Comment la pandémie a bouleversé le modèle chinois sur le plan économique et sociétal >
L'année 2022 est très importante pour la Chine. Elle débute avec les Jeux Olympiques d'hiver, qui vont être une démonstration mondiale du savoir-faire chinois en matière d'écologie. Et elle va se terminer par le 20 e congrès du Parti communiste chinois, qui va renforcer encore une fois le pouvoir de Xi Jinping et adresser un message fort à la classe moyenne, très affectée par la pandémie, à tel point que la Chine a désormais une évolution démographique négative
La stabilisation de la croissance est le principal objectif des autorités. Une croissance de l'ordre de 4,5 à 5 % semble être la « nouvelle norme » pour les années à venir.
La stabilisation de la croissance est le principal objectif des autorités, alors que le 20 e Congrès du Parti aura lieu en fin d'année. Lors de la Conférence économique début décembre, elles ont d'ailleurs souligné que les changements réglementaires adoptés en 2021 ne seraient pas aussi nombreux cette année. Au total, le Fonds monétaire international s'attend désormais à une croissance de « seulement » 4,8 % cette année. Une croissance de l'ordre de 4,5 à 5 % semble être la « nouvelle norme » pour les années à venir, plusieurs éléments structurels rendant improbable une croissance plus élevée.
Un net ralentissement du secteur immobilierLe ralentissement structurel de la croissance dans le secteur immobilier et de la construction est le premier de ces freins. Celui-ci a d'ailleurs été particulièrement marqué en fin d'année dernière. En novembre, les mises en chantier ont baissé pour le huitième mois consécutif. Les ventes de logements sont aussi en recul, comme celle des prix depuis l'été dernier. Les problèmes de liquidité de grands conglomérats trop endettés du secteur, comme Evergrande, dont la faillite désordonnée a été évitée à ce stade, ont eu un effet négatif sur la confiance des ménages.
Depuis 2009, les prix de l'immobilier ont doublé en Chine. Cette tendance masque des différences selon les régions et surtout les tailles de ville. Le ratio entre le prix moyen d'un logement et les revenus reste supérieur à 40 à Pékin, Shanghai et Shenzhen, soit deux fois plus qu'à Londres, Singapour ou encore Paris. D'après une étude menée par le Centre pour la recherche et les études sur les finances des ménages en Chine, le taux de vacance des logements atteignait 17 % dans les villes importantes en 2017.
À ces surcapacités structurelles s'ajoute un changement de stratégie des autorités face à la montée continue du risque de crédit des entreprises, en laissant des entreprises de plus en plus grandes mettre la clé sous la porte. En 2021, le gouvernement chinois a laissé plusieurs entreprises d'État faire défaut. Or, le poids de l'immobilier dans l'économie chinoise est passé de 5 % à 13 % en 2019. Si l'on ajoute les activités de construction, il atteint près de 30 %. Les effets induits d'un éventuel « atterrissage brutal » de l'immobilier sur la consommation des ménages seraient élevés. En effet, plus d'un employé sur six des zones urbaines travaille dans le secteur immobilier ou de la construction.
La population chinoise n'augmente presque plusDans les années à venir, la croissance chinoise sera aussi contrainte par la faible croissance démographique. Dans le contexte de la pandémie, le taux de natalité est tombé à un plus bas niveau historique en 2021, à 0,75 %. Celui-ci avait un peu augmenté entre 2012 et 2016, sous l'effet de la remise en cause de la politique de l'enfant unique, mais a ensuite amorcé une décrue avant le début de la pandémie. Pour la première fois depuis la grande famine du début des années 1960, la croissance de la population a été quasi nulle en 2021, le taux de natalité étant égal à celui de mortalité, qui augmente tendanciellement en raison du vieillissement de la population.
L'effet négatif de ces évolutions démographiques est en partie compensé par la poursuite de l'urbanisation du pays : à 64 %, le taux d'urbanisation est en progression et devrait le rester. Le taux d'illettrisme est désormais inférieur à 3 %, soit dix fois moins qu'il y a quarante ans. L'augmentation du niveau d'éducation est un autre facteur limitant l'impact négatif du vieillissement démographique sur la croissance potentielle.
Le maintien d'une politique de zéro-covidEn 2021, la Chine est restée l'un des rares pays dans le monde à maintenir une politique « zéro-Covid-19 », dans un contexte d'apparition de nouveaux variants. Cette politique a permis à la Chine de mieux gérer la première vague du printemps 2020 que les autres grandes économies mondiales. La campagne de vaccination s'est accélérée dans le même temps. Le 6 janvier dernier, 85 % de la population était totalement vaccinée et 330 millions de personnes (23% du total) avaient déjà reçu une dose de rappel. Cette double stratégie de vaccination massive et d'intolérance aux nouveaux cas positifs devrait se poursuivre cette année.
D'un point de vue politique, il serait difficile pour les autorités d'abandonner cette stratégie présentée comme un succès sanitaire et économique alors que le 20 e Congrès du Parti aura lieu en fin d'année. D'un point de vue économique ensuite, les effets sur l'économie locale sont contenus à ce stade : les mesures de limitation de mobilité ont certes affecté la consommation de certains services (transport aérien par exemple), mais la croissance économique est restée tirée par le dynamisme de l'industrie.
Le ralentissement du secteur immobilier chinois pourrait aussi avoir un impact sur les cours mondiaux des matières premières. Mais toutes ne sont pas affectées de la même manière. Les cours des matières premières agricoles devraient être moins pénalisés que les autres. En revanche, les cours des métaux devraient être davantage pénalisés puisqu'ils constituent les principaux intrants des entreprises du secteur de la construction. Certains bénéficient, par ailleurs, d'une demande structurellement plus élevée émanant des secteurs utilisant des composants électroniques. Il s'agit notamment du cuivre, du cobalt ou encore du nickel.