Pourquoi Total doit réussir à tout prix son assemblée générale >
C'est ce vendredi 28 mai à 10 heures et à huis clos, en raison des conditions sanitaires liées à la pandémie de la Covid-19, que les actionnaires de Total vont se réunir en assemblée générale. A priori, il s'agit d'une grand-messe actionnariale tout à fait classique sans enjeu majeur, sans opération financière et dans un contexte boursier plutôt favorable puisque l'action Total a progressé de 20 % en un an et de 12,5 % depuis le début de l'année. Par ailleurs, les actionnaires du groupe énergétique vont devoir approuver sans difficulté la distribution d'un dividende global de 2,64 euros par action. Ce qui correspond à un rendement de 6,72 %, quatre à cinq fois supérieur à ce que rapporte le meilleur contrat d'assurance-vie.
Total va désormais porter son ambition d'être un groupe produisant des énergies responsables avec la volonté d'atteindre la neutralité carbone en 2030.
Et pourtant, cette année, dans l'entourage de Patrick Pouyanné, qui gère de main de maître l'ex-Compagnie française des pétroles depuis la disparition subite de Christophe de Margerie – et dont le mandat doit être renouvelé au cours de l'assemblée jusqu'au printemps 2024 –, cette assemblée revêt une importance particulièrement importante. Car le groupe qui s'appelle Total va faire voter une nouvelle dénomination lors de la partie extraordinaire de l'assemblée, afin que le groupe soit désormais nommé TotalÉnergies. Il ne s'agit pas là d'une coquetterie ou d'une concession faite à l'air du temps. Non, le but est de montrer aux investisseurs, comme aux parties prenantes du groupe, que Total va désormais porter jusque dans son identité son ambition d'être un groupe produisant des énergies responsables avec la volonté d'atteindre la neutralité carbone en 2030.
Un engagement contre le réchauffement climatiqueL'annonce en a été faite à l'automne dernier par Patrick Pouyanné lors d'un investor day de deux jours durant lesquels il a expliqué par le menu comment Total, qui est la quatrième major pétrolière mondiale, avait décidé, conformément aux accords de Paris de 2015, d'apporter sa pierre à l'édifice de la lutte contre le réchauffement climatique. Et cela tout en restant un groupe énergétique. Ce qui nécessite de réinventer l'énergie, donc de promouvoir les énergies renouvelables et décarbonées (solaire, éolien, biocarburants, biogaz, hydrogène…) en accélérant leur déploiement et en investissant dans la recherche et le développement et l'innovation dans les énergies nouvelles. Tout cela dans un environnement où l'usage des énergies fossiles va se renchérir du fait du prix croissant du carbone.
Une diversification du mix énergétiqueCette ambition, pour l'Europe et le reste du monde, implique pour le groupe une diversification de son mix énergétique. En 2015, les ventes de Total étaient composées à 66 % de produits pétroliers, à 33 % de gaz et à moins de 1 % d'électricité. En quatre ans seulement, ce mix a déjà nettement évolué, puisqu'en 2019, le groupe vendait 55 % de produits pétroliers, 40 % de gaz naturel et 5 % d'électricité. Pour atteindre en 2030 une réduction de 15 % de l'indicateur d'intensité carbone des produits du groupe, Total envisage un fort développement dans l'électricité, notamment renouvelable, qui représenterait alors 15 % des ventes, pour 35 % de produits pétroliers et 50 % de gaz.
Si Total est crédible sur son ambition, c'est parce que le groupe est capable de montrer le chemin dès aujourd'hui. Aucune major n'a décarboné son mix énergétique comme Total. Entre 2015 et 2019, le Groupe a réduit de 6 % l'intensité carbone des produits énergétiques vendus. Cette performance correspond à des investissements majeurs, de plus de 20 milliards de dollars, qui ont permis au groupe de multiplier ses ventes d'électricité par près de huit et de GNL par plus de trois. Et cette dynamique se poursuit. L'an passé, Total comptait près de 9 millions de clients gaz-électricité en Europe. Comme disent les Anglo-Saxons : « Actions speak louder than words. »
L'Agence internationale de l'énergie gêne la transition de TotalPour en arriver là, Total a fait un travail considérable de redéfinition de sa stratégie. Et Patrick Pouyanné va probablement profiter de la tribune offerte par l'assemblée générale des actionnaires pour l'expliquer encore davantage. Le problème c'est qu'il pourrait voir une partie de ses efforts contrecarrés par l'Agence internationale de l'énergie. Ce « machin » sans autre pouvoir que celui de la parole, a expliqué, dans un rapport publié mardi, qu'une série de mesures drastiques devaient être prises à très court terme pour décarboner l'économie. Notamment l'arrêt de l'exploration de nouveaux sites gaziers ou pétroliers au-delà de ceux déjà engagés en 2021, la fin de l'ouverture de nouvelles centrales électriques au charbon dès 2021, la fin de la vente de voitures à moteur thermique à partir de 2035, ou encore une hausse de 4 % par an de l'efficacité énergétique globale d'ici à 2030, soit trois fois plus que le rythme moyen des deux dernières décennies.
En étant « plus royaliste que le roi », l'AIE pourrait gêner le travail de transition entamé par Total. Par ailleurs, la multiplication des attaques contre le pétrolier français, accusé d'être trop présent à Polytechnique, de gagner trop d'argent, de pactiser avec la junte birmane – comme il y a dix ans ! – alors que Total apporte au contraire de l'aide matérielle et humaine à des milliers d'habitants de Birmanie, constituent autant d'injustices faites aux dirigeants au moment où ils sont embarqués dans une révolution copernicienne qui correspond aux besoins d'une planète mieux préservée pour tous. Il serait temps que le délit de faciès que subit Total depuis l'Erika et AZF cesse et que l'opinion soit au diapason des dirigeants en regardant vers l'avenir.