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Story de la semaine / Saga familiale / 21/02/2022

Pourquoi Vincent Bolloré va encore faire parler de lui dans les semaines à venir

Comme il s'y était engagé, Vincent Bolloré a commémoré, jeudi dernier à Ergué-Gabéric, le bicentenaire de l'entreprise familiale qui porte son nom. Et qui aurait pu n'être plus familiale s'il ne l'avait pas rachetée à la barre du tribunal de commerce il y a quarante ans. Désormais, le groupe Bolloré va pouvoir rentrer dans le très sélect club des Hénokiens, qui rassemble toutes les entreprises étant restées dans la même famille au moins deux siècles et toujours dirigées par un membre de cette famille. Un cénacle où figurent l'armurier Beretta, le joaillier Mellerio ou la Banque Hottinguer.

Vincent Bolloré, qui fêtera ses 70 ans le 1er avril prochain, va donc passer les commandes du groupe qu'il a « recréé » à ses enfants, au cours des semaines qui viennent. Comme il a déjà commencé à le faire en installant son fils Yannick à la tête d'Havas et du conseil de surveillance de Vivendi. Ou son fils Cyrille à la tête de Bolloré, la société cotée qui porte les actifs énergétiques, les actifs africains, les unités de batterie électrique ainsi que 29 % du capital de Vivendi.

Vincent Bolloré, pour l'heure conserve la présidence de l'Odet, dont il détient 80 % du capital. C'est cette société qui a vocation à devenir à terme le « family office » de ses quatre enfants.

Vincent Bolloré va également quitter de manière très symbolique son bureau au sommet de l'immeuble Vivendi de l'avenue de Friedland. Un bureau donnant sur l'Arc de Triomphe, qui a vu passer, entre autres, Jimmy Goldsmith, Jean-Marie Messier et Jean-René Fourtou. Il va probablement prendre des bureaux personnels non loin de la Villa Montmorency où il réside (et où il a fait l'acquisition de plusieurs maisons pour ses enfants). Et surtout, pour l'heure, il conserve la présidence de la compagnie de l'Odet holding, cotée, dont il détient directement et indirectement 80 % du capital. C'est cette société qui a vocation à devenir à terme le « family-office » de ses quatre enfants. Pour l'heure, Vincent Bolloré a encore quelques chantiers à finaliser. Et même s'il n'a pas directement les mains dans le cambouis, il va prendre un soin particulier à ce que tout se déroule comme il le souhaite.

1. L'OPA sur Lagardère

Depuis l'automne, Vivendi a annoncé son intention de lancer une offre publique d'achat sur Lagardère, après avoir franchi le seuil des 30 % du capital en rachetant les titres détenus par le fonds Amber. Selon nos informations, tout devrait être techniquement prêt pour que l'OPA démarre en Bourse dans les premiers jours du mois de mars et se termine vers la mi-avril. Il restera ensuite à régler les problèmes de concurrence. D'abord auprès de l'Arcom, car Lagardère possède Europe 1 (société de droit monégasque) et Vivendi détient Canal+ et plusieurs chaînes de la TNT. Ensuite, auprès de l'Autorité de la Concurrence, s'agissant des métiers de l'édition, dans la mesure où Vivendi détient Editis et Lagardère, Hachette Publishing (actionnaire de Grasset, Fayard, Stock…). Il faudra sans doute que le groupe arbitre certains actifs. L'hypothèse d'un apport d'Editis au groupe espagnol Prisa, dont Vivendi est actionnaire à hauteur de 7 % et qui est dirigé par le patron d'Amber Capital, est toujours sur la table. Mais ce n'est pas la seule.

2. La restructuration de Telecom Italia

Maintenant que l'opérateur italien des télécoms, dont Vivendi détient 29 % du capital, est doté d'un CEO et que la gouvernance est apaisée avec une forte présence de la Caisse des Dépôts, le but de Vincent Bolloré est d'aboutir à une fusion des deux réseaux de fibres, celui de Telecom Italia (urbain) et celui de la Caisse des dépôts italienne (rural). Et d'avoir ainsi un groupe qui repose sur deux jambes. D'une part, un actif de réseau qui couvre toute la péninsule italienne. Et d'autre part, un actif de commercialisation et de services. Tout cela dans un contexte de grand chambardement avec la tentative d'alliance entre Free et Vodafone en Italie.

3. La finalisation de la vente des actifs africains

Cyrille Bolloré, le patron du groupe Bolloré, a réussi une très belle opération avec la banque Morgan Stanley en obtenant, en décembre dernier, une offre du Groupe MSC, acteur majeur du transport et de la logistique par conteneurs, pour l'acquisition de 100 % de Bolloré Africa Logistics, regroupant l'ensemble des activités de transport et logistique du Groupe Bolloré en Afrique, sur la base d'une valeur d'entreprise, nette des intérêts minoritaires, de 5,7 milliards d'euros. Une exclusivité a été consentie au Groupe MSC jusqu'au 31 mars prochain afin que ce dernier puisse, à l'issue d'une phase d'audit complémentaire et de négociations contractuelles, lui remettre, le cas échéant, une promesse d'achat. Il reste donc à attendre le verdict du groupe italo-suisse et la décision du groupe Bolloré d'exercer cette promesse. Mais il se peut encore que le prix soit révisé à la hausse en fonction des résultats de l'exercice 2021, qui sont sans doute très bons, et du montant de la trésorerie.

4. La vente des derniers actifs du groupe Rivaud

Le groupe Bolloré est toujours le deuxième actionnaire du groupe Socfin, après la famille Fabri. Il est donc très investi dans les plantations d'huile de palme et de caoutchouc, notamment en Indonésie, mais aussi en Afrique. Il s'agit d'actifs très rentables. Et la seule raison qui amènerait Cyrille Bolloré (et son père Vincent) à céder ses actifs (pour plusieurs centaines de millions d'euros) serait liée à la pression des ONG qui accusent ces planteurs de contribuer à la déforestation.

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