Pourquoi la folie des rachats d'actions revient subitement >
En l'espace de quelques jours plusieurs grands groupes français, BNP Paribas, Axa, Société Générale, Scor, mais aussi Total ou ArcelorMittal ont annoncé leur intention de procéder rapidement à des rachats d'actions. Ces annonces ont d'autant plus surpris les investisseurs qu'elles émanent, pour beaucoup, de sociétés du secteur financier soumises à des obligations très strictes en termes de solvabilité ou de renforcement des fonds propres. Les deux groupes bancaires et les deux assureurs concernés vont donc, dans les jours qui viennent, racheter pour 3,3 milliards d'euros au total de leurs propres actions.
Si cette initiative est surprenante, c'est qu'il y a un encore un an, les distributions d'argent faites par ces groupes à destination des actionnaires étaient surveillées, voire interdites par la Banque Centrale Européenne ou d'autres autorités de tutelle. Ces dernières préféraient voir les institutions financières consolider leurs fonds propres et leurs coussins de solvabilité dans une période pleine d'incertitude, en raison des conséquences, en termes de risque, de la crise sanitaire.
Ces opérations sont toujours saluées par les actionnaires. Elles montrent la bonne santé de ces groupes et de l'intérêt qu'ils portent à la satisfaction des investisseurs.
Bien sûr les managements de BNP Paribas ou de la Société Générale ont eu des échanges avec l'ACPR, leur organe de régulation, avant d'annoncer de tels rachats d'actions. Mais ces discussions ont eu une issue positive. D'abord, parce que l'ACPR sait quels efforts les actionnaires de ces banques ont dû faire en étant privés de dividendes pendant de longs mois. Ensuite parce que les profits trimestriels de ces banques sont nettement supérieurs à ce qui était anticipé. Enfin parce que racheter des actions sur la base de cours de Bourse inférieurs de 60 % à la valeur d'actif constitue une bonne affaire et va se traduire par une plus-value pour les groupes concernés au moment de l'annulation de ces actions.
En Europe, le mouvement est le même avec HSBC qui marque ainsi sa volonté d'accompagner son changement de stratégie par un geste en faveur des actionnaires ou avec ABN Amro. Sans compter SoftBank, dont les finances sont toujours très mystérieuses, mais qui a voulu rassurer ses actionnaires en leur retournant 7,6 milliards d'euros. Et peu importe que ce mouvement de rachat d'actions intervienne au moment où le CAC 40 bat des records historiques. Ces opérations sont toujours saluées par les actionnaires. Car elles témoignent à la fois de la bonne santé de ces groupes et de l'intérêt qu'ils portent à la satisfaction des investisseurs.
Mais s'agissant plus précisément de la Société Générale et de BNP Paribas, ces rachats d'actions ont également une explication technique. Il est impossible et inenvisageable pour ces deux gros groupes bancaires de se développer sur leur marché principal. Au contraire, on assiste, chez Société Générale, à un plan de fermetures d'agences dans le sillage de la fusion avec le Crédit du Nord. Il n'y a pas d'expansion possible dans l'Hexagone. Et aussi peu de développements envisageables dans la zone euro ou bien à l'international, à l'exception d'opérations ponctuelles et qui ne nécessitent pas de garder un trésor de guerre.
D'autant qu'un trésor de guerre coûte plus cher à une banque qu'il ne lui rapporte. Les banques européennes ont l'obligation de déposer leurs liquidités auprès de la Banque centrale européenne où elles sont actuellement rémunérées sur la base de – 0,75 %, alors que la croissance économique repartant, les entreprises investissent, les ménages achètent à crédit et l'inflation redonne de l'oxygène à une économie jusqu'ici placée sous cloche pour cause de crise sanitaire. Il est donc plus rationnel, sur un plan strictement financier, de racheter ses propres actions, surtout lorsqu'elles sont sous-cotées, plutôt que d'envoyer ses liquidités à Francfort pour obtenir un rendement négatif.
Le fait que ni l'ACPR ni la Banque centrale européenne n'ont commenté dans un sens ou dans un autre, ces rachats d'actions (qui constituent comptablement une diminution des fonds propres de ces banques) est peut-être aussi le signe que plus de dix ans après la crise financière de 2008, les organisations internationales ont décidé d'en finir avec le durcissement permanent des règles de solvabilité (Bâle) qui ne sont pas suivies de la même manière des deux côtés de l'Atlantique et créent ainsi une distorsion de concurrence aux dépens de notre système financier.