Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Énergies / 25/10/2021

Mais qui donc a intérêt à nuire à Total, à son passé et à sa stratégie décarbonée ?

Les campagnes de dénigrement commencent toujours mezzo voce. Beaumarchais l'a très bien expliqué dans son fameux « Air de la calomnie ». Il y a donc un mois, un quotidien du soir explique que le Parquet national financier s'est saisi d'une affaire « de prise illégale d'intérêts » concernant TotalEnergies et son patron Patrick Pouyanné. Ce dernier est en effet administrateur de l'École Polytechnique où – dans une logique de cluster à l'américaine – son groupe a décidé, avec l'X, d'installer un bâtiment de recherches sur les énergies renouvelables.

Les lecteurs de La Lettre de L'Expansion connaissent la force de conviction de Patrick Pouyanné et se sont bien doutés qu'à la différence d'autres patrons ni la saisine du PNF ni l'expression « prise illégale d'intérêts » ne l'ont fait trembler, même si ce n'est jamais très agréable. Cette semaine, ce même quotidien est monté d'un cran en mettant en lumière, sur deux pages, le rapport d'historiens (du CNRS) démontrant de quelle façon le groupe pétrolier aurait contribué à semer le doute, depuis 1971, sur la réalité du changement climatique.

Outre l'affaire de prise illégale d'intérêts de TotalEnergies, un quotidien met en lumière un rapport du CNRS démontrant que le groupe pétrolier aurait contribuer à semer le doute, depuis 1971, sur la réalité du changement climatique.

Tout cela parce que des chercheurs du CNRS sont tombés sur un article publié en 1971 dans Total Information, le magazine de l'entreprise. L'auteur, François Durand-Dastès, un géographe parmi les plus informés de l'époque sur le changement climatique, y explique clairement que « depuis le xixe siècle, l'homme brûle en quantité chaque jour croissante des combustibles fossiles », charbon, pétrole et gaz, ce qui libère dans l'atmosphère des « quantités énormes de gaz carbonique », dont la concentration augmente « de façon sensible ». Il prévient qu'à ce rythme une « augmentation de la température moyenne de l'atmosphère [est] à craindre » et envisage « une fonte au moins partielle des calottes glaciaires des pôles », entraînant une élévation du niveau de la mer. « Ses conséquences catastrophiques sont faciles à imaginer », conclut-il. »

Conclusion du journaliste : Total avait connaissance depuis cinquante ans que son activité était nuisible à l'environnement. Et le groupe a naturellement occulté ces informations. Mais, de surcroît, il a choisi de produire encore plus de pétrole et de créer un géant du secteur en se mariant avec Petrofina puis avec Elf-Aquitaine. Autant dire que si le crime d'écocide existait, il y aurait un paquet de dirigeants et d'anciens dirigeants de Total ou d'Elf à devoir passer dans le bureau du juge d'instruction.

« Le camp du bien » a décidé de nuire à Total

Quelle que soit la campagne menée contre TotalEnergies, qui a justement adopté récemment une politique zéro carbone en 2050, ou contre Patrick Pouyanné, dont les prises de position géopoli-tiques ne plaisent pas forcément à certaines ONG qui se sont mis en tête d'incarner le « camp du bien », une chose est sûre : la connaissance qu'avait Elf ou Total du risque climatique depuis les années 1970 n'était en rien différente des connaissances et publications scientifiques de l'époque, ce que l'étude scientifique publiée ce jour confirme pleinement.

Il est donc faux de soutenir que le risque climatique aurait été tu par Total ou Elf dans les années 1970 ou depuis. TotalEnergies relève d'ores et déjà que l'étude constate elle-même que Elf et Total ont publiquement et ouvertement accepté les constats résultant de la science climatique il y a vingt-cinq ans déjà. Par ailleurs, au siège du groupe on déplore – à juste titre – le procédé qui consiste à pointer du doigt une situation d'il y a plus de cinquante ans, sans souligner les efforts, changements, progrès et investissements accomplis depuis. Puisqu'à partir de 2015, TotalEnergies s'est engagée dans une profonde transformation de ses activités avec l'ambition de devenir l'un des cinq plus grands acteurs mondiaux des renouvelables en 2030 et d'atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, en fixant des objectifs de réduction de gaz à effet de serre précis à horizon 2030.

Une fois encore, il s'agit donc d'une campagne de « To-tal-Bashing » contre l'une de nos plus grandes entreprises françaises. Car une série d'articles est effectivement parue dans la revue interne de Total en 1971. Une partie importante de cette revue interne était dédiée à l'environnement, avec notamment des articles traitant de la pollution atmosphérique et des mesures de protection anti-pollution mises en place par Total. Un article « Pollution atmosphérique et climat », paru dans cette revue, est signé par un scientifique, François Durand-Dastès, professeur agrégé de géographie, auteur d'un ouvrage Géographie des airs, publié en 1969 aux Presses universitaires de France. Le contenu de cet article reflète fidèlement l'état de la connaissance scientifique publique de l'époque sur les liens entre activités humaines, augmentation de la concentration en CO et changement climatique. 2

Total suivait les connaissances scientifiques

Il est contemporain de travaux scientifiques ayant eu une portée importante, notamment ceux publiés dans la revue spécialisée Tellus par Charles David Keeling, en 1960, sur l'évolution de la concentration de CO dans l'atmosphère, et ceux de Wallace 2 Broecker sur le réchauffement climatique publiés dans la revue de référence Science, en 1975. C'est également à cette époque qu'une coopération internationale commence à se structurer sur les sujets climatiques, notamment avec la création du GARP (Global Atmospheric Research Program) à la fin des années 1960, et la conférence de Stockholm sur l'étude de l'impact humain sur le climat (Study's of Man Impact on Climate - SMIC) en juillet 1971. Il est donc faux de soutenir que le risque climatique aurait été tu par Total dans les années 1970 ou ensuite, dès lors que Total suivait l'évolution des connaissances scientifiques disponibles publiquement.

Quant à l'accusation selon laquelle le risque climatique aurait été nié par Total il suffit de reprendre des prises de position publiques des dirigeants de Total qui reconnaissaient l'existence du changement climatique et le lien avec les activités de l'industrie pétrolière. C'est par exemple le cas de Thierry Desmarest, qui déclarait dans une interview au journal Les Échos du 13 décembre 1999 : « Il nous faudra aussi prendre en compte la volonté des peuples de préserver la planète de toutes les dégradations, au premier rang desquelles pollution et réchauffement climatique. Les conférences de Kyoto et de Buenos Aires ont indiqué les directions à suivre en matière de préservation de l'environnement. Notre défi technologique est donc, également, environnemental. » Et comme disait Talleyrand : « Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité. »

Précédentes Stories de la semaine