Comment Ian Gallienne a transformé le Groupe Bruxelles-Lambert en un investisseur très professionnel >
Il y a tout juste un an, les héritiers d'Albert Frère ont mis au point une nouvelle organisation capitalistique afin que chacun ait son domaine réservé, tout en maintenant la cohérence de l'empire financier créé par l'industriel wallon. Albert Frère avait eu trois en-fants de deux mariages différents. Avec sa première épouse, il est devenu le père de Gérald, âgé aujourd'hui de 71 ans. De ses secondes noces il a eu deux enfants : Ségolène, âgée de 45 ans, qui a épousé Ian Gallienne, et Charles-Albert, décédé en 1999 d'un accident de voiture à l'âge de 19 ans. Albert Frère avait très tôt repéré les bons réflexes de son gendre en matière de finance et lui avait confié le développement d'une activité de private equity. C'est ce qui a conduit les adminis-trateurs du Groupe Bruxelles-Lambert à le désigner comme nouveau patron après le décès du très influent baron Frère.
La réorganisation, précédée par la nomination de Ian Gallienne comme CEO, assure la pérennité du groupe.
C'est aussi assez naturellement que Ségolène Frère est devenue la principale actionnaire de GBL, via la Fondation néerlandaise Frère-Bourgeois et la holding intermédiaire FG Bros, tout en conservant 24,9 % de la Compagnie nationale à portefeuille (CNP). De son côté, Gérald Frère détient 75,1 % de la CNP et un intérêt de 3,55 % chez GBL. Depuis un an, chacun est chez soi, mais la famille reste unie. De surcroît, cette réorganisation qui avait été précédée par la nomination de Ian Gallienne comme CEO du Groupe Bruxelles-Lambert, a l'avantage d'assurer la pérennité du groupe. D'autant plus que le frère et la sœur sont liés par un pacte d'actionnaires jusqu'en 2046.
1. Un changement de stratégie pour Bruxelles-LambertCette clarification capitalistique était nécessaire pour permettre à chacune des deux holdings de mener sa propre stratégie. Or le Groupe Bruxelles-Lambert, qui était devenu un gros conglomérat, très présent en France, à travers des participations dans Lafarge, Total ou Engie, finissait par perdre en agilité sans offrir à ses actionnaires une valeur ajoutée, puisqu'ils pouvaient acheter directement du Total sur le marché s'ils le voulaient. Ian Gallienne a souhaité d'emblée que le portefeuille du groupe soit mieux partagé entre des actifs cotés mais très rentables, comme Imerys ou Pernod-Ricard, et d'entreprises non cotées, comme Webhelp ou bien le numéro un européen du vélo direct-to-consumer Canyon. Il a souhaité investir dans de nouveaux secteurs comme le divertissement ou la santé de même que dans la gestion d'actifs avec Sienna Capital. Enfin, il s'est donné comme horizon l'Europe, avec pour but de réduire la décote entre la valeur boursière et la valeur d'actif.
2. Un engagement ESG très marquéIan Gallienne appartient à une nouvelle génération de patrons qui ont compris que la croissance et la rentabilité ne valent rien si l'action économique se fait aux dépens de la planète et de l'environnement. Il a donc décidé de poursuivre une approche ESG, y compris pour les nouveaux axes stratégiques. Le conseil d'administration de GBL, qui a été resserré, a réaffirmé les ambitions du groupe en matière de changement climatique, de diversité, de transparence et de promotion de l'accès à la finance durable. GBL soutient l'initiative de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (« TCFD »), qui vise à améliorer la quantité et la qualité des rapports financiers liés au climat.
3. Une conviction forte sur la santéLors de son Capital Market Day du 17 novembre, Ian Gallienne avait affirmé vouloir investir dans le domaine de la santé. La semaine passée, en l'espace de 24 heures, il a annoncé deux investissements majeurs. Le premier concerne l'acquisition de la majorité du capital de la société de diagnostic Affidea, leader européen du secteur. Le second s'appelle Sanoptis. C'est le numéro deux des services ophtalmologiques en Europe avec plus de 250 établissements. Ce qui en fait l'un des plus importants groupes de cliniques ophtalmologiques en Allemagne et en Suisse. Avec ces deux transactions, GBL va investir en capitaux propres jusqu'à 1 milliard d'euros dans Affidea et jusqu'à 750 millions d'euros dans Sanoptis. Ce qui représente plus que la totalité de la somme de 1,6 milliard d'euros allouée à l'ensemble de ses investissements de 2021.
4. Un rôle d'investisseur professionnelDepuis que Ian Gallienne a repris les commandes du groupe, celui-ci a investi dans des sociétés de taille moyenne, investissements complétés par les deux opérations dans la santé. Et il entend jouer un rôle d'investisseur professionnel auprès de ces entreprises. Mais l'objectif de GBL est de générer davantage de valeur au travers de sa participation dans les organes décisionnels de gouvernance des sociétés en portefeuille. GBL se concentre donc sur la vision stratégique de ses sociétés en portefeuille, avec une attention particulière à la croissance organique et aux opportunités d'acquisitions, mais aussi à la sélection, la nomination et la rémunération des principaux cadres dirigeants et la rémunération des actionnaires.
5. Un benchmark : se comparer à InvestorLorsque l'on demande à Ian Gallienne à quelle société de portefeuille il souhaiterait que GBL soit comparée, la réponse fuse aussitôt : Investor AB, la holding de la très riche famille suédoise Wallenberg. Celle-ci affiche une capitalisation boursière de 65 milliards d'euros contre 14 milliards pour Bruxelles-Lambert et 16 milliards d'euros pour Exor, la holding de la famille Agnelli, dont la stratégie est très proche de celle de GBL. En cherchant à rejoindre les standards de gestion et de performance de la plus riche des holdings européennes, Ian Gallienne affiche clairement ses ambitions. Et il se donne les moyens de les atteindre.