Comment HSBC Holdings adapte sa stratégie pour retrouver sa rentabilité >
HSBC Holdings ne s'est jamais vraiment remis de la crise financière de 2008 et d'un modèle de banque globale et universelle dans tous les sens du terme : c'est-à-dire présente partout et sur tous les métiers. Il y a un an, HSBC avait commencé à annoncer des arbitrages d'actifs, dont certains n'ont pu être menés à cause de la pandémie. Cette fois, le groupe a fait part d'un changement majeur de stratégie qui est lié tant à l'évolution de l'industrie financière qu'aux mutations géopolitiques.
La banque travaillait sur un nouveau business model lui permettant d'encaisser davantage de commissions de ses clients que de gains sur les marges de transformation. Sa nouvelle stratégie va dans ce sens et ne laisse aucune place au doute. HSBC va en effet investir environ 6 milliards de dollars en Asie, dont 3,5 milliards de dollars destinés à son activité de gestion de patrimoine, qui devrait embaucher plus de 5 000 ingénieurs patrimoniaux au cours des trois à cinq prochaines années. Cet investisse-ment majeur se fait au détriment de la division mondiale des banques et des marchés de HSBC, qui héberge ses activités de banque d'investissement.
HSBC a investi 3,5 milliards de dollars dans son activité de gestion de patrimoine.
HSBC préfère miser sur l'actuel SingapourCela signifie que la grande banque sino-britannique va réduire essentiellement le montant du capital qu'elle avait immobilisé dans ses activités bancaires et de marchés mondiaux à l'échelle mondiale pour le réinvestir dans la gestion de patrimoine et la banque de financement et d'investissement. Une grande partie de ses activités bancaires et de marchés mondiaux aux États-Unis et en Europe étaient à faible rendement. Le mouvement stratégique de HSBC n'est pas simplement une nouvelle allocation du capital, c'est aussi un transfert des États-Unis et de l'Europe, zones de taux trop bas marquées par la concurrence des fintech vers l'Asie, mais aussi le Moyen-Orient. Elle préfère miser sur l'actuel Singapour que sur le futur Singapour de l'Europe que promet Boris Johnson pour la City…
Cette mutation historique d'une icône de l'industrie financière ne va pas se faire sans mal. Pas moins de 35 000 personnes devraient quitter les effectifs de la banque. Mais celle-ci aura un profil totalement nouveau puisque la part de l'Asie dans le capital du groupe va passer d'environ 42 % à plus de la moitié du total au cours des prochaines années, une décision qui devrait s'accompagner de la relocalisation de plusieurs dirigeants de la société, de Londres à Hong Kong. Cinquante pour cent des revenus de HSBC, et la majeure partie de ses bénéfices, proviennent désormais d'Asie. Il est logique que l'essentiel de ses aspirations de croissance se trouve désormais sur ce continent.
Ses actionnaires de Hong Kong détiennent plus du tiers du capitalDans ce nouveau contexte, il est important pour HSBC de renouer avec ses actionnaires de Kong Kong, qui détiennent plus du tiers du capital et pour lesquels le coupon annuel est un complément de revenu important. L'an passé HSBC a dû renoncer à son dividende sur instruction de la Banque d'Angleterre. Cela a irrité les investisseurs de détail à Hong Kong, qui ont tenté en vain de faire changer la politique. Le régulateur britannique a, depuis, levé l'interdiction et le rival historique, Barclays, a déclaré qu'il paierait un dividende d'un pence par action. Bien que le bénéfice ajusté avant impôt de la banque ait chuté de 50 % à 2,2 milliards de dollars américains au 4e trimestre, HSBC va bien verser un dividende de 15 cents américains. D'autant plus que les régulateurs britanniques ont assoupli leur interdiction visant à préserver le capital l'année dernière après l'épidémie.
Toutes ces annonces mettent fin à un long suspense concernant une vitrine du capitalisme britannique qui a clairement décidé de tourner le dos à l'Occident pour lui préférer l'Empire du Milieu. Les analystes de Jefferies ont déclaré que cette stratégie paraissait « un peu terne à nos yeux » et ont souligné le manque de « concret » quant à l'avenir de ses activités de vente au détail en France et aux États-Unis. Les actions HSBC ont réagi à la baisse à Londres mais à la hausse à Hong Kong. Tout un symbole.