Il serait temps de savoir qui détient la dette accumulée par la France >
À la fin de l'année, la dette de la France tutoiera le niveau historique de 3 000 milliards d'euros. Ce n'est pas une surprise. Tous nos budgets continuent d'afficher un déficit massif. Ce qui signifie que pour boucler chaque année budgétaire nous devons emprunter toujours davantage. Et de surcroît, le « quoiqu'il en coûte » qui a marqué les deux années de la crise sanitaire a ouvert grandes les vannes de l'endettement, d'autant plus que la Banque centrale européenne garantissait le rachat des dettes souveraines, dans le cadre du PEPP.
Les banques centrales américaines et européennes ont prévenu que le régime d'« open bar » qui prévaut depuis presque deux ans allait bientôt s'arrêter.
La France a fait le choix – discutable ou pas ?– de sauver son économie à court terme en hypothéquant son avenir. Car quoi qu'en disent certains économistes, cette dette il faudra bien la rembourser. Certes pas totalement. Mais il faut la faire revenir sous la barre des 100 % de la richesse nationale. Et, par ailleurs, il faut assumer le coût des intérêts. Coût qui n'a jamais été aussi faible grâce au niveau historiquement bas du loyer de l'argent. Mais cette situation va bientôt s'arrêter, car les banques centrales américaines et européennes ont prévenu que le régime « d'open bar » qui prévaut depuis presque deux ans allait bientôt s'arrêter.
Un taux moyen des émissions négatifPar ailleurs, comme l'a précisée l'Agence France Trésor, il y a quelques jours, la France va devoir aller sur les marchés cette année encore pour emprunter 292,7 milliards d'euros qui se décomposent en 143,4 milliards d'euros pour le strict financement du déficit budgétaire anticipé et 146,3 milliards d'euros pour le remboursement (par émission de nouvelles dettes) d'échéances datant de la crise de l'euro au début des années 2010.
A priori, il n'y a pas de stress lié à ces émissions de dette. Pour 2021, environ 85% des opérations de financement ont déjà été réa-lisées selon l'Agence France Trésor. Les conditions de financement sont restées très favorables, puisque le taux moyen des OAT est négatif depuis le début de l'année (-0,04 %, contre - 0,12 % en 2020). Mais ce taux pourrait remonter à 0,75 % fin 2022, prévoit l'Agence France Trésor, en raison de la reprise économique et de l'inflation.
De la même façon qu'il n'y a pas de stress à faire des émissions de dettes, même pour un montant important, il n'y en a pas à être endetté. Tout pays a vocation à être endetté afin de financer ses infrastructures. Le seul problème, c'est que notre dette finance de plus en plus chaque année les dépenses courantes de fonctionnement que sont les salaires des fonctionnaires et les pensions des anciens agents de l'État. C'est pourquoi l'État a un devoir de vigilance à l'égard des créanciers qui lui prêtent de l'argent et dont il est de plus en plus dépendant.
La forte montée en puissance de la ChineÀ Bercy, le silence est d'or sur les détenteurs de la dette d'État. Selon les chiffres publiés par l'Agence France Trésor, parmi les détenteurs de la dette publique, on trouve 51 % de non-résidents tous titres de créances négociables confondus. Une proportion en hausse sensible depuis la fin du xxe siècle (en 1993, seul un tiers de la dette publique française était détenu par des non-résidents), mais en baisse par rapport à 2009 (67%). Pour l'essentiel, il s'agit d'investisseurs institutionnels (fonds de pensions et fonds d'assurance notamment), mais aussi de banques, voire de fonds spéculatifs. La situation française ne diffère pas fondamentalement de celle des autres pays européens. En 2016, presque la moitié de la dette publique allemande était détenue par des non-résidents, une proportion similaire à celle de l'Espagne. À Malte, seulement 10 % de la dette publique était (en 2016) détenue par des non-résidents, contre 80 % à Chypre (la proportion la plus élevée en Europe).
Ce sont d'ailleurs également des banques et des investisseurs institutionnels que l'on retrouve parmi les principaux détenteurs résidents de la dette publique française. L'État français emprunte donc environ un tiers de sa dette auprès des banques et des sociétés financières nationales. 17 % de la dette publique est détenue par des compagnies d'assurances, qui « achètent » des titres de dette française pour les placements d'assurances-vie. Les particuliers sont donc indirectement détenteurs d'une partie significative de la dette publique française. Les banques françaises en détiennent environ 7 %.
Le problème, c'est que des chiffres confidentiels font état d'un achat par la Banque centrale de Chine de 30 % des émissions faites récemment par le Trésor. Il s'agit là d'une appréciation des flux de dettes. Et d'aucuns estiment qu'en stocks, la Chine possède 10 % de notre dette. Une proportion croissante qui ne se justifie pas par le rendement élevé. Cela signifie que la géopolitique s'invite dans les salles de marché. Et que l'État ferait bien de prendre cela très au sérieux.