Comment il simplifie petit à petit son groupe familial >
Il y a quarante ans exactement, Bernard Arnault quittait la France et l'avènement des socialistes au pouvoir afin de s'installer aux États-Unis et de lancer l'entreprise familiale de promotion immobilière Férinel (contraction de Ferret et de Savinel, le nom de jeune fille de sa mère) de l'autre côté de l'Atlantique. L'expérience n'a pas été aussi concluante qu'espérée. Il faut dire que la politique monétaire menée par l'administration Reagan destinée à tuer l'inflation par des taux d'intérêt élevés n'était pas propice aux projets immobiliers. Parti par méfiance à l'égard des socialistes, c'est aussi à cause d'eux qu'il revient subitement en France, sur les conseils de son ami Pierre Godé, professeur agrégé de droit, aujourd'hui décédé et de François de Combret alors en poste chez Lazard à New York.
À l'issue de la réorganisation de la chaîne de contrôle de la Financière Agache, le groupe de Bernard Arnault pourrait changer de nationalité.
Les frères Willot détenteurs du groupe Boussac (Le Bon Marché, Dior, Agache, Peaudouce…) ont été contraints de déposer le bilan à la demande du CCF dirigé par Jean-Maxime Lévêque. Pierre Mauroy, maire de Lille, qui méprisait cette famille du Nord promet de « leur faire rendre gorge. Un repreneur est aussitôt recherché. Bernard Tapie est candidat, de même que Maurice Bidermann déjà présent dans le tissu. Mais finalement, le gouvernement Fa-bius qui a hérité du dossier n'a pas d'autre choix que de l'attribuer à un inconnu, Bernard Arnault, qui a pris la sage précaution sur les conseils d'Antoine Bernheim (ami de Jean Arnault son père) de racheter aux frères Willot leur participation dans la SFFAW (Société foncière et financière Agache Willot) le cœur du groupe. L'autre gros actionnaire de cette holding faîtière est la Banque Louis Dreyfus, dont le patron de la gestion d'actifs, un certain Hughes de Lasteyrie, a ramassé 10 % du capital.
Lazard a aidé Bernard Arnault à mettre la main sur AgacheLa Banque Lazard est donc aux côtés de Bernard Arnault et l'aide à financer cette opération en rachetant des titres de la Financière Agache Willot, par l'intermédiaire de leur holding Rue Impériale de Lyon. De fait, cette holding, qui n'intéressait guère les boursiers, va devenir le cœur de toutes les opérations financières qui vont faire de Bernard Arnault la deuxième ou troisième fortune mondiale selon les jours et selon les cours de Tesla, LVMH ou Amazon. C'est en vendant Saint-Frères, Peaudouce et Conforama que cette société va constituer un trésor de guerre qui va lui permettre de monter à l'assaut d'un LVMH très branlant entre Alain Chevalier et Henry Racamier, au point d'en devenir aujourd'hui le premier actionnaire avec 47,5 % des titres et près de 64 % des droits de vote.
Depuis un an, Bernard Arnault qui a aussi diversifié ses investissements personnels au sein de sa holding faîtière aujourd'hui dénommée Agache (ex-Groupe Arnault) s'évertue à simplifier la cascade de holdings qui lui permet de contrôler le numéro un mondial du luxe. Il a d'abord supprimé la holding Jean Goujon qui était coincée entre Christian Dior et LVMH et ne servait à rien. Puis à l'automne, il a procédé à la fusion de la société Sémyrhamis (principale actionnaire de Christian Dior) avec la Financière Agache. Si bien que cette dernière a désormais pour principal actif une participation directe dans la société Christian Dior représentant 95,24 % du capital et 96,34 % des droits de vote de cette société, ainsi qu'une participation directe dans LVMH représentant 1,78 % du capital et 2,31 % des droits de vote.
Vers une fusion avec une holding belgeLa principale justification de cette offre publique de retrait initiée par la société Agache (holding de tête du groupe de Bernard Arnault) est donc de poursuivre la simplification de la chaîne de contrôle de LVMH. Mais dans le document visé par l'Autorité des marchés financiers les dirigeants de Financière Agache expliquent que « des fusions intra-groupe pourront être envisagées, étant précisé qu'une opération de fusion-absorption de la société Le Peigné par Financière Agache est à l'étude pour une réalisation qui interviendrait d'ici la fin de l'année ». Le Peigné étant une société belge, dans ces conditions, la Financière Agache pourrait changer de nationalité avec toutes les conséquences fiscales positives que cela entraînerait.