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Story de la semaine / Énergie et décarbonation / 04/10/2021

Pourquoi EDF doit construire d'urgence six nouveaux EPR

C'est le 25 octobre prochain que RTE, l'organe officiel qui gère le mix de production et la distribution de l'électricité en France, rendra son rapport officiel sur les meilleurs scénarios pour la France, compte tenu de l'objectif national d'une neutralité carbone en 2050. Comme l'a expliqué France Stratégies, dont le but est de travailler sur le très long terme, les principaux travaux de scénarisation énergétique pour la neutralité carbone convergent vers une forte diminution de nos consommations d'énergie. Pour mettre fin à presque tous nos approvisionnements fossiles, ils combinent cette diminution à une très forte augmentation de la part du vecteur électricité – laquelle ne fournit aujourd'hui que moins d'un tiers de notre consommation d'énergie finale. Comme aurait pu le dire Monsieur de La Palisse, ces deux mouvements simultanés produiraient une augmentation substantielle du besoin en électricité.

Raisonner sur le long terme, c'est d'abord étudier l'évolution de la consommation en électricité du pays. Celle-ci ne devrait que très faiblement évoluer. D'un côté, l'efficacité énergétique progresse en permanence et conduit à une moindre consommation. De l'autre, l'électrification progressive de certains bâtiments et des véhicules va faire croître la demande d'électricité. Actuellement, la plupart des travaux convergent vers une part de l'électricité nucléaire représentant 50 % de l'électricité produite en France.

Le parc français de centrales nucléaires représente près des trois quarts de la production d'électricité

Aujourd'hui, selon les informations fournies par EDF, l'énergie nucléaire est la première source de production d'électricité. Le parc français de centrales nucléaires représente, de fait, une puissance installée de 61,3 Gigawatts et produit près de trois quarts de l'électricité. Certains imaginent que dans un nouveau mix électrique national, après la fermeture de nouveaux réacteurs selon un calendrier récemment fixé par Barbara Pompili, le nucléaire ne pèse plus que 40 Gigawatts. Une hypothèse intenable dans la mesure où cela signifierait d'accroître chaque année de 5 Gigawatts la capacité d'énergie renouvelable. Ce que tous les réalistes s'accordent à reconnaître comme un rythme impossible à tenir et irréaliste à envisager.

Face à l'arrêt programmé de plusieurs réacteurs – pour des raisons de vétusté – EDF n'a donc pas d'autre choix que de réclamer à son principal actionnaire, l'État, la possibilité de construire, le plus rapidement possible, six nouveaux EPR, comme celui qui vient d'être validé par l'Autorité de sûreté nucléaire à Flamanville, après quelques années de mésaventure. Jean-Bernard Lévy, le patron de l'électricien français, bénéficie de solides arguments pour convaincre l'État.

Face à l'arrêt programmé de plusieurs réacteurs, EDF n'a pas d'autre choix que de réclamer à son principal actionnaire, l'État, la possibilité de construire, le plus rapidement possible, six nouveaux EPR.

D'abord un réacteur nucléaire en plus, c'est du carbone en moins. Or c'est bien là l'enjeu principal. D'autant plus que la France est le pays qui a le plus fort taux d'acceptabilité de l'énergie nucléaire. Ensuite, parce que le moment de l'avant-présidentielle est particulièrement bien choisi pour cela. Dans la mesure où – à l'exception de certains écologistes radicaux et de La France Insoumise – la plupart des candidats déclarés à la présidentielle sont favorables au maintien du nucléaire dans le mix énergétique français.

L'indépendance énergétique française dans un environnement mondial secoué

Par ailleurs, le meilleur argument pour la construction de ces six EPR tient à la notion d'indépendance énergétique française dans un environnement mondial secoué – peut-être de façon conjoncturelle – par la flambée des prix de l'énergie. Tant et si bien que sur le marché spot de l'électricité, le mégawatt de l'électricité s'échange autour de 120 euros. Alors que depuis la loi Nome, EDF ne peut pas vendre ce mégawatt au-dessus de 42 euros. Une aubaine pour tous ceux qui ont privilégié l'électricité comme source d'énergie au cours des dernières années.

Mais cela reste aussi une aubaine pour le pays tout entier, à la fois dans sa capacité à offrir aux industriels une énergie bon marché et dans sa trajectoire pour une économie bas carbone. EDF a donc modélisé à trois paires de réacteurs les besoins dont le pays aura besoin pour atteindre ses objectifs de décarbonation tout en restant un marché attractif. Les centrales de Penly et du Tricastin seraient d'ores et déjà d'accord pour accueillir ces nouvelles centrales. Et EDF promet que, cette fois, il n'y aura pas les problèmes que Flamanville a connus lors de sa construction, puisque le groupe a repris la maîtrise de la filière nucléaire, après les déboires d'Areva.

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