européenne, Coalburn 1 (1 000 MWh), que Copenhagen Infrastructure Partners vient d’installer en Écosse. Fluence, né d’une coentreprise entre AES et Siemens, fournit ses modules de batteries et pilote le chantier. Siemens Energy équipe le raccordement. Par ailleurs, au cœur de l’été, les deux partenaires ont également ouvert dans l’est de l’Allemagne le projet Heinersbrück GridBattery (400 MWh), première batterie de LEAG à partager son point de raccordement avec un parc éolien et solaire. Ajoutez les 1 600 MWh confiés au chinois Hyperstrong à Boxberg, en Saxe et le groupe de Daniel Kretinsky alignera bientôt 6 Gigawattheures de stockage.
- Pourquoi c’est important. Parce que LEAG, deuxième électricien d’Allemagne, racheté à Vattenfall en 2016 et détenu à 100 % par EP Group, la structure de tête du milliardaire tchèque, est un colosse aux pieds de lignite. La loi fixe la sortie du charbon à 2038. L’équation économique de ces installations consiste à acheter des électrons au moment ils sont produits en masse et quand leur prix est au plus bas pour les revendre le soir, lorsque les centrales solaires ou les éoliennes ne produisent plus. D’où le projet de "GigawattFactory" sur 33 000 hectares de friches minières. Pour Daniel Kretinsky, c’est le troisième étage d’une fusée bien réglée. Après avoir cantonné en 2023 le charbon dans EP Energy Transition. Et après avoir bouclé le 29 avril dernier l’apport de ses centrales à gaz et à biomasse d’Italie, du Royaume-Uni, d’Irlande, des Pays-Bas et de France à TTEP, coentreprise construite à parité avec TotalEnergies et valorisée 10,6 milliards d’euros, contre 4,1 % du capital du groupe dirigé par Patrick Pouyanné.
- Entre les lignes. Daniel Kretinsky n’est pas seul en piste. Jacques Veyrat, qui a fait fortune avec Neoen, vendu à Brookfield, a remis le couvert dès 2019 avec TagEnergy, qu’Impala contrôle avec Exor, la holding de la famille Agnelli, épaulés par Mirova et Omnes. Début juin, TagEnergy a mis en service à Cernay-lès-Reims, avec la Banque des Territoires, la plus grande batterie de France (240 MW/480 MWh, signée Tesla), sur un marché passé de 50 MW à 1,5 GW en cinq ans. Le Français avance en développeur pur, projet par projet. Le Tchèque déroule, en industriel qui recycle ses friches, ses postes électriques et ses raccordements.