Pourquoi le tout-électrique dans l'automobile pose plus de problèmes qu'il n'apporte de solutions >
L'annonce récemment faite par Bruxelles d'interdire la vente de nouveaux véhicules à moteur thermique à partir de 2035 change la donne pour l'industrie automobile mondiale. Bien sûr, elle met l'Union européenne sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports pour 2050. Mais la demande croissante des consommateurs crée de nouveaux défis ou exacerbe les anciens. En particulier, les acteurs de la chaîne d'approvisionnement en batteries et les fournisseurs d'infrastructures de recharge doivent être en mesure de ré-pondre à la demande. Par ailleurs, ils vont devoir adopter une approche innovante et collaborer plus étroitement avec les autres acteurs et créer des écosystèmes efficaces. C'est ce que montre une étude du Boston Consulting Group à laquelle La Lettre de L'Expansion a eu accès et dont nous reproduisons ici les éléments essentiels.
En stipulant que les émissions des véhicules neufs vendus devraient être réduites à zéro cinq ans plus tard, les législateurs ont fixé une date de fin pour le moteur à combustion en Europe.
1 – Des ventes en très forte hausseL'année écoulée a été phénoménale pour les véhicules électriques, y compris les modèles hybrides. Ils représentaient 20 % de l'ensemble de la production de véhicules légers en 2021, contre 12 % l'année précédente. En revanche, la part des voitures à essence ou dotées de moteurs diesel a plongé de 9 %. Il faut dire que les pressions réglementaires ont favorisé ce mouvement. Aux États-Unis, l'administration Biden a considérablement renforcé les règles relatives aux émissions d'échappement. Le Nevada, le Minnesota et la Virginie ont rejoint la Californie et dix autres États en acceptant d'établir des quotas de véhicules à émissions nulles pour les nouvelles voitures particulières. Quant aux législateurs européens, ils ont élaboré des politiques visant à réduire les émissions moyennes de toutes les voitures en circulation de 55 % d'ici à 2030 (par rapport aux niveaux de 2021). Plus important encore, en stipulant que les émissions des véhicules neufs vendus devraient être réduites à zéro cinq ans plus tard, ils ont fixé une date de fin pour le moteur à combustion en Europe. Des deux côtés de l'Atlantique, les gouvernements ont multiplié les mesures incitatives pour encourager les consommateurs à opter pour des véhicules à faibles émissions.
2 – Comment les constructeurs automobiles jouent le jeuLes constructeurs automobiles investissent comme jamais auparavant sur les véhicules électriques dotés d'une batterie. Toyota et Volks– wagen, les deux plus grands constructeurs automobiles en termes de ventes aujourd'hui, se sont engagés à investir 250 milliards de dollars d'ici à 2030. Jaguar et Volvo, quant à eux, se sont fixé pour objectif de ne vendre que des véhicules électriques et hybrides dès 2025. Par ailleurs, la baisse des prix de vente et les incitations gouvernementales ont contribué à stimuler la demande des consommateurs pour les voitures électriques. Le coût total de possession sur cinq ans d'une voiture de taille moyenne est désormais le même pour les versions électriques et thermiques en Chine et dans de nombreux pays européens. À condition de prendre en compte le prix d'achat, les coûts d'entretien, les kilomètres parcourus et les coûts de carburant ou d'électricité.
3 – Les risques liés au passage au tout-électriqueLa demande de lithium va constituer un sujet incontournable, dans la mesure où elle devrait connaître un taux de croissance annuel de plus de 25 % d'ici à 2030. La hausse des coûts de l'énergie et l'accélération de la croissance des véhicules électriques ont déjà fait augmenter le prix des composés de lithium utilisés pour la production des batteries et devraient faire grimper le coût moyen des batteries après des années de baisse constante. Parallèlement, la guerre et les sanctions économiques ont fait s'envoler les prix du nickel et menacent d'exacerber les pénuries de ce métal.
Le manque de bornes de recharge dans certains pays semble devoir s'aggraver dans un avenir proche. Au Royaume-Uni, l'organisation de l'industrie automobile a récemment souligné que les ventes actuelles de véhicules dépassent de loin la croissance des stations de recharge publiques. Aux États-Unis, 1,1 million de bornes de recharge publiques seront nécessaires en 2025 et 2,3 millions en 2030, contre 100 000 en 2020. Or l'administration Biden ne vise que 500 000 points de recharge publics d'ici à 2026, et la loi américaine sur l'investissement dans les infrastructures et les emplois devrait financer moins d'un dixième de ces points.
4 – Les risques liés à l'utilisation d'une seule technologieLe développement de la mobilité électrique modifie les mesures que les constructeurs et les fournisseurs sont prêts à prendre pour saisir les nouvelles opportunités et atténuer les risques émergents. Or des innovations apparaissent dans tous les domaines, notamment la technologie, l'expérience client et les modèles de revenus et de propriété. Plutôt que de faire converger l'industrie vers un seul ensemble de solutions, ces progrès élargissent les options disponibles pour les acteurs du véhicule électrique. De fait, les constructeurs sont tous tournés vers la même technologie avec le risque qu'apparaissent dans les dix ans à venir d'autres solutions techniques et donc un nouveau bouleversement du marché. Pour l'instant, les acteurs de l'écosystème automobile sont prêts à travailler ensemble. Mais qui sait si un nouveau Tesla ne viendra pas bousculer toute l'industrie automobile mondiale qui aura mis tous ses œufs dans le même panier… ou le même système de batteries.