Comment l'État prépare le sauvetage d'Air France-KLM >
C'est le principal dossier aujourd'hui sur le bureau de Martin Vial, le patron de l'Agence des participations de l'État. Comment sauver Air France-KLM au terme d'une année 2020 marquée par la crise sanitaire, et donc la chute d'une très grande partie du trafic passagers ? Et surtout, comment préparer un avenir qui promet d'être encore très chahuté sur le plan financier, même si l'arrivée de plusieurs vaccins anti-Covid devrait permettre aux avions cloués au sol de reprendre progressivement le chemin des airs.
Air France-KLM est naturellement l'entreprise « publique » la plus touchée par la crise sanitaire. Et même si l'État n'en est actionnaire qu'à hauteur de 14,7 % du capital, il s'est très rapidement préoccupé de faire en sorte que la compagnie tricolore dispose de suffisamment de liquidités pour faire face à des pertes quotidiennes de plus de 10 millions d'euros. Dès le printemps, l'État français a accordé un prêt de 3 milliards d'euros à Air France-KLM et a fait en sorte qu'un consortium de six banques accorde 4 milliards d'euros de prêts dans le cadre d'un PGE, avec une garantie exceptionnelle de 90 %. De leur côté, les Pays-Bas, également actionnaires à hauteur de 14 %, ont accordé un prêt de 3,4 milliards d'euros.
Vers des capitaux propres négatifs de 6 milliards…Grâce à ce double parrainage, Air France-KLM disposait, à fin septembre, d'un matelas de liquidités de 12,4 milliards d'euros. De quoi financer l'exploitation déficitaire des mois à venir et le plan de restructuration qui passe par la suppression, d'ici à 2022, de 8 500 emplois, dont 5 000 cette année. Car, chaque trimestre, la compagnie enregistre un cash-flow négatif de plus de 1,2 milliard d'euros. Pour l'ensemble de l'année 2020, ce cash-flow devrait donc atteindre le chiffre astronomique de – 5 milliards d'euros. Quant au résultat net qui était négatif de 6 milliards à fin septembre, il devrait atteindre le montant record d'une perte d'au moins 8 milliards pour l'ensemble de l'exercice 2020.
Le cash-flow négatif de 2020 devrait atteindre le chiffre de - 5 milliards d'euros.
Si bien qu'au moment de la clôture des comptes pour l'année qui se termine, Air France-KLM devrait afficher des capitaux propres négatifs de 6 à 7 milliards d'euros, en plus d'une dette supérieure à 12 milliards d'euros. Des chiffres à côté desquels la capitalisation boursière de la compagnie tricolore n'a plus grand sens avec un montant de 2,2 milliards d'euros. L'urgence est donc maintenant pour l'État de reconstituer le bilan d'Air France-KLM de manière pérenne. Pour cela, Martin Vial, qui siège en personne au conseil de la compagnie, s'est entouré des conseils des banques Cacib et Citigroup et du cabinet d'avocats BDGS, avec notamment Antoine Bonnasse et Antoine Gosset-Grainville. La compagnie est conseillée de son côté par Gide, Willkie Farr & Gallagher LLP et par Natixis.
Une combinaison de différents instrumentsAux dires des différentes parties prenantes à cette vaste restructuration, l'équation financière change presque tous les jours. Mais un point semble aujourd'hui acquis : Air France a besoin d'une solution de recapitalisation des fonds propres d'environ 7,5 milliards d'euros, éventuellement par étapes, et pas entièrement, en 2021. Et on devrait assister probablement à une combinaison de différents éléments. Avec une composante importante de capitaux propres hybrides sous la forme d'une dette perpétuelle. Et avec une composante de « new money » qui sera forcément limitée par la faiblesse actuelle de l'action Air France.
Selon différents protagonistes de ce dossier, environ 3 milliards d'euros viendraient de la conversion de la créance du Trésor français en quasi-fonds propres sous forme de dette perpétuelle. Étant donné que l'État néerlandais souhaite maintenir l'équilibre des pouvoirs, une contribution supplémentaire d'un milliard d'euros devrait être fournie pour compléter celle de l'État français, là encore sous forme de quasi-fonds propres. Enfin, il faut s'attendre à un apport de new money à hauteur d'1 à 2 milliards d'euros. Une opération moins difficile à faire accepter par Bercy que par l'État hollandais et par la Commission européenne. Et avec un grand nombre de bémols à la clé… En attendant une nouvelle opération en 2022 !