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Story de la semaine / Cabinets de consulting / 04/04/2022

Le très mauvais procès fait à McKinsey… et à tous les autres cabinets mandatés par l'État

Un rapport sénatorial s'est penché sur le recours de l'État et de plusieurs structures para-étatiques aux cabinets de consulting. Et le rapport final est un procès un peu caricatural de la manière dont ces cabinets travaillent et sont rémunérés. Sans reprendre les très nombreuses accusations – ou allégations – des sénateurs, voici quelques éléments factuels de manière à « remettre l'église au milieu du village ».

Beaucoup de dépenses sont liées à la crise sanitaire. Deux tiers des prestations relèvent de dépenses d'investissement.

1. Le rapport et sa synthèse expliquent que « l'État et ses opérateurs ont dépensé (en 2021) au moins un milliard d'euros » en facturations de cabinets de conseil : 894 millions pour les ministères et au moins 172 millions pour les opérateurs. D'abord, il s'agit de montant TTC. La vraie rémunération perçue par les cabinets n'a été que de 800 millions environ – dont beaucoup de dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire. La synthèse faite par les sages du Palais du Luxembourg évoque « un pognon de dingue ». C'est pourtant quatre à cinq fois moins (en pourcentage) de ce que l'administration allemande dépense chaque année de manière à être plus efficiente.

2. Comme l'explique le rapport sénatorial, la moitié de ces prestations concernent des prestations de conseil informatique, comme il y en a dans toutes les entreprises publiques et privées, y compris les PME et les TPE. Tout simplement car l'État n'a pas vocation à être son propre maître d'œuvre sur des chantiers qui concernent des transformations informatiques. Il n'en a pas les capacités. Et s'adresser à des cabinets spécialisés est un gage – en principe – de prestations de qualité réalisées dans les délais conformes à ce que peut espérer l'administration.

3. En fait, si l'on récapitule les données comprises dans ce rapport d'enquête sénatorial, deux tiers de toutes les prestations relatées par les sénateurs et sénatrices relèvent de dépenses d'investissement. Le bruit fait autour de ce rapport tend à faire croire que les prestations des cabinets ont un caractère très artificiel. Mais derrière ce milliard d'euros dépensé par l'État, il y a près de 700 millions d'euros qui relèvent de transformations réelles de l'administration, que chaque Français peut apprécier dans sa vie quotidienne. Lorsque McKinsey a été consulté sur la réforme de l'APL, ce n'était pas – comme il a été dit – pour raboter de 5 euros la prestation, mais pour résoudre des centaines, voire des milliers de bugs qui pourrissaient la vie de Français.

4. Derrière ce rapport, il y a la critique sous-jacente d'une prise en main des grands sujets du débat public par les cabinets de conseil ou de stratégie. Comme si une « mafia » d'hommes en gris avait pris les commandes de l'État. D'où le titre – un peu décrédibilisant – du rapport qui parle d'« un phénomène tentaculaire » pour évoquer la soi-disant influence des cabinets de conseil sur les poli-tiques publiques. Mais la transformation de l'État et des nouvelles politiques publiques choisies par le peuple souverain lors d'élections ne peut pas être menée par une administration qui, par nature et par essence, trouve son confort voire sa raison d'être dans le statu quo. Le recours à des cabinets, qui sont là pour poser les questions sur des process existant, est non seulement légitime, mais incontournable. Et si le rapport parlementaire présente l'État comme une « poule aux œufs d'or » pour ces cabinets, c'est l'inverse. Une entreprise comme McKinsey ne réalise que 3 % de son activité avec l'État, et sur la base de tarifs inférieurs de 30 % à ceux pratiqués dans le privé !

5. Les parlementaires rappellent que nous avons une très bonne administration. La France peut même s'enorgueillir d'avoir une très bonne organisation de l'État, pensée pour l'essentiel au moment du Consulat et du Premier Empire. Il reste que n'étant pas une entreprise, elle n'a pas de service de Recherche et Développement. Or les connaissances évoluent et l'État ne peut pas faire comme si tout restait immobile. L'avantage que lui offrent ces cabinets, est qu'ils investissent 5 à 6 % chaque année de leurs revenus en R & D. C'est donc cette économie de la connaissance que l'État rémunère en faisant appel à un BCG, un Accenture, un Bain ou un McKinsey. Et cela, loin de devoir être dénoncé, est à l'inverse rassurant.

6. Notre administration a gardé la fâcheuse habitude de travailler en silos avec peu d'interactions entre telle mission budgétaire et telle autre. C'est justement parce qu'ils sont polyvalents que ces cabinets de conseil en transformation ou en stratégie peuvent apporter une forte valeur ajoutée. Et si les sénateurs jugent excessif le prix de 1 500 euros TTC facturé pour une journée de consultant, sans doute ignorent-ils que lorsque l'Agence des participations de l'État missionne une banque conseil ou un cabinet d'avocats sur une opération, c'est sur la base de mandats très ponctuels à plusieurs millions d'euros qui ne font pas polémique.

7. Enfin, dans de très nombreux cas, les cabinets recrutés pour des missions au titre des politiques publiques ont le gros avantage d'apporter un regard différent sur un sujet que celui que porte une administration et que celui que porte le cabinet d'un ministre. Le prix d'intervention de ces cabinets comprend une prestation intellectuelle et une forme, sinon de contrepouvoir, du moins d'indépendance. Certains tiennent à les faire passer pour des « infiltrés », alors qu'ils tentent plutôt de faire percoler dans l'État les bons réflexes qui font la réussite du secteur privé.

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