Morgan Stanley rit, Goldman Sachs déchante >
À Wall Street, le microcosme des affaires a l'habitude de suivre avec ferveur le podium des rémunérations des patrons des plus grandes banques. Et une fois n'est pas coutume, après une année bouleversée par une pandémie mondiale, le millésime 2020 ne ressemblera pas aux autres. Pour rappel en 2019, c'est Charles Scharf, le CEO de Wells Fargo, qui décrochait la palme du dirigeant bancaire le mieux rémunéré outre-Atlantique, avec 34,3 millions de dollars, selon le classement du Wall Street Journal. Il devançait Jamie Dimon et James Gorman, les patrons de JP Morgan et Morgan Stanley, ex aequo avec un chèque total de 31,6 millions de dollars chacun. David Solomon, le numéro un de Goldman Sachs, figurait déjà « seulement » à la septième place, avec 24,7 millions de dollars.
Et cette année, le CEO, qui mixe aussi sous le pseudo DJ Sol à ses heures perdues, paie les frais du scandale 1MDB en Malaisie, qui a ébranlé à la banque. En 2020, sa rémunération totale est ainsi en baisse de 36 %, à 17,5 millions de dollars. C'est certes sans comparaison avec le coût total de ce scandale pour la banque. Après plusieurs années d'investigation dans ce dossier explosif de détournement de fonds au profit de l'ex-Premier ministre malaisien, Goldman Sachs a accepté de payer une amende de près de 3 milliards de dollars pour mettre fin aux poursuites pour corruption. Un dossier qui lui aura coûté plus de 5 milliards de dollars au total, et qui est d'autant plus difficile à digérer que la banque cherche à revenir sur sa réputation sulfureuse depuis plusieurs années. Le directeur financier de la banque, Stephen Scherr, et le directeur opérationnel (COO), John Waldron, ont également dû renoncer à 31 % et 24 % de leurs émoluments, soit 15,5 et 18,5 millions de dollars respectivement. Au total, Goldman Sachs a réduit de 174 millions de dollars la rémunération de ses principaux dirigeants, y compris en réclamant des bonus versés à son précédent CEO, Lloyd Blankfein.
Goldman Sachs a réduit de 174 millions de dollars la rémunération de ses principaux dirigeants.
Année très favorable pour James Gorman chez Morgan StanleyDe l'autre côté du spectre, Morgan Stanley a profité d'une année très favorable aux banques de marché, qui ont été inondées par les liquidités des banques centrales mondiales en pleine pandémie.
Pour 2020, le CEO de la banque, James Gorman, s'est vu octroyer une rémunération totale de 33 millions de dollars, en hausse de 22 % sur un an. Cette enveloppe inclut certes 24 millions de dollars de titres de la banque, dont les deux-tiers seront libérés sur plusieurs années. Mais James Gorman n'est pas seulement récompensé pour les bonnes performances de Morgan Stanley, dont les profits ont grimpé de 22 %, à 11 milliards de dollars l'an passé, sur fond de rallye des marchés. Il a aussi su profiter de cet environnement pour faire deux acquisitions ambitieuses : E*Trade, le broker qui a musclé son expertise dans le trading retail pour 13 milliards de dollars, et Eaton Vance, spécialiste de la gestion de Boston, pour 7 milliards de dollars. Des opérations qui ont aussi permis au titre Morgan Stanley d'afficher une belle performance : il a gagné 22 % l'an passé, contre 16 % pour l'indice de référence, le S&P 500.
Stabilité du côté de JP MorganDu côté de JP Morgan, c'est le statu quo pour Jamie Dimon. Le CEO, qui dirige la banque depuis 2005 et est le seul patron encore en place depuis la dernière crise financière, a reçu une rémunération totale de 31,5 millions de dollars en 2020, un montant stable par rapport à 2019. Une décision qui montre que la plus grosse banque américaine – avec près de 3 000 milliards de dollars d'encours – a souhaité serrer les coûts en 2020 dans une situation économique très dégradée, où les faillites pourraient bientôt grimper en flèche. Pour rappel, JP Morgan a publié un profit annuel en baisse de 20 % l'an passé, à 29,1 milliards de dollars, la banque ayant décidé de provisionner pas moins de 12 milliards de dollars de pertes sur des crédits non performants.
Parmi les mastodontes de Wall Street, Bank of America, Citi ou encore Wells Fargo n'ont pas encore dévoilé les montants alloués à leurs patrons cette année. Gageons que ces banques très exposées au retail devraient jouer la carte de la prudence dans un contexte encore si incertain.