Pourquoi la charge de la dette atteindra 100 milliards à la fin du quinquennat >
La dette française a continué sa progression au cours du dernier quinquennat. Elle a atteint 2 813 milliards d'euros soit 113 % du PIB fin 2021. La crise de la Covid a donné lieu à de fortes interventions en matière de politique économique. Le déficit budgétaire s'est de nouveau sensiblement accru et s'établit encore à 4,2 % du PIB fin 2021. La politique monétaire de la BCE a continué d'être particulièrement expansionniste au cours des dernières années. Si bien que les charges d'intérêt de la dette se sont fortement réduites tout au long de la dernière décennie. Le retour de l'inflation va certainement hâter la normalisation de la politique monétaire. La BCE va devoir agir dès cette année en remontant ses taux directeurs. Les taux courts semblent déjà entamer une lente remontée. La hausse des taux est plus visible sur les taux longs. La guerre en Ukraine, la flambée des prix de l'énergie puis de l'ensemble des prix, les confinements drastiques en Chine ont contribué à faire caler le rebond de croissance qui avait suivi en 2021 la crise de la Covid en 2020. Ainsi, la faible croissance ne va pas permettre de dégonfler la dette et des recettes fiscales moindres qu'anticipé vont maintenir le déficit public à un niveau plus élevé que ce que l'on avait pu imaginer il y a quelques mois. À titre documentaire, nous publions une étude inédite réalisée par l'équipe de la Fondation iFRAP et Gilles Koleda.
Quelles hypothèses à l'horizon de fin 2027L'iFRAP a réalisé deux jeux d'hypothèses pour déterminer la dette publique en 2027 et les charges d'intérêt associées. Dans un premier jeu, l'inflation resterait sous contrôle. Dans le second jeu l'inflation serait durablement élevée. L'iFRAP associe à ces jeux d'hypothèses des évolutions des taux d'intérêt et considère une trajectoire de croissance pour la France (2,5% en 2022, 1 % en 2023 puis 1,5 % par an jusqu'en 2027). Enfin l'iFRAP associe une évolution des taux courts et des taux longs à ces scénarios de croissance et d'évolution des prix en imposant une trajectoire de réduction progressive du déficit public (qui passerait de – 6,5 % en 2021 à – 2,6 % en 2027).
Hypothèse d'une inflation sous contrôleDans le scénario d'une inflation « sous contrôle », nous faisons l'hypothèse que l'épisode inflationniste n'est que provisoire et résulte de la hausse des prix de l'énergie et de la guerre en Ukraine. Un retour rapide à la normale dès 2023-2024 est envisagé. L'inflation reviendrait aux alentours de 2 % par an pour le reste de la période. La hausse des taux courts serait donc limitée et les taux longs n'auraient pas besoin d'augmenter très sensiblement. Avec ce scénario, la dette publique atteindrait 3 530 milliards d'euros en 2027 (114 % du PIB) et les charges d'intérêt seraient de l'ordre de 90 milliards d'euros (2,9 % du PIB). Ce scénario apparaît de plus en plus comme un scénario « optimiste » à mesure que s'accumulent les mauvaises nouvelles sur l'économie française. Sauf efforts imprévus en matière de réduction du rythme des dépenses publiques, il est donc probable que des charges d'intérêt de moins de 100 milliards d'euros à la fin de ce quinquennat soient une hypothèse assez optimiste.
Selon les analystes, il semble que le scénario d'une inflation conjoncturelle s'efface peu à peu derrière celui d'une inflation plus structurelle et donc plus durable.
Hypothèse d'une inflation persistanteDans le scénario d'une inflation « persistante », nous faisons l'hypothèse que l'épisode inflationniste a été amplifié par la hausse des prix de l'énergie et la guerre en Ukraine mais a également des racines plus profondes. Le retour à la normale serait plus long et nécessiterait une intervention plus forte de la BCE en matière de taux directeurs. Avec ce scénario, la dette publique atteindrait 3 555 milliards d'euros en 2027 (108 % du PIB) et les charges d'intérêt seraient légèrement supérieures à 111 milliards d'euros (3,4 % du PIB). Ce scénario apparaît de plus en plus comme le scénario « probable ». On peut même imaginer qu'une charge de la dette à 120 milliards d'euros pourrait tout à fait être atteinte.
ConclusionFrançois Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France a récemment déclaré, lors d'une conférence du Haut Conseil des finances publiques que : « Il est d'autant plus important pour les autorités budgétaires d'assurer la soutenabilité de la dette en contexte de hausse de taux. » Pour contribuer à ramener la dette publique sous 100 % du PIB d'ici dix ans, François Villeroy de Galhau préconise une moindre augmentation des dépenses en volumes, à 0,5 % par an contre plus de 1 % observé au cours de la décennie précédente. « Quand le soleil brille, il faut réparer le toit », avait dit Christine Lagarde en 2017, voyant poindre la reprise et espérant que celle-ci serait propice à des réformes structurelles dans les pays endettés. Hélas… le mauvais temps arrive et les réparations n'ont pas été faites… Pire, le toit est encore plus dégradé.