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Prospective : Les différents scénarios que l'année 2021 réserve aux banques françaises /
21/12/2020
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La pandémie qui frappe la planète depuis maintenant un an fait partie de ces cygnes noirs qui bouleversent les scénarios établis par les économistes et par les dirigeants d'entreprises. Quoiqu'il arrive en 2021, le secteur bancaire va se retrouver au centre de toutes les attentions. Il a été mis à contribution, partout en Europe, afin d'aider les entreprises à surmonter la crise sanitaire. Il a vu ses encours à risques progresser. Par ailleurs, la persistance de taux très bas prive le secteur de marges confortables pour assumer une hausse du coût du risque. Le secteur bancaire va donc connaître en 2021 des bouleversements majeurs, tant à l'échelle européenne que dans l'hexagone.
1. La montagne de créances douteuses
En début de semaine dernière, l'Autorité bancaire européenne (EBA) a appelé le secteur bancaire à se préparer à une possible explosion de prêts impayés l'an prochain. Selon l'Autorité, le total des créances douteuses en Europe atteignait à fin juin 500 milliards d'euros. Mais les créances dites de « niveau 2 », qui – dans le langage bancaire risquent de ne plus être remboursées – ont progressé de 23 % sur un an, pour s'établir à 1 200 milliards d'euros. Pour la plupart des experts du secteur cette masse de créances à risque constitue une véritable bombe à retardement.
La masse des créances à risque constitue, pour les experts, une véritable bombe à retardement.
Ce n'est pas tout. Car toujours selon l'Autorité bancaire européenne, à fin juin, 7,5 % des prêts aux entreprises et aux particuliers étaient sous moratoire. Ce qui représente une masse de 870 milliards de créances à l'issue plus qu'incertaine. Car lorsque ces moratoires arriveront à échéance, nul ne sait quelle part des emprunteurs pourra reprendre les remboursements. Tout cela fait beaucoup de créances douteuses en perspective. Qui viendront s'ajouter aux 528 milliards d'euros de créances à risque datant de la crise de 2008.
2. L'effet de ciseaux sur les résultats
D'un côté, il faut s'attendre à un coût du risque record pour les banques européennes l'an prochain et, notamment, pour les banques françaises systémiques, dés lors que s'arrêtera l'injection de morphine à laquelle procèdent les pouvoirs publics. Le Conseil d'analyse économique, proche du Premier ministre, vient d'alerter sur un taux de défaillances record l'an prochain avec un véritable embouteillage au tribunal de commerce. D'un autre côté, le régulateur européen, de même que les régulateurs nationaux, poussent les banques à jouer leur rôle en finançant l'économie dans sa phase de rebond, attendu l'an prochain.
À cet effet, la Banque centrale européenne a mis en place de nouvelles lignes de LTRO permettant aux banques de se refinancer à taux négatif. Mais, même si l'écosystème des Prêts garantis par l'État va se trouver modifié à partir de la fin mars, avec l'option d'un amortissement sur une période allant de un à cinq ans à des taux compris entre 1 et 2,5 %, garantie de l'État comprise. Il reste qu'au moment où la charge du risque a de grandes chances d'exploser dans les comptes de résultat des banques, les marges sur les nouveaux prêts vont continuer à se réduire, bridant la rentabilité de ces établissements.
3. La recherche de stratégies alternatives
Face à ce choc de rentabilité attendu l'an prochain, certaines banques sont à la recherche d'une stratégie alternative. C'est le cas de Natixis qui peut compter sur un bon amortisseur de crise avec son pôle de gestion d'actifs. C'est le cas de la Société Générale qui est empêtrée avec un réseau d'agences peu rentable, une banque de financement qui perd des parts de marchés et des frais de sièges considérables. Elle s'apprête à faire le choix inverse de Natixis en vendant Lyxor (gestion d'actifs). Toute la question est de savoir si sa nouvelle stratégie convaincra ses actionnaires.
Dans le cas inverse, la Générale deviendra une cible. Y compris pour BNP Paribas qui reste la mieux armée afin de résister à cet environnement contra-cyclique. Le Crédit Agricole, qui dispose d'une forte solvabilité de par son statut de groupe mutualiste, devrait se retrouver également du bon côté. D'autant plus qu'il est resté le premier actionnaire d'Amundi. Reste à savoir si des mouvements transfrontaliers viendront perturber cette année à haut danger. Mais la probabilité est que chacun s'efforce de limiter ses propres dégâts plutôt que d'aller gérer ceux des autres.
Cette semaine, dans la rubrique ENTREPRISES – FINANCE – MARCHÉS