Pourquoi Boisset double la mise dans une Napa Valley en soldes
Jean-Charles Boisset rachète à l'espagnol Raventós Codorníu le domaine Artesa, 142 hectares à Carneros. Un pari à contre-cycle, en pleine crise du vin californien, pour relancer les bulles maison.
- Ce qu’il faut savoir de cette transaction. Le négociant bourguignon Jean-Charles Boisset vient de conclure l’achat du domaine Artesa au groupe espagnol Raventós Codorníu, doublant la mise sur la Californie au moment où ses concurrents réduisent la voilure. L'opération comprend la marque et le domaine Artesa, soit 142 hectares de terres dont 61 plantés en vignes sur les appellations Carneros et Mt. Veeder, ainsi qu'une cave autorisée à produire environ 190 000 caisses par an, un caveau de dégustation et les stocks existants. Le prix n'a pas été dévoilé. La gamme actuelle comprend chardonnay, pinot noir, tempranillo et albariño. Sur la base des références locales, le seul vignoble planté pèserait 12 à 15 millions de dollars. En y ajoutant les terres nues, la cave enterrée, la marque et les stocks, l'ensemble pourrait valoir 35 à 55 millions de dollars. Une valorisation tirée vers le bas par la conjoncture : le marché des cessions de vignobles en 2026 devrait représenter moins de la moitié de celui de 2021.
- Pourquoi cette acquisition est stratégique. Il faut savoir que Boisset courtisait le domaine depuis 13 ans. "Nous avons décidé de doubler la mise", a-t-il déclaré à Wine Spectator, évoquant la possibilité de produire enfin ses vins effervescents en interne. Le choix de Carneros n'est pas neutre : la région s'était imposée comme l'un des pôles californiens du mousseux, avec Domaine Carneros (Taittinger) et Gloria Ferrer. Boisset y ajoutera du cabernet sauvignon et du cabernet franc de climat frais. Il veut aussi faire du domaine une destination artistique. Artesa s'insère dans un maillage déjà dense. Alors que la plupart des maisons réduisent leurs effectifs, Boisset a rouvert cet été Flora Springs, racheté en 2024, et inauguré un caveau à St. Helena. Le domaine complète Raymond Vineyards, Buena Vista, DeLoach et Elizabeth Spencer, dans une logique d'œnotourisme haut de gamme qui fait l'essentiel de la marge en vente directe.
- Entre les lignes. L'histoire de Boisset commence en 1961. Fils d'instituteurs, Jean-Claude Boisset achète quatre appellations qu'il revend à des connaissances, défriche en 1964 une parcelle à Gevrey-Chambertin, puis s'installe à Vougeot en 1970 avant de rejoindre Nuits-Saint-Georges. En 1985, il devient le premier négociant-éleveur introduit au second marché. La bourse lui permet de financer une croissance externe tous azimuts : Bouchard Aîné, J. Moreau à Chablis, DeLoach en Californie en 2003, les vins Skalli en 2011, puis Moncigale en 2020. Le groupe a depuis quitté la Bourse. En 2015, il se décrivait comme détenu quasi intégralement par la famille après avoir acquis 100 % du jurassien Henri Maire.