Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Batailles d'actionnaires / 05/07/2021

Pourquoi les fonds activistes vont revenir en force à Paris dès le mois de septembre

Les six derniers mois ont été marqués par un retour prudent des fonds activistes sur le grand marché européen, et plus spécifiquement à Paris. C'est notamment l'affaire Danone qui a été le déclen-cheur de leurs interventions. Avec des prises de position au capital du groupe alimentaire français qui, pour certains, avaient débuté à la fin de l'année dernière après la présentation par Emmanuel Faber de son futur plan stratégique. La particularité du cas Danone est que les fonds activistes n'étaient pas très puissants et qu'il aurait été pos-sible pour le groupe de poursuivre son chemin. Emmanuel Faber a déclaré devant les députés que « les activistes sont venus en raison de dysfonctionnements du conseil ». C'est une manière pour l'ex-patron de Danone de refuser de voir ce qu'il a raté. Car qui était président du conseil sinon lui ? C'est vrai qu'ils ont profité de failles dans la gouvernance. Mais ces failles faisaient partie des erreurs de management d'Emmanuel Faber.

Si Vincent Bolloré a amené Arnaud Lagardère à rendre les armes, c'est le fonds activiste Amber qui avait débuté ce combat et qui a fait preuve d'une obstination remarquable.

En dehors de Danone, il y a eu une forte présence d'activistes au capital de Suez, mais qui n'ont joué aucun rôle dans la résolution du conflit avec Veolia. Il y a eu l'apparition très symbolique de quelques fonds au capital de Vivendi, pour des raisons qui n'ont rien à voir ni avec la stratégie, ni avec les performances de ce groupe. Enfin, il y a eu l'heureuse conclusion du feuilleton Lagardère, avec la transformation en société anonyme de ce groupe qui était en société en commandite par actions. Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Si Vincent Bolloré a mené ces derniers mois une guérilla décisive et amène Arnaud Lagardère à rendre les armes, c'est le fonds activiste Amber qui avait débuté ce combat il y a plusieurs années et qui a fait preuve d'une obstination remarquable (comme chez Suez d'ailleurs).

Les groupes français les plus exposés aux activistes

L'été s'annonce donc calme sur le front de ces actionnaires trublions. Mais déjà, les avocats spécialisés s'attendent à voir ces activistes revenir en force au capital de plusieurs des grands groupes français cotés, dès septembre, après avoir acquis des positions discrètes dans la torpeur de la saison estivale. D'abord parce que le marché français est le moins cher (en termes de PER) par rapport aux autres marchés mondiaux qui ont trop monté. Ensuite, beaucoup de groupes distribuent des dividendes sympathiques qui assurent de bons rendements à des fonds qui doivent rendre des comptes à des investisseurs tiers. Enfin, parce que le capitalisme français fait face à une double conjonction. Des choix stratégiques radicaux et des gouvernances qui ont évolué au profit de structures duales (conseil de surveillance et directoire ou président et directeur général) mettant fin au fameux « Führer Prinzip », qui date de la sombre époque du régime de Vichy.

Ces fonds activistes, qui vont fortement animer la Bourse de Paris au cours du dernier trimestre, ont des typologies très diffé-rentes. En fait, désormais, il existe trois sortes d'activistes avec, à chaque fois, des méthodes très différentes pour secouer les dirigeants d'entreprise. Ceux qui deviennent les plus remuants sont liés justement, sinon à la cause climatique, du moins à toute la thématique ESG. On les a vus chez Total où leur action était d'autant plus injustifiée que le groupe dirigé par Patrick Pouyanné a présenté, lors de la dernière assemblée, un plan pour devenir « carbone neutre » à l'horizon 2050. Ce qui constitue une ambition incroyable pour un groupe qui vit des énergies fossiles. Et l'abondance des capitaux qui viennent grossir les fonds éthiques ou responsables, ou encore « à impact », donne des grosses munitions à cette forme d'activisme très idéaliste.

La belle plus-value de Davidson Kempner chez Suez

La deuxième catégorie de fonds activistes ce sont les hedge funds qui se positionnent à l'occasion d'événements particuliers (par exemple la bataille Veolia-Suez), d'abord comme observateurs en pariant sur le fait que l'action va de toute façon monter, et, ensuite, avec l'idée qu'en détenant une certaine part du capital ils pourraient jouer un rôle. C'est le cas du fonds Davidson Kempner Capital Management LP qui avait acquis environ 5 % de Suez à partir de 15 euros, et qui a enrôlé White & Case pour éventuellement défendre ses intérêts et prendre position publiquement, si besoin était, avant de revendre à 20,50 euros. Ce qui lui a assuré une plus-value de 175 millions d'euros (ou 36 % de sa mise) en l'espace de six mois.

Enfin, le gros du bataillon des hedge funds est encore composé de fonds vautours comme Elliott (19 milliards d'euros investis en Europe), Cevian (14,5 milliards d'euros), TCI (12,3 milliards d'euros) ou Third Point (11,1 milliards d'euros), qui n'hésitent pas à mobiliser 2 ou 3 milliards d'euros sur un dossier, comme on l'a vu avec l'affaire Pernod-Ricard, où Elliott a exigé des changements drastiques de stratégie auxquels Alexandre Ricard s'est opposé à juste titre. De tels fonds pourraient être tentés d'investir dans des groupes qui donnent le sentiment de se chercher une stratégie. C'est le cas de Publicis. Celui d'Atos, surtout après ses déboires récents. C'est aussi le cas de Saint-Gobain qui peine à créer de la valeur et qui vient de connaître un changement de gouvernance, ou bien de Valeo. C'est enfin celui d'Edenred ou d'Accor. C'est dire si la deuxième partie de l'année promet d'être animée.

Précédentes Stories de la semaine