Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Activisme actionnarial / 31/01/2022

Le cabinet d'avocats Skadden prévoit une recrudescence des attaques de fonds activistes

La correction que connaissent actuellement les marchés financiers, du fait de la remontée des taux d'intérêt, des prises de bénéfices sur les valeurs technologiques et des inquiétudes géopolitiques, ramène le cours de très belles sociétés cotées à des cours d'achat. Ce phénomène, ajouté à un semblant de lumière au bout du tunnel de la pandémie, constitue une conjoncture favorable pour la montée en puissance de fonds activistes au capital de certains grands groupes. Unilever vient ainsi de voir le fonds Trian de Nelson Peltz s'attaquer à sa rentabilité insuffisante, alors que le groupe préparait une fuite en avant en voulant négocier le rachat de certaines activités de Glaxo.

Le cabinet Skadden met en lumière les dernières tendances en matière d'activisme et conseille de très nombreuses entreprises européennes.

Comme chaque année, depuis maintenant sept ans, le cabinet d'avocats international Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP a édité un rapport très complet sur l'activisme actionnarial. Il est le fruit d'une collaboration avec ActivistMonitor pour ce qui est de l'analyse quantitative des données. Mais surtout il met en lumière les dernières tendances en matière d'activisme, avec des entretiens menés auprès de cinquante dirigeants d'entreprises eu-ropéennes cotées et d'actionnaires activistes. Tout cela sous le patronage d'Armand Grumberg, avocat associé chez Skadden, qui conseille de très nombreuses entreprises européennes.

302 campagnes d'activisme en cours identifiées en Europe

Selon cette étude très complète, le niveau d'activisme actionnarial reste élevé avec 302 campagnes en cours identifiées en Europe – soit, une augmentation de 16 % par rapport à la fin de l'année 2020 – mais les activistes n'ont lancé que 41 nouvelles campagnes publiques en 2021 (contre 58 en 2020). En 2021, la demande la plus fréquente (18 sur 104 au total) portait sur des nominations d'administrateurs : les activistes cherchant à y installer leurs représentants. Les demandes de changement de gouvernance (17) et le remaniement de la direction ou du conseil d'administration existant, ainsi que les demandes de rachat, de cession et de scission (15 chacune), ont également été fréquentes.

Les activistes les plus remuants en Europe en 2021 ont été Bluebell Capital Partners, basé au Royaume-Uni, et Elliott Management, basé à New York – avec un bureau important à Londres dirigé par le fils du fondateur – qui ont chacun lancé cinq nouvelles campagnes publiques. Presque toutes les personnes interrogées (98%) pensent que les entreprises européennes devraient redoubler de vigilance face à des attaques d'activistes nord-américains au cours des 12 prochains mois. En revanche, toutes les entreprises interrogées dans le cadre de cette étude affirment que les hedge funds se sont fait beaucoup plus entendre en tant qu'activistes au cours des 12 derniers mois, tandis que 88 % et 74 % disent la même chose, respectivement, des nouveaux activistes et des sociétés de capital-investissement. Dans l'ensemble, 97 % des entreprises prévoient une augmentation de l'activisme actionnarial au cours des 12 prochains mois. Parmi elles, 60 % s'attendent à une augmentation significative. La grande majorité des entreprises (86%) prévoit une augmentation des stratégies et campagnes activistes visibles et publiques. Ces préoccupations sont confirmées par les activistes interrogés, dont 54 % sont également d'accord pour dire que les campagnes activistes publiques passeront au premier plan.

Les activistes donnent la priorité aux aspects ESG

Fait intéressant, 80 % des activistes interrogés s'accordent à dire qu'ils donneront de plus en plus la priorité aux questions relatives aux aspects ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans leurs revendications. Seules 26 % des entreprises sont de cet avis. De même, 40 % des entreprises interrogées affirment que les nouvelles obligations de déclaration relatives à l'ESG n'auront pas d'impact notable sur les campagnes, alors que 53 % des activistes interrogés pensent qu'elles entraîneront une augmentation significative.

Enfin, plus de 60 % des personnes interrogées s'accordent à dire qu'un engagement accru auprès des investisseurs institutionnels diminuera considérablement le rôle des activistes. Armand Grumberg qui a dirigé cette étude annuelle affirme qu'il faut bien mesurer que les campagnes publiques sont bien moins nombreuses que les campagnes confidentielles. Beaucoup d'actions de fonds activistes ne sont jamais rendues publiques. Et c'est tant mieux puisque cela signifie que le management des sociétés visées tient compte des arguments de ces fonds.

Pour lui, au moins la moitié des sociétés du CAC 40, c'est-à-dire, toutes celles qui n'ont pas d'actionnaire de contrôle, sont susceptibles de faire l'objet d'une attaque de fonds activistes. La taille et l'ampleur de la capitalisation boursière ne sont plus des obstacles comme l'a montré l'affaire Exxon. Par ailleurs, pour Armand Grumberg, l'aspect (ESG) de certaines campagnes d'activistes est surtout motivé par le fait que cela rend ces fonds plus honorables et plus acceptables pour la Place, voire surtout pour les grands actionnaires institutionnels. Mais ne nous y trompons pas, si le côté « green is good » est de plus en plus mis en avant par certains de ces fonds, leur préoccupation principale reste de voir leurs cibles délivrer plus de cash et améliorer leur rentabilité.

Précédentes Stories de la semaine