Les objectifs de réduction de gaz à effet de serre de la France sont-ils crédibles ? >
Il y a deux manières de réduire les émissions de gaz à effet de serre, cause irréfutable du réchauffement climatique. La première consiste à remplacer des énergies fossiles par des énergies décarbonées. Notamment par l'innovation, par l'utilisation des énergies renouvelables, par une suppression progressive des passoires thermiques et par une politique volontariste qui allie croissance et transition écologique. La seconde – celle que la France a choisie en 2015 au point de la graver dans le marbre législatif – consiste d'abord à réduire la consommation d'énergie sur la base du postulat préféré des écologistes selon laquelle la meilleure des énergies est celle que l'on ne consomme pas.
À Glasgow, lors de la COP26 l'ensemble des participants se sont engagés sur les quatre sujets clefs du changement climatique : émissions de CO, émissions de méthane, déforestation et financement 2 par les pays riches des actions à prendre par les pays en déve-loppement. Mais à l'aune de ces discussions, la mesure phare prise par la France de diviser par deux sa consommation d'énergie en 2050 par rapport à celle de 2012 semble bien excessive par rapport aux exigences planétaires. D'autant plus que le Français n'émet que 4,7 tonnes de CO contre 9,5 pour 2 l'Allemand et 15,5 pour l'Américain. Ce moyen radical de réduire nos émissions de CO ne risque-t-il pas finalement de 2 se transformer en pari irréaliste ?
En effet, réduire la consommation d'énergie de la France de 50% entre 2012 et 2050, tout en poursuivant la réindustrialisation de notre pays et le redressement de notre économie, suppose de concentrer nos efforts sur trois secteurs essentiels que sont les transports, le résidentiel et le tertiaire. Ce qui veut dire réduire la consommation dans ces trois secteurs de 70,5 %. Par ailleurs, réduire de 50 % notre consommation d'énergie finale à l'horizon 2050 reviendrait à se fixer un objectif de consommation équivalent au niveau actuel de l'Algérie ou de la Croatie, un objectif impossible à atteindre sauf à s'enager dans une profonde décroissance de l'activité nationale.
Réduire de 50 % notre consommation d'énergie finale d'ici 2050, reviendrait à se fixer un objectif de consommation équivalent au niveau actuel de l'Algérie ou de la Croatie.
Les objectifs français de réduction des émissions de CO sont 2 énumérés par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, fixant des niveaux à atteindre en 2030 et en 2050 qui apparaissent comme très bas, surtout face à une baisse de seulement 19,85 % depuis 1990 alors que le levier le plus puissant et le plus simple – la fermeture des centrales à charbon – était disponible. Les objectifs principaux fixés par la loi étaient : 1) de réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 ; 2) de réduire la consommation d'énergies fossiles de 30 % en 2030 par rapport à 2012 ; 3) de porter la part des énergies renouvelables à 23 % de notre consommation énergétique en 2020 et à 32 % en 2030 ; enfin 4) de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité à l'horizon 2025.
En ce qui concerne les deux derniers objectifs sur les énergies renouvelables et le nucléaire, énergies propres au sens des gaz à effet de serre, on peut s'interroger sur la réduction de l'énergie nucléaire compensée par l'augmentation des énergies renouvelables. Au total, c'est une opération quasi neutre sur le plan des gaz à effet de serre. Et encore, les énergies renouvelables sont même plus émettrices de CO que le nucléaire, selon une étude de 2 l'Ademe. Sans compter qu'il n'y a pas d'équivalence dans les usages, les énergies renouvelables étant intermittentes et non pilotables…
Dans un premier temps, regardons ce que veut dire « réduire la consommation finale de 50 % entre 2012 et 2050 ». Où peut-on trouver cette réduction de 78 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) ? Pas dans la consommation finale énergétique dans le secteur de l'agriculture qui ne représente que 4,47 Mtep en 2012 et 4,37 Mtep en 2019. Pas davantage dans la consommation finale énergétique dans le secteur de l'industrie (26,86 Mtep en 2012, 27,51 Mtep en 2019) ou dans la consommation finale non énergétique qui recouvre également des usages industriels, et qui ne s'élève qu'à 14,06 Mtep en 2012 (13,42 Mtep en 2019). Sauf à vouloir accentuer notre désindustrialisation. La réduction de la consommation devrait donc être trouvée dans les secteurs du transport, du résidentiel et du tertiaire à hauteur de 70,5 %. Cela est-il vraiment raisonnable ? Dans un second temps, regardons ce que veut dire « réduire la consommation finale de 50 % entre 2012 et 2050 » par rapport à d'autres pays. En 2012, la population de la France était de 65,8 millions d'habitants. De fait, la consommation finale par habitant s'élevait à 2,37 tep/habitant (nous sommes descendus à 2,27 tep/habitant en 2019). Réduire la consommation finale de 50 %, veut dire qu'en 2050 la consommation finale par habitant devrait être de 1,18 tep/habitant. Il n'y a qu'en Algérie ou en Croatie que l'on trouve aujourd'hui une telle consommation finale par habitant. Ce qui pose un authentiqure problème démocratique sur l'acceptabilité de ces objectifs.
Nous remercions l'Ifrap pour les nombreux éléments fournis pour cet article.