Olaf Scholz sera-t-il un nouveau Schröder ou l'héritier de Merkel ? >
Comme l'on pouvait s'y attendre, le vainqueur des élections législatives allemandes est l'actuel ministre de l'Économie Olaf Scholz et son parti, le SPD (les sociaux-démocrates). Il n'appartient pas à la famille politique d'Angela Merkel, qui a décidé d'abandonner la Chancellerie, mais il appartient à son gouvernement et il a même décidé de marcher dans ses pas avec des affiches électorales sur lesquelles figuraient ces mots : « Votez pour la chancelière. » Ce qui est à la fois politique et très humoristique pour quelqu'un que les Allemands considéraient comme un « robot » dépourvu d'affect et de capacité émotionnelle.
Tout s'est joué au cours de l'été, lorsqu'Angela Merkel était en déplacement aux États-Unis. Il s'est précipité au secours des victimes des inondations, alors que le candidat conservateur, Armin Laschet, a pris conscience avec retard du drame qui se déroulait et a été photographié devant les crues piquant un fou rire. Depuis ce moment-là, la cote d'Olaf Scholz n'a cessé de monter et, de surcroît, il a largement dominé les différents débats télévisés préparatoires au scrutin d'hier.
Avec le scrutin purement proportionnel, aucun parti ne peut gouverner seulLes germanophiles et les habitués du système politique allemand savent toutefois que, s'il a remporté ces élections législatives, il y a encore loin de la coupe aux lèvres avant qu'il remplace Angela Merkel dans « la machine à laver » nom que les Berlinois donnent à la Chancellerie en raison de sa curieuse architecture la faisant ressembler à un lave-linge. Le scrutin purement proportionnel fait qu'aucun parti ne peut gouverner seul. Et la préoccupation d'Olaf Scholz va être de faire une coalition qui lui permette de détenir la majorité au Bundestag.
Si la « grosse » coalition qui s'achève avec ces élections entre les deux principaux partis (SPD et CSU-CDU) a mis presque six mois à voir le jour tant le contrat de gouvernement a été difficile à mettre sur pied, Olaf Scholz n'entend pas reproduire ce schéma-là, même s'il en a bénéficié en tant que vice-chancelier. Tout porte à croire qu'il va d'abord essayer de favoriser une coalition avec les Verts incarnés par Annalena Baerbock.
À plusieurs reprises, lors des débats réunissant le candidat de la CDU, celui du SPD et celle des Verts, on a pu voir une convergence sur de nombreux sujets entre ces deux derniers.
Tout porte à croire qu'Olaf Scholz va d'abord essayer de favoriser une coalition avec les Verts, incarnés par Annalena Baerbock. Lors des débats, on a pu voir, entre eux, une convergence sur de nombreux sujets.
Le manifeste du SPD se concentre principalement sur l'établissement d'une infrastructure sociale solide. Son programme politique est assez proche de celui des Verts en ce qui concerne le travail et les affaires sociales. Les deux partis visent à réformer le système d'aide sociale Hartz IV (qui a pourtant été conçu par un gouvernement dirigé par un ami d'Olaf Scholz, Gerhard Schröder) et à le rendre plus solidaire. De même, chacun de ces deux partis est en faveur d'une augmentation du taux d'imposition pour les hauts revenus et d'une réduction des paiements d'impôts pour les revenus faibles et moyens. En outre, le SPD et les Verts souhaitent tous deux introduire un impôt sur la fortune et permettre au gouvernement d'avoir un déficit budgétaire pour financer les investissements publics.
Par ailleurs, les deux partis veulent augmenter le salaire minimum à 12 euros de l'heure (contre 9,60 euros aujourd'hui). Le parti de gauche Linke veut aller encore plus loin et porter le salaire minimum à 13 euros tout en réduisant le temps de travail à 30 heures par semaine et en interdisant le travail temporaire. De son côté, la CDU s'en tient à sa trajectoire conservatrice en rejetant toute augmentation des impôts (elle est opposée à l'introduction d'un impôt sur la fortune) et en prévoyant de revenir rapidement à l'équilibre budgétaire après les dépenses massives dues à la crise sanitaire.
Selon les sondages, il sera difficile de former une coalition sans le FDPDe manière à assurer le maximum de sièges au Bundestag, Olaf Scholz chercherait à faire entrer dans sa coalition le Parti libéral démocrate (FDP) réputé très pro-business. Son président, Christian Lindner devrait devenir une figure cruciale dès ce matin. Dans l'une des élections les plus ouvertes que le pays ait connues, les sondages suggèrent qu'il sera difficile de former une coalition sans le FDP. Comme les discussions entre les chefs de partis ont déjà commencé avant le scrutin d'hier, il est de notoriété publique que Christian Lindner a demandé (et obtenu) le poste de ministre des Finances. Très libéral, le FDP a toujours exclu, dans le passé, les coalitions fédérales où il serait pris en sandwich entre les sociaux-démocrates et les Verts. Mais cette année, il n'exclut aucune option. Ce parti traditionnel des faiseurs de rois allemands souhaite avant tout revenir au pouvoir, quelle que soit la coalition.