Pourquoi l'État a prévu d'apporter 14 milliards aux participations publiques >
L'année 2021 promet d'être active au sein de l'Agence des Participations de l'État dont le rôle est de contrôler la bonne marche des entreprises publiques, mais aussi de suivre leurs besoins de financement en jouant le rôle d'actionnaire dévolu à l'État. Si l'on se fie à la loi de finances publiée au Journal Officiel, le 30 décembre dernier, dans le chapitre des comptes d'affectation spéciale, une somme de 14 421 200 000 euros est prévue au titre des « Opérations en capital intéressant les participations financières de l'État ». Les comptables du Trésor ont fait mettre de côté cette somme dans le budget de cette année qui commence pour renforcer les bilans des participations publiques.
Le cabinet de Bruno Le Maire reconnait que le principal dossier concerné est celui d'Air France.
Interrogée par nos soins, l'Agence des Participations de l'État s'est refusée à répondre sur la répartition de ce montant entre les différentes entreprises en manque de fonds propres. Au motif qu'il s'agit, pour l'essentiel de sociétés cotées, et que donner des détails reviendrait à communiquer des informations privilégiées. Idem s'agissant du cabinet de Bruno Le Maire où l'on reconnaît seulement que le principal dossier concerné pour les mois à venir est celui d'Air France. Les comptes de l'avionneur tricolore pour 2020 devraient faire ressortir une perte de l'ordre de 8 milliards d'euros. Si bien qu'Air France-KLM devrait afficher des capitaux propres négatifs de 6 à 7 milliards d'euros en plus d'une dette supérieure à 12 milliards d'euros.
Reconstituer le bilan d'Air France KLMDes chiffres à côté desquels la capitalisation boursière de la compagnie tricolore n'a plus grand sens avec un montant de 2,1 milliards d'euros. L'urgence, est donc maintenant pour l'État de reconstituer le bilan d'Air France-KLM de manière pérenne. Pour cela, Martin Vial, qui siège en personne au conseil de la compagnie, s'est entouré des conseils des banques Cacib, HSBC et Citigroup et du cabinet d'avocats BDGS, avec notamment Antoine Bonnasse et Antoine Gosset-Grainville. La compagnie est, conseillée de son côté par Gide, par Willkie Farr & Gallagher et par Natixis.
Air France a donc besoin d'une solution de recapitalisation des fonds propres d'environ 7,5 milliards d'euros, éventuellement par étapes. Et il se pourrait qu'on assiste à une combinaison de différents éléments. Avec une composante importante de capitaux propres hybrides sous la forme d'une dette perpétuelle. Et avec une composante de « new money » qui sera forcément limitée par la faiblesse actuelle de l'action Air France. Mais ce dossier pourrait mobiliser à lui seul la moitié des sommes mises de côté par l'État pour soutenir ses participations.
L'aléa du Projet HerculeL'autre dossier important est constitué par Renault. Le constructeur a bénéficié au printemps 2020 d'un prêt garanti par l'État de 5 milliards d'euros. Jean-Dominique Senard, le président non exécutif a toujours expliqué que la firme au losange n'avait pas besoin d'augmentation de capital. D'autant que compte tenu du très fragile équilibre entre actionnaires, une telle opération poserait plus de problèmes qu'elle n'apporterait de solution. Il reste que pour soutenir le plan industriel dévoilé jeudi dernier par Luca de Meo, Renault va avoir besoin d'argent frais, et son bilan est très dégradé. Mais Bruxelles veille au grain et ne laissera pas l'État aider l'entreprise dans n'importe quelles conditions.
Troisième dossier important : EDF. Lors de ses vœux à la presse Bruno Le Maire a déclaré : « Ma responsabilité de ministre de l'Économie et des Finances c'est de donner à EDF les moyens de se développer et de rester l'une des plus grandes entreprises énergéticiennes de la planète. » Cela passe par la mise en œuvre du Plan Hercule et donc la renationalisation du parc nucléaire qui est consommateur de capitaux. Le rachat des parts des actionnaires minoritaires représenterait un investissement de 6,5 milliards d'euros de la part de l'État. De ce montant il faudrait déduire la cotation des activités de services. Mais ce peut être une piste pour l'utilisation de cette ligne budgétaire. À laquelle il faut rajouter une recapitalisation d'Areva pour quelques centaines de millions d'euros.