Pourquoi l'Assemblée générale de Vivendi est décisive cette année >
C'est demain à 10 heures du matin que les actionnaires de Vivendi sont convoqués en assemblée générale. Une réunion qui se tiendra à huis clos en raison de la crise sanitaire. Yannick Bolloré, le président du Conseil de surveillance du groupe animera donc l'assemblée avec Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire, depuis le siège social de l'avenue de Friedland. Les moyens techniques utilisés seront ceux de la société ShortCut et de Company Webcast pour la diffusion par internet en temps réel.
Si toutes les résolutions sont adoptées, cette assemblée va modifier profondément le profil du groupe.
L'an passé, un peu plus de 5 000 actionnaires avaient participé à l'assemblée générale – déjà par visioconférence – représentant un total de 758 millions d'actions. Cela signifiait que le quorum était de 66 %. On peut imaginer que demain il y aura davantage d'actionnaires participant. D'abord, parce que l'ordre du jour est particulièrement fourni. Ensuite, parce que – si toutes les résolutions sont adoptées – cette assemblée va modifier profondément le profil du groupe en décidant du « spin off » d'Universal Music et de sa cotation d'ici à fin septembre prochain.
Enfin, parce qu'au cours des dernières se-maines, trois fonds activistes, de tailles diverses, se sont manifestés auprès de Vivendi, ou du marché, avec des préoccupations différentes.
Pas de résolution déposée par les activistesLe premier est le fonds Bluebell, géré par un ancien patron de Bulgari, qui n'a beau avoir que 90 millions de dollars mais se sent pousser des ailes après avoir réussi à faire partir Emmanuel Faber de la tête de Danone. Le deuxième est le fonds Artisan, plus important, qui communique de fait avec Bluebell. Tous deux ne remettent pas en cause le « spin off » d'Universal Music et sa cotation. Ce qui est un point très important. En revanche, ils semblent chagrinés par le traitement fiscal réservé à cette opération faite sous la forme d'une distribution d'un dividende exceptionnel composé d'actions de la filiale musicale. Ils souhaitent donc que Vivendi distribue en plus du dividende de 0,60 euro et d'actions Universal Music qui devraient créer de la valeur, un « ruban cadeau » de 3,3 milliards d'euros – rien que cela ! – pour permettre aux actionnaires de ne pas subir de frot-tement fiscal. Mais ils savent que leur souhait a peu de chance d'être exaucé. Ce qui explique, entre autres, l'absence d'un projet de résolution à l'occasion de cette assemblée.
Le troisième activiste apparu tout récemment – uniquement par le biais d'une dépêche Bloomberg, mais qui n'a pas pris la peine d'écrire à Vivendi – est le fonds Third Point. Rien à voir avec les précédents, puisqu'il gère environ 11,2 milliards d'euros de manière très professionnelle. Il s'est illustré en bataillant depuis plusieurs années chez Nestlé – où il a investi 4,6 milliards de dollars – afin que le groupe de Vevey lâche certaines diversifications et redistribue du cash aux actionnaires. Ce qui a été fait en partie.
Cette fois, on ne sait pas ce que Third Point cherche exactement. Personne ne sait combien d'actions Vivendi le fonds possède. La seule motivation de son apparition récente dans le dossier pourrait être liée à l'annonce de discussions entre Vivendi et le SPAC du gérant de hedge fund américain Bill Ackman, pour que ce dernier acquière 10 % d'Universal Music sur la base d'une valorisation totale de 35 milliards d'euros. Et dans ce cas, Vivendi n'a pas grand-chose à voir avec ce mouvement d'humeur de Third Point.
Lutte aux couteaux entre deux milliardaires américainsCar à Wall Street, chacun sait que Daniel Loeb et Bill Ackman sont deux ennemis qui se jaugent, se surveillent et si possible cherchent à se nuire. Notamment, depuis qu'ils se sont affrontés sur le dossier Herbalife. L'affaire remonte à 2013 et Bill Ackman était convaincu que cette société de compléments nutritionnels vendus dans un système pyramidal était une sorte de Madoff. De fait, il avait parié sur son effondrement en vendant à découvert plus de 20 millions de titres. À l'inverse, Daniel Loeb croyait dur comme fer au succès d'Herbalife et avait acheté, via Third Point, 8 % du capital. In fine, c'est Ackman qui a perdu la bataille et a dû supporter une perte de 500 millions de dollars.
Si tous ces protagonistes se retrouvent aujourd'hui autour de Vivendi, c'est parce que le monde entier a découvert cette pépite qu'est Universal Music, qui vaut 35 milliards d'euros, et qui pourrait grimper rapidement à 50 milliards. Alors qu'il y a quelques années le Tycoon américain était venu à Paris en proposer… 7 milliards que Vincent Bolloré a heureusement décliné. Cette nuée d'abeilles autour de Vivendi montre simplement que le groupe a su faire son miel et que ce n'est sans doute pas terminé.