Quel est le bilan de la Banque des Territoires cinq ans après sa création ? >
E n novembre 2018, la colère des Gilets jaunes a fait ressurgir le sentiment de fracture territoriale vécu par la population des zones rurales où l'accès aux services publics ou aux soins est difficile, où la voiture est indispensable pour aller travailler et où la couverture numérique laisse souvent à désirer. Hasard du calendrier, quelques mois plus tôt, en mai 2018, la Caisse des Dépôts, dirigée par Éric Lombard, a justement donné naissance à la Banque des Territoires. Cette initiative, menée par Olivier Sichel, visait à revitaliser les collectivités territoriales. Cinq ans après sa création, et tandis qu'elle s'apprête à dévoiler, le mois prochain, un nouveau plan stratégique, l'heure est au bilan.
Égalité numériqueÀ l'origine, le cahier des charges de la Banque des Territoires s'établissait autour de quelques axes principaux. Le premier était de résoudre la fracture numérique ; l'un des premiers fossés entre les territoires pour le directeur général délégué de la Caisse des Dépôts, Olivier Sichel, un ancien du groupe France Télécom. « À l'époque, les grands opérateurs s'étaient réparti la couverture numérique dans les zones dites “intermédiaires”, mais il restait encore des zones dites “réseaux d'initiative publique”, qui concernaient plus de 18 millions de foyers et près de 43 % de la population ! Nous avons donc décidé de nous en occuper », nous explique-t-il. Cinq ans plus tard, ce sont des pans entiers du pays qui bénéficient d'une couverture numérique : l'intégralité des régions Alsace, Grand-Est, Hauts-de-France… soit 9 millions de personnes dans le périmètre de financement de la Banque des Territoires. « Reste encore une partie de la Bretagne et du Centre-Val de Loire », reconnaît Olivier Sichel, mais l'établissement qu'il dirige déploie encore 40 000 prises optiques (équipement en fibre) par mois. Si bien que les opérateurs Orange, Bouygues, SFR et Free n'ont plus ensuite qu'à proposer un raccordement à leurs clients.
La création de la Banque des Territoires en 2018 visait à revitaliser les collectivités territoriales.
Des territoires durables et inclusifsAutre axe stratégique défini en 2018 : la transition énergétique en milieu rural. Pour la Banque des Territoires, cela s'est traduit par un investissement de 1,3 milliard d'euros en fonds propres dans des projets dédiés aux énergies renouvelables (ENR) sur les filières matures (solaire, éolien terrestre, etc.) et moins matures (éolien en mer flottant, hydrogène décarboné, par exemple). Elle a ainsi participé au financement de plus de 2 000 installations, représentant 8,9 gigawatts de puissance installée sur le territoire, soit 13 % environ de la capacité ENR actuelle de la France et couvrant en électricité verte plus de 4,5 millions de ménages dans l'Hexagone. Mais la durabilité, c'est aussi une question de rénovation thermique des logements sociaux et des bâtiments publics. Au 30 septembre dernier, la Banque des Territoires a ainsi financé la rénovation de près de 200 000 logements sociaux et plus de 10 000 écoles.
Redynamiser les centres-villesToutefois, pour convaincre les Français qu'il fait bon vivre en zone rurale, encore faut-il faire en sorte que cette partie du pays reste attrayante. C'est dans cet esprit que le programme « Cœur de villes », dont la méthode est de faire du maire le véritable pilote de l'attractivité de sa commune, est né. « L'idée a été d'écouter le maire dans un projet global et de traiter dans le même temps les questions du centre-ville, de l'habitat, de la mobilité », explique Olivier Sichel. Une initiative qui a rapidement porté ses fruits. La vacance commerciale des centres-villes –« signe numéro un des difficultés des villes moyennes de province », selon le patron de la Banque des Territoires – a, par exemple, baissé de 7,7 points à Calais ou de 7 points à Bagnols-sur-Cèze entre 2018 et 2022. À date, ce sont 242 villes qui sont accompagnées par ce programme sur la période 2023-2026 contre 235 lors de son lancement en 2018.
Réindustrialisation de la FrancePar ailleurs, l'attractivité des territoires allant aussi de pair avec l'emploi, la question du développement du tissu économique en régions n'a pas été oubliée. C'est le nouveau président du Medef, Patrick Martin, ancien administrateur de CDC Habitat, filiale de la Banque des Territoires, qui a convaincu Olivier Sichel de s'attaquer aussi au sujet de la ré-industrialisation. C'est ainsi que, depuis 2020, près de 800 millions d'euros ont été mobilisés au profit de 200 projets industriels, dont plus de 40 créations d'usines, afin de financer le foncier ou les infrastructures. La Banque des Territoires a, par exemple, contribué à l'installation, à Amiens, d'Ynsect, entreprise spécialisée dans l'alimentation animale à base de scarabées, ou encore d'une partie de la gigafactory de Verkor à Dunkerque. « Et de biens d'autres usines de taille plus modeste et qui ne font pas forcément la une des journaux », souligne Olivier Sichel.
Nouveau plan stratégiqueEn cinq ans, les investissements de la Caisse des Dépôts en faveur des territoires sont passés de 600 millions d'euros par an à 2 milliards d'euros. Quant au portefeuille de projets, il a été multiplié par quatre, pour atteindre les 8 milliards d'euros. C'est forte de ce bilan que la Banque des Territoires songe à la suite. Si la cohésion sociale, la transformation écologique (la Caisse des Dépôts vient d'annoncer un plan de 100 milliards d'euros sur 5 ans dont la Banque des Territoires sera l'un des premiers contributeurs) et la souveraineté figureront en bonne place dans son nouveau plan stratégique, l'innovation et l'accès aux soins devraient également faire partie de ses priorités. « La Banque des Territoires s'est construite sur le terrain, sur la base de la proximité, au contact des élus pour détecter des solutions territoriales car, si nous sommes des facilitateurs de projets, pour finir, ce sont toujours les élus qui portent le changement », soutient Olivier Sichel.