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Story de la semaine / Vers de vastes mouvements en Europe / 17/01/2022

Comment Vivendi veut tirer parti de la consolidation à venir dans les télécoms avec Telecom Italia

C'est vendredi prochain, le 21 janvier, que le conseil d'administration de Telecom Italia doit se réunir. Avec comme principal point à l'ordre du jour la nomination d'un nouveau patron pour l'opérateur italien qui a dû se séparer de Luigi Gubitosi, après une série d'avertissements sur les bénéfices avec, à la clé, une forte baisse du titre. Même si le cabinet Spencer Stuart (également désigné pour trouver un successeur à la tête d'Orange) a été mandaté pour trouver un nouveau patron, ce n'est un secret pour personne que l'heureux élu a de bonnes chances d'être l'actuel patron des activités brésiliennes de TIM, Pietro Labriola. Ce dernier aurait déjà bâti un plan de redressement de l'entreprise.

Le fonds américain KKR a fait une proposition préliminaire de rachat de Telecom Italia, évaluée à 10,8 milliards d'euros, et souhaite obtenir le soutien du conseil d'administration pour son offre.

Mais le plus important, pour l'instant, s'agissant de Telecom Italia, c'est que le groupe italien est sous le coup d'une offre de rachat non officielle (il s'agit pour l'instant d'une simple lettre d'intention) et non contraignante déposée par le fonds américain KKR. La société new-yorkaise a fait une proposition préliminaire de rachat de Telecom Italia en novembre, évaluée à environ 10,8 milliards d'euros. Elle a déclaré, le mois dernier, qu'elle poursuivait une offre amicale et souhaitait travailler afin d'obtenir le soutien du conseil d'administration pour son offre.

KKR à la peine sur Telecom Italia

Le conseil d'administration de Telecom Italia a mandaté Goldman Sachs et LionTree pour être conseillé sur la proposition de KKR, ainsi que pour explorer des alternatives. Pour l'heure, le principal obstacle à ce projet venu d'outre-Atlantique, c'est le groupe Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia avec 23,7 % du capital. D'abord, ses représentants ont très vite expliqué que le prix proposé par KKR était ridicule. Ensuite, Vivendi ne cesse de répéter qu'il est actionnaire de Telecom Italia sur le long terme et qu'il n'envisage pas de vendre sa participation. Par ailleurs, les syndicats ont également fait savoir qu'ils étaient très opposés à cette offre.

Il y a quelques jours, on a appris que KKR avait contacté le fonds souverain d'Arabie saoudite pour se joindre à son projet d'acquisition de Telecom Italia. Ce fonds est présidé par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. D'autres fonds souverains et investisseurs d'infrastructures ont également été contactés par KKR pour solidifier son offre.

Si le conseil d'administration de Telecom Italia, qui comporte des représentants de Vivendi, de la Caisse des Dépôts italienne et du fonds activiste Elliott, mais aussi des personnalités indépendantes comme Luca de Meo (le directeur général de Renault), ne veut pas entendre parler de cette offre, c'est aussi parce que le groupe a devant lui un projet important concernant le réseau de fibre. Telecom Italia a son propre réseau qui irrigue notamment le milieu urbain. Alors que la Caisse des Dépôts italienne est actionnaire à 60 % d'Open Fiber, créé avec Enel, qui est déployé surtout en milieu rural.

Une fusion des deux réseaux serait logique et ne générerait que très peu de doublons mais beaucoup de synergies susceptibles de créer de la valeur. Si ce rapprochement se fait par l'apport d'Open Fiber à Telecom Italia, cela entraînerait une augmentation de la part de la CDP au capital de Telecom Italia, à laquelle Vivendi semble tout à fait favorable. Mais le schéma final n'est pas encore déterminé. Et l'option d'un spin-off avec cotation en Bourse est également sur la table.

BT et Orange également dans l'incertitude

Le problème qui se pose à Telecom Italia est celui qui se pose à tous les opérateurs télécoms dans une industrie dite de « fast mo-vers » : comment financer des investissements, qui sont de plus en plus lourds, de manière à être toujours à la pointe de la technologie et pour profiter de la chaîne de valeur de cette industrie. C'est aussi celui auquel est confronté British Telecom, dont le cours n'a pas cessé de baisser au cours des derniers mois. Le groupe britannique a vu l'irruption dans son capital de Patrick Drahi, le patron d'Altice (actionnaire de SFR) qui a acquis au printemps dernier 12,1 % du capital avant de monter à 18 % en décembre 2021.

Il ne cache pas son intérêt pour l'accord conclu par BT avec la constellation de satellites en orbite basse One Web, qui constitue un nouveau mode d'accès à l'internet haut débit. Or Eutelsat, qui intéresse aussi Patrick Drahi, est actionnaire à hauteur de 25 % de One Web. Cela signifie qu'Altice ne va sûrement pas s'arrêter là dans sa conquête à la fois britannique et satellitaire.

Et au même moment, intervient le changement de patron d'Orange sous l'égide d'un état actionnaire, qui jusqu'ici a bridé tous les développements possibles de l'ancien France Telecom. Pour l'heure, Orange affiche une capitalisation boursière de 25 milliards d'euros, trois fois inférieure à celle de Deutsche Telekom et à peine supérieure à celle de l'espagnol Telefonica. La valeur de Bouygues Telecom est estimée entre 20 et 25 milliards d'euros. Cela signifie qu'à un moment ou à un autre interviendra un vaste mouvement de consolidation au niveau européen, voire éventuellement plus large. C'est dans ce cas de figure que Vivendi pourrait valoriser sa participation dans Telecom Italia. De manière plus profitable qu'avec une OPA de KKR.

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