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Story de la semaine / Exercice 2020 / 30/11/2020

Les banques françaises dans les starting-blocks pour verser des dividendes

C'est un sujet à 10 milliards d'euros qui embarrasse toute la Place de Paris. Depuis le ministre de l'Économie jusqu'aux dirigeants de grandes banques en passant par le gouverneur de la Banque de France. De quoi s'agit-il ? Tout a commencé le 27 mars dernier lorsque la Banque centrale européenne a demandé aux banques de la zone Euro de ne pas verser de dividendes au moins jusqu'en octobre 2020 et de ne pas procéder à des rachats d'actions durant la pandémie de Covid-19. Cette exhortation concernait expressément les dividendes dus au titre des exercices 2019 et 2020 et devait s'appliquer jusqu'au 1er octobre dernier.

Par anticipation à cette dernière échéance, la BCE a repris la parole le 28 juillet dernier afin de prolonger sa précédente recommandation. L'institution de Francfort précisait alors qu'elle attendait des banques qu'elles fassent preuve d'une extrême modération en matière de rémunération variable, afin de conserver leurs fonds propres durant la crise. Mais face à la grogne des actionnaires de ces banques habitués à recevoir un coupon souvent substantiel, la BCE précisait que sa recommandation avait un caractère temporaire et exceptionnel.

Un exercice 2020 satisfaisant pour les banques

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Trois candidats vaccins laissent envisager une solution pour mettre un terme dès le premier semestre 2021 à la pandémie. Surtout, les banques européennes, qui se montré très obéissantes, ont vu gonfler leur matelas de fonds propres et ont affiché des résultats bien meilleurs que ce qui était anticipé, tout en provisionnant largement une éventuelle augmentation du coût du risque. Elles s'apprêtent donc à boucler l'exercice 2020 dans de bonnes conditions, tout en ayant joué le rôle d'amortis-seuses de crise auprès des entreprises. Et elles ne voient pas pourquoi elles devraient à nouveau priver leurs actionnaires d'un dividende qu'ils n'ont pas volé.

Les banques ont joué le rôle d'amortisseuses de crise auprès des entreprises.

Par un heureux hasard, le luxembourgeois Yves Mersh, vice-président du conseil de surveillance de la BCE pour encore quelques jours, a laissé entendre à un journaliste du Financial Times que les banques de la zone euro devraient être, à nouveau, autorisées à verser des dividendes en 2021, si elles convainquent les autorités de contrôle que leurs bilans sont suffisamment solides pour survivre aux retombées économiques et financières de la pandémie de coronavirus. La BCE semble tout de même « marcher sur des œufs ». Car elle ne veut pas qu'en lâchant la bride, les banques affaiblissent leurs ratios de solvabilité. Mais elle reconnaît qu'il serait « difficile de maintenir une interdiction de dividende au-delà de la fin de cette année ».

Le gouverneur demande sagesse et sobriété

Dans les banques françaises, chacun est dans les starting-blocks afin de pouvoir verser les dividendes dus au titre de l'exercice 2020. Ce qui représente près de 10 milliards d'euros. D'autant que les quatre banques cotées sont confortables avec leurs ratios de solvabilité. Il faut que la BCE lève son « interdit » dont la valeur juridique était d'ailleurs sujette à caution. Par ailleurs, le fait de n'avoir pas pu verser de dividende en 2020 a lourdement pesé sur les valeurs bancaires européennes, en comparaison avec leurs homologues américaines. Cette distorsion de concurrence sur le coût du capital ne saurait durer.

Reste à savoir si les banques qui en ont la possibilité pourront également verser le dividende dû au titre de 2019 et qui est venu gonfler le stock de capital. Chez BNP Paribas comme au Crédit Agricole on estime ne pas avoir vocation à accumuler du capital. Le dernier mot revient donc à l'ACPR, le régulateur français, que préside François Villeroy de Galhau. Ce dernier s'est exprimé vendredi matin devant cette instance de régulation. Tout en invitant les banques à être « sages avec sobriété » il a reconnu que « deux arguments plaident en faveur d'une ouverture prudente vers une distribution, dont il faudra discuter des modalités ». Le premier tient, à la capacité de résistance des institutions financières… Le second vise à préserver l'attractivité des institutions financières (assurances comprises) pour les investisseurs, indispensable pour lever du capital. Reste désormais à savoir si les banques reprendront leur rythme d'une distribution représentant 50 % du bénéfice réalisé…

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