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Story de la semaine / Désordre mondial / 06/06/2022

Pourquoi et comment la guerre en Ukraine va créer une crise alimentaire mondiale

Il y a quelques jours, à Davos, le responsable du Programme alimentaire mondial a déclaré que la situation alimentaire est « pire » qu'en 2007-2008, lors des émeutes de la faim. Cinquante millions de personnes sont menacées de famine. Après le blé, l'Inde vient d'annoncer vouloir restreindre ses exportations de sucre. La Malaisie stoppe toutes ses exportations de poulet (elle fournit Singapour, la Thaïlande, le Japon et Hong Kong). Les raisons sont la guerre en Ukraine, bien entendu, mais aussi (et cela est lié) l'inflation – les prix agricoles sont à leur plus haut historique – et les conditions climatiques. Ce qui fait vraiment peur, c'est le riz. Car, dans ce domaine-là aussi, l'Inde représente « 40 % des échanges mondiaux de cette céréale qui nourrit la moitié de la planète ». Tout cela a amené le Boston Consulting Group à tenter d'évaluer l'ampleur de cette crise alimentaire mondiale. Voici les principaux extraits de son étude.

1. Une hausse des prix alimentaires pour toute la planète

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a entraîné une crise humanitaire majeure, non seulement en Ukraine mais aussi dans le monde entier. L'impact sur les produits alimentaires de base, tels que le blé et l'huile de tournesol, a été immédiat, entraînant des pénuries massives et des chocs de prix. Selon la Banque mondiale, les prix mondiaux des denrées alimentaires sont en passe d'augmenter de 23 % cette année, après avoir augmenté de 31 % en 2021. Nous vivons dans un monde où plus de 40 % de l'apport calorique provient de trois cultures seulement : le blé, le maïs et le riz. La production de ces céréales est concentrée dans quelques régions seulement, et quelques acteurs dominent chaque étape de la chaîne de valeur.

Selon les Nations-Unies, 1,7 milliard de personnes pourraient souffrir en raison de l'insécurité alimentaire, des prix de l'énergie et du fardeau de la dette.

Selon l'équipe spéciale des Nations-Unies créée en réaction à cette crise mondiale, on estime que 1,7 milliard de personnes – dont la plupart vivent dans des économies en développement – pourraient souffrir énormément, en raison de l'augmentation des niveaux d'insécurité alimentaire, des prix de l'énergie et du fardeau de la dette. Les effets seront spécialement graves dans les pays où l'alimentation représente plus de 40 % des dépenses de consommation (notamment le Pakistan, le Guatemala, le Kenya et le Nigeria, pour n'en citer que quelques-uns) et pour les populations les plus vulnérables de chaque pays.

2. Les rôles de l'Ukraine et de la Russie

L'offre de denrées alimentaires disponibles pour une grande partie de la population mondiale – principalement les céréales et les huiles comestibles, qui sont des aliments de base dans le monde entier – est en baisse. À elles deux, la Russie et l'Ukraine fournissent environ 12 % du total des calories alimentaires échangées dans le monde, et toutes deux sont des exportateurs essentiels de produits clés tels que le blé (28% du commerce mondial) et l'huile de tournesol (69%). Le Pro-gramme alimentaire mondial des Nations-Unies achète à l'Ukraine la moitié du blé qu'il distribue dans le monde. Plus alarmant encore, d'autres grands pays exportateurs de denrées alimentaires ont annoncé des interdictions d'exporter.

Par conséquent, les prix montent en flèche, non seulement pour les aliments, mais aussi pour les engrais et les carburants. L'indice FAO des prix alimentaires s'est établi en moyenne à 158,5 points en avril dernier, soit 30 % de plus que sa valeur du mois correspondant de l'année précédente. Le prix du blé a augmenté de 18 % au Kenya, par exemple, et le prix du riz importé a connu une hausse de 50 % en Haïti. Même l'indice américain des prix à la consommation est en hausse, avec un bond de 8,5 % en mars, soit la plus forte augmentation depuis 1981.

3. La question liée aux intrants agricoles

L'augmentation du coût des principaux intrants agricoles, notamment les engrais et le carburant, est tout aussi inquiétante. Par exemple, le prix de l'urée de la mer Noire, un ingrédient clé des engrais, a dépassé 900 dollars la tonne en mars 2022, contre 350 dollars la tonne en mars 2021, en raison d'une combinaison de sanctions et de perturbations du transport. La hausse des prix des engrais signifie que les agriculteurs doivent revoir leurs plans. Étant donné qu'environ la moitié de la population mondiale dépend de produits alimentaires utilisant des engrais, une baisse de l'approvisionnement en intrants pourrait affecter gravement les populations exposées pendant quatre ans si des mesures ne sont pas prises immédiatement pour relancer l'approvisionnement.

4. Les problèmes climatiques en surplus

La pression exercée sur les systèmes alimentaires mondiaux est encore aggravée par le phénomène météorologique La Niña qui, s'il se déroule comme en 2012, fera encore baisser la récolte mondiale de 2022. Les sécheresses au Moyen-Orient laissent déjà présager de mauvaises récoltes régionales, et la vague de chaleur du mois de mars en Inde a eu des répercussions négatives sur la récolte de blé de ce pays, réduisant la production prévue de 6 % par rapport aux estimations initiales. La Hongrie vient de connaître sa quatrième sécheresse hivernale consécutive et les récoltes dans le sud du Brésil risquent d'être affectées par le manque de précipitations. Selon l'ONU, 193 millions de personnes dans 53 pays étaient déjà confrontées à une « insécurité alimentaire aiguë » en 2021.

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