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Story de la semaine / Discorde / 08/02/2021

Pourquoi la justice va devoir trancher le différend entre Erik Maris et Jean-Marie Messier

Officiellement Erik Maris et Jean-Marie Messier, qui ont contribué tous les deux au succès de la banque d'affaires Messier Maris & Associés, sont séparés depuis le week-end de la Toussaint. Au terme de plusieurs semaines de négociations, les deux anciens associés-gérants de Lazard ont conclu avec leurs avocats respectifs un « term-sheet » permettant à chacun de reprendre sa liberté. Aussitôt, Erik Maris a rejoint Advent en tant qu'advisory partner, tout en accompagnant l'aboutissement de la fusion entre Peugeot et Fiat-Chrysler, compte tenu de ses liens avec Carlos Tavares. Quant à Jean-Marie Messier, il a aussitôt annoncé l'arrivée de Patrick Sayer, ex-patron d'Eurazeo comme senior advisor.

Le problème, c'est que trois mois après la conclusion de cet accord de divorce amiable, Jean-Marie Messier se refuse à honorer les enga-gements contenus dans le « term-sheet ». L'ancien patron de Vivendi n'a pas souhaité nous expliquer son refus d'en finir avec cette transaction, se retranchant derrière le secret des affaires. Il reste que plus rien n'est secret dans ce dossier. En interne, chez Messier Maris, chacun sait que le litige entre les fondateurs n'est pas terminé. Et une première audience pu-blique a eu lieu vendredi dernier au tribunal de commerce dans le cadre d'une demande de médiation.

Jean-Marie Messier se retranche derrière le secret des affaires.

Mediobanca agacé par Messier

Les difficultés rajoutées par Jean-Marie Messier dans ce dossier commencent même à empoisonner Mediobanca, désormais actionnaire à 66 % de Messier Maris, et dont le conseil Clifford Chance est mêlé, nolens volens à cette affaire pourtant bien mineure. Mais Erik Maris, qui a respecté à la lettre « le term-sheet » a démissionné du board de Messier Maris, comme le lui demandait son ex-associé. Sauf que, depuis, Jean-Marie Messier refuse les noms qui lui ont été proposés pour que le conseil d'administration puisse fonctionner et semble s'être auto-désigné président de « sa banque » sans autorisation de ce même conseil. Ce qui ressemble à une manœuvre dilatoire. Et suscite nombre d'interrogations auprès des équipes de la banque d'affaires avec lesquelles nous avons pu échanger.

Ce n'est pas tout. Erik Maris a conclu le plus gros deal de l'année passée, qui s'est achevé il y a un mois par la création du groupe Stellantis. Ami proche et de longue date de Carlos Tavares, le patron de Peugeot, il était son unique conseiller. Et sa rémunération en tant que banquier d'affaires représente naturellement plusieurs millions d'euros. L'accord conclu avec Jean-Marie Messier prévoyait une rétrocession des « fees » dues. Mais le patron de Messier Maris se fait tirer l'oreille pour restituer à son ancien associé le fruit de son travail. Pourtant, selon nos informations obtenues auprès de Stellantis, les services de Carlos Tavares ont déjà reçu une facture de la part de… Jean-Marie Messier.

Un référé décisif

À cela s'ajoute l'accord conclu avec Mediobanca qui a permis à Erik Maris et à Jean-Marie Messier de monétiser leur investissement, et à la banque d'affaires italienne d'obtenir les deux tiers du capital. Celle-ci a convenu de rémunérer les deux banquiers par fractions égales sur cinq ans, en fonction des résultats de Messier Maris. C'est Ricol Lasteyrie qui est agent du séquestre (la Compagnie Monégasque de Banque) des titres Mediobanca à recevoir par les deux banquiers. Mais les complications du dossier impactent naturellement ces mouvements d'actions et la tâche du séquestre.

C'est pour tenter de faire appliquer l'accord conclu à l'automne dernier – et rien que l'accord –, en dépit des blocages imposés par Jean-Marie Messier, que le cabinet Galembert Avocats, qui défend Erik Maris, a saisi le tribunal de commerce en référé. Du côté de Jean-Marie Messier, les avocats appartiennent au cabinet Mayer Brown, avec notamment Jean-Philippe Lambert et Emily Pennec comme associés. Sollicités par nos soins, tant les défenseurs d'Erik Maris que ceux de Jean-Marie Messier n'ont pas souhaité nous répondre.

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