Pourquoi les fonds activistes vont continuer à secouer les entreprises européennes >
Ces dernières semaines, l'actualité financière en France a été dominée par ce que l'on a appelé – sans doute à tort – « l'affaire Danone ». Comme nous l'avons écrit dans ces colonnes, le groupe agroalimentaire, constitué par le génial Antoine Riboud et « reprofilé » avec beaucoup de courage et de talent par son fils Franck, se cherche depuis qu'Emmanuel Faber en a pris les commandes. Ce n'est pas tant une question de résultats – ceux de l'an passé n'étaient pas si mauvais si la pandémie n'avait pas tant affecté la division eaux – que d'incarnation et d'absence de vision stratégique. Les investisseurs aiment les « equity story » surtout lorsqu'elles sont accompagnées de performances en adéquation avec « l'histoire racontée ».
Le point d'attaque ne porte par sur la performance mais sur les questions de gouvernance.
Si le fonds BlueBell, quasiment inconnu parmi les fonds activistes et doté d'une centaine de millions de livres a pu déclencher « l'affaire » avec très peu d'actions en sa possession, suivi de manière plus professionnelle par le fonds Artisan, c'est parce que Danone offrait un terrain propice à leurs récriminations. Le principal point d'attaque des fonds activistes ne porte pas sur la performance de leurs cibles mais sur les questions de gouvernance. C'est le cas pour 30 % des opérations recensées.
Un rapport sur l'activisme actionnarial en Europe en 2020C'est ce que confirme Armand Grumberg, avocat associé au cabinet Skadden, qui suit actuellement trois affaires d'activisme en cours. Il a, par ailleurs, participé à l'élaboration d'un rapport portant sur les principales tendances de l'activisme actionnarial en Europe en 2020 et les perspectives qui se profilent en 2021, une publication réalisée par Activistmonitor et rattachée à Mergermarket et le cabinet d'avocats international Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP. Un document d'autant plus intéressant, qu'au-delà des données chiffrées émanant de Mergermarket, le rapport, intitulé Activist Investing in Europe, s'appuie sur 50 entretiens menés auprès de hauts dirigeants d'entreprises européennes et de fonds activistes.
Plusieurs données et tendances de ce rapport, que La Lettre de L'Expansion a pu lire en exclusivité, sont très intéressantes. D'abord, malgré la pandémie, les investisseurs activistes ont lancé 60 nouvelles campagnes publiques contre des entreprises européennes en 2020 – une tendance en baisse de seulement 3,2 % par rapport à 2019. Et 80 % des dirigeants d'entreprises interrogés prévoient une hausse de l'activisme actionnarial après la fin de la pandémie. Parmi les activistes, 60 % s'attendent à ce que le nombre total de campagnes atteigne, d'ici à la fin de l'année 2021, des niveaux équivalents à ceux enregistrés avant la pandémie.
Tous les secteurs ont été la cible des campagnes activistesEnsuite, les entreprises, dont la capitalisation boursière est supérieure à 2 milliards de dollars, ont été les plus visées par les activistes en Europe en 2020 (50 % des sociétés visées, soit une hausse de 21 % par rapport à 2019). Et tous les secteurs ont été la cible de campagnes activistes en 2020. Les services financiers, mais aussi, en raison de la pandémie de la Covid-19, les secteurs des biens de consommation et des loisirs ont été particulièrement visés. En Europe, les demandes publiques des activistes ont porté essentiellement sur des questions relatives au changement de gouvernance et à la composition des conseils d'administration, ou sur des questions relatives aux opérations de fusions et acquisitions.
Enfin, et cela va être important pour les mois à venir, les demandes publiques portant sur la réduction des coûts et une meilleure performance opérationnelle des entreprises ont explosé, passant de quatre demandes en 2019 à 16 en 2020, soit une augmentation de 400 %. Une hausse qui reflète ainsi l'impact de la Covid-19 sur les résultats financiers des entreprises.
En termes géographiques, les campagnes activistes ont augmenté, entre 2019 et 2020, en Allemagne (+ 67 %), en France (+ 75 %), en Italie (quatre campagnes en 2020, aucune en 2019), aux Pays Bas (+ 500 %) et en Belgique (+ 200 %). Une fois n'est pas coutume, bien que le Royaume-Uni demeure le pays où l'activisme a pris le plus d'ampleur avec 15 campagnes lancées en 2020, ce chiffre est malgré tout en baisse de 32 % par rapport à 2019 et ses 22 campagnes. En revanche, tous les activistes, ainsi que la grande majorité des dirigeants interrogés, considèrent que les entreprises européennes devront rester sur leurs gardes car elles pourraient devenir la cible d'activistes nord-américains dans les douze prochains mois.