Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / L'indice CAC 40 au plus haut historique / 08/11/2021

Pourquoi l'indice CAC 40 a mis plus d'une décennie à battre son précédent record

À plusieurs reprises la semaine passée, l'indice phare de la Bourse parisienne a battu son record établi en septembre 2000 lors de l'éclatement de la bulle des dot-com. Mercredi dernier, il a eu l'outre-cuidance de s'établir à un nouveau record historique à 6 950 points (vendredi, il dépassait les 7000 points en séance), le jour où Jerome Powell, le grand manitou de la politique monétaire américaine, annonçait officiellement un début de « tapering », c'est-à-dire une politique monétaire légèrement moins accommodante qu'au cours des deux dernières années. Un geste qui aurait dû entraîner les actions à la baisse.

Maintenant que le record de 2000 a été franchi, nombreux sont les experts à anticiper une nouvelle phase de hausse du marché de Paris. Ce qui paraît bien ambitieux puisque depuis le début de l'année il a déjà gagné plus de 25 % et, en l'espace d'un an, il s'est adjugé pas moins de 44 %. Bien sûr tout cela s'est passé dans un contexte de crise sanitaire avec, d'abord, un effondrement de l'indice en mars 2020 et, très vite, une remontée des cours de Bourse dans le sillage des mesures macro-économiques mises en œuvre, soit au niveau français soit au niveau européen, pour maintenir un niveau d'activité.

Le luxe représente plus du tiers du CAC 40

Désormais, la valeur cumulée des titres figurant dans l'indice CAC 40 s'établit à 2 300 milliards d'euros, soit davantage que le PIB que la France a affiché en 2020 et à peine plus que la capitalisation boursière de la plus grosse valeur de l'indice Nasdaq, Microsoft, qui pèse 2 165 milliards d'euros. Si la technologie a été le moteur de croissance des indices américains (qu'il s'agisse du Dow Jones, du Nasdaq 100 ou du Standard and Poor's 500), à Paris, c'est le secteur du luxe qui a joué ce rôle-là. Si l'on regarde les quatre valeurs du luxe, de LVMH à Kering en passant par L'Oréal et Hermès, on obtient une valeur totale de 800 milliards, soit plus du tiers de l'ensemble du CAC 40 avec d'importants écarts puisque LVMH vaut 4,3 fois plus que son concurrent propriétaire de Gucci.

Dans le monde entier, quel que soit l'impact de la Covid-19, les indices nationaux ont retrouvé, bien avant la France, leurs niveaux historiques. C'est le cas de nos voisins allemands qui ont des paramètres économiques semblables à la France. Leur indice Dax a retrouvé son record dès 2009, il y a douze ans. Quant aux Britanniques, secoués par le Brexit, ils ont vu leur indice phare, le Footsie, retrouver son record il y a déjà cinq ans. Comment explique-t-on donc le retard français, en dépit de très belles entreprises ?

Primo, pendant les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, les entreprises ont été considérées par les pouvoirs publics comme des « cochons payants ». Le premier leur a fait payer la crise financière de 2008 et le second les a taxées et ligotées de contraintes avant que son jeune secrétaire général adjoint de l'Élysée le convainque de conclure un pacte de compétitivité. Moyennant une baisse progressive de l'impôt sur les sociétés, un rabotage des taxes à la production et surtout un assouplissement du droit du travail, le patronat a cessé d'être pris pour cible et les entreprises ont pu améliorer leurs marges opérationnelles. Ce qui a permis la création de 500 000 emplois lors de la dernière partie du quinquennat Hollande.

Les contraintes pesant sur les distributions de dividendes

Secundo, ce qui fait l'attractivité d'une place financière et d'un titre en particulier, c'est sa capacité à dégager des plus-values et un dividende en croissance régulière. Or tout a été fait, notamment à travers les normes européennes pour éviter que le secteur financier distribue trop de dividendes et renforce ainsi ses fonds propres. Car la solvabilité est devenue l'alpha et l'oméga de la Banque centrale européenne et de ses institutions parallèles depuis l'affaire Lehmann. De fait, les investisseurs se sont tournés vers d'autres marchés moins contraignants et où le capital était mieux rémunéré.

Tertio, les dix dernières années ont été difficiles pour les valeurs du CAC 40. Le cumul de leurs bénéfices annuels devrait être équivalent pour 2021 à ce qu'il était il y a dix ans. La hausse des prix de l'énergie, les coûts de restructuration de nombreuses entreprises, les coûts liés à l'impact environnemental et les rattrapages salariaux, après une dizaine d'années de vaches maigres dans le sillage de la mise en œuvre des 35 heures, ont affecté la rentabilité de nos grands groupes. Ce qui a pesé sur le CAC 40. Alors que cette année, les résultats s'annoncent mirifiques et les perspectives pour 2022 et même 2023 font ressortir des résultats très positifs, qui vont permettre des distributions de dividendes élevés, et t accélérer les opérations financières et refaire de la Bourse de Paris un pôle d'attractivité pour les investisseurs du monde entier.

Précédentes Stories de la semaine