Dans les coulisses de la « stratégie hydrogène » d'Air Liquide >
En 2050 le marché de l'hydrogène représentera un marché d'une valeur totale estimée à 2 500 milliards de dollars. Ce chiffre vertigineux explique pourquoi, que ce soit au niveau européen ou au niveau français, ce gaz vieux comme le monde est devenu une priorité d'investissement dans le cadre de la relance économique post-Covid-19. La France et l'Allemagne, notamment, ont annoncé vouloir consacrer respectivement 7 et 9 milliards d'euros de fonds publics, au cours des dix prochaines années, à la création d'une industrie de l'hydrogène. S'il y a bien aujourd'hui une industrie d'avenir, c'est celle qui fonctionne avec l'hydrogène et autour de l'hydrogène. Et en tant que l'un des principaux producteurs mondiaux de gaz industriels, Air Liquide dispose donc d'un potentiel de croissance considérable.
Une mission centrée sur l'ouverture de nouveaux marchés portés par la transition énergétique.
C'est Pierre-Étienne Franc qui est en charge de cette activité dans le groupe dirigé par Benoît Potier. Diplômé d'HEC il est rentré chez Air Liquide en 1995 au service de la stratégie. Aujourd'hui, il est vice-président du groupe, en charge des activités Hydrogène. Sa mission est donc centrée autour de l'ouverture de nouveaux marchés portés par la transition énergétique, notamment de la promotion et du développement des métiers de l'hydrogène et de la pile à combustible. Il est ainsi président du Comité directeur de l'initiative conjointe pour l'hydrogène et la pile à combustible : le « Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking » (FCH JU). Il s'agit d'une plateforme de financement issue d'un partenariat public/privé européen mené par l'industrie dans le cadre du programme Horizon 2020.
À la fois un gaz et un écosystèmeLe chiffre de 2 500 milliards de dollars en 2050, pour représenter la taille du marché de l'hydrogène, est à prendre avec précaution. Bien sûr il donne une idée de la place que ce gaz propre pourrait prendre dans le cadre de la transition écologique. Mais ce chiffre n'inclut pas seulement les tonnages d'hydrogène consom-més. Il inclut aussi les systèmes permettant à l'hydrogène de devenir une énergie motrice, donc les piles à combustible, les électrolyseurs et les systèmes de stockage. Autant de domaines qu'Air Liquide a déjà investi afin de mieux appréhender tout le potentiel de la filière.
Il reste que la priorité numéro un du groupe vise à accompagner les grands clients industriels dans leur transition écologique et leurs efforts de décarbonation. Air Liquide extrait de l'air, après des étapes de compression, d'épuration et de distillation des gaz rares, de l'azote et de l'oxygène sous une forme liquide ou gazeuse. En produisant de l'hydrogène à partir d'un mélange de gaz naturel et de vapeur, le groupe français entend aider les grands industriels à mener leur propre transition écologique en leur proposant une énergie décarbonée. C'est en s'adressant d'abord à sa base très large de clients à travers le monde, que le groupe veut mener la conquête de l'hydrogène.
Un chiffre d'affaires de 2 milliards d'eurosLe deuxième levier d'action du groupe vise à offrir des solutions à certains modes de transport capables de fonctionner avec une pile à combustible. Cela concerne les camions, les camionnettes, les bus, les trains et les tramways, mais aussi les chariots élévateurs. Pour l'instant, le marché est encore embryonnaire, mais on a vu récemment Alstom répondre à une commande de trains fonctionnant à l'hydrogène. Et comme pour les véhicules électriques le développement de ce marché passera notamment par un soutien logistique important avec des stations-service stockant de l'hydrogène, avec des réseaux de pipelines comme le groupe en possède déjà dans le Benelux, la Ruhr ou à Singapour.
Pour l'heure, l'activité hydrogène représente un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. C'est surtout à la fin de cette décennie qu'il commencera à connaître des taux de croissance importants. Mais nul doute que cette révolution de l'hydrogène sera l'alpha et l'oméga d'Air Liquide à l'avenir. Pour mémoire, si le groupe obtient en 2050 1 % du marché mondial, il doublera de facto de taille…