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Story de la semaine / Après l'affaire Danone / 22/03/2021

Le bal tragique à la Bourse de Paris n'est pas terminé

Il y a encore dix jours, Emmanuel Faber, le patron de Danone, qui avait accepté de renoncer à ses fonctions de directeur général, était convaincu que les administrateurs n'oseraient pas aller plus loin. Quelques jours plus tard, dans la torpeur d'un dimanche soir, il a été révoqué de toutes ses fonctions après un vote où deux tiers des voix se sont portées contre lui. Il aurait pu démissionner devançant l'attente des administrateurs. Mais, dans un sursaut d'orgueil, il a pensé que certains n'oseraient pas le décapiter en public. Emmanuel Faber avait juste oublié que les administrateurs sont l'ultime contrepouvoir dans une société et les gardiens de l'intérêt de tous les actionnaires.

De fait, en l'espace d'un an ce sont quatre des patrons ou patronne du CAC 40 qui ont dû rendre leur tablier, après des différences stratégiques fortes avec le conseil d'administration, les administrateurs ou le président non exécutif. Il y a eu le trop long conflit qui a opposé Isabelle Kocher à Jean-Pierre Clamadieu et à certains administrateurs d'Engie, notamment sur des sujets stratégiques et la place de l'activité gaz dans le modèle économique du groupe à moyen terme. La directrice générale du groupe énergétique a eu beau agiter le ban et l'arrière-ban de la Place de Paris, voire du microcosme politique ou pari-sien, les administrateurs ont décidé en leur âme et conscience de faire appel à un nouveau mandataire social. Et le 1er janvier dernier Catherine MacGregor s'est installée dans le bureau d'Isabelle Kocher.

En l'espace d'un an, ce sont quatre des patrons ou patronnes du CAC 40 qui ont dû rendre leur tablier.

À la surprise générale, la révocation de Thierry Bolloré chez Renault

Quelques mois plus tôt à la surprise générale, un conseil d'administration de Renault, convoqué un vendredi en urgence, avait révoqué avec effet immédiat Thierry Bolloré, le directeur général de la firme au losange, depuis l'incarcération au Japon de Carlos Ghosn. Si le conseil a été aussi brutal, c'est d'abord parce que le bénéfice venait d'être divisé par deux. Mais surtout parce que les plaintes s'étaient multipliées contre le management autoritaire et solitaire de l'ancien fidèle de Carlos Ghosn. Jean-Dominique Senard, le président non exécutif n'a pas voulu rajouter une crise à une autre crise. Il a donc décapité Thierry Bolloré et nommé une direction générale collégiale par intérim. Depuis le 1er juillet dernier, c'est Luca de Meo qui est désormais le nouveau directeur général du groupe avec la confiance du conseil qui l'a nommé.

La démission de Christophe Cuvillier à Unibail-Rodamco-Westfield

Enfin, en novembre 2020, il y a seulement quatre mois, Christophe Cuvillier, le président du directoire de la foncière Unibail-Rodamco-Westfield a été la victime d'une manœuvre qu'il avait pourtant lui-même engagée. Persuadé que son groupe avait besoin de liquidités il avait convoqué une assemblée d'actionnaires pour voter le principe d'une augmentation de capital. Cela a permis à Léon Bressler et Xavier Niel de monter un plan alternatif et de faire le tour des actionnaires pour les convaincre de ne pas voter un appel au marché au rabais. À l'issue d'un suspense insoutenable, les deux opposants ont réussi à rallier une majorité d'actionnaires et se sont faire élire comme membre du conseil de surveillance. Léon Bressler a été immédiatement élu président de cette instance. Si bien que Christophe Cuvillier a aussitôt démissionné sachant que ses jours étaient comptés.

Ce sont donc 10 % des dirigeants du CAC 40 qui ont été renvoyés dans leurs foyers en l'espace de dix-huit mois, et en dépit de la période particulière liée à la pandémie. Cela ne veut pas dire que les patrons français sont devenus plus contestables du jour au lendemain. Cela ne veut pas dire que la France se met à la mode américaine avec son capitalisme brutal. Cela signifie juste que les conseils d'administration ou de surveillance ont compris qu'ils étaient les contrepouvoirs ultimes et, qu'à un moment, ils ne pouvaient plus se dérober dans un capitalisme français qui à toujours des airs d'entre-soi.

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