Quelle est la vraie capacité d'énergie nucléaire dont va disposer EDF pour l'hiver ? >
Vendredi 2 septembre, le président de la République a réuni pour la première fois un conseil de défense consacré à la crise de l'énergie. À l'ordre du jour de cette réunion : l'approvisionnement en gaz et en électricité en vue de l'hiver avec, à la clé, des décisions sur les capacités de production d'électricité. Il faut dire que la mise à l'arrêt, depuis plusieurs mois, de certaines centrales nucléaires pour des problèmes de corrosions handicape l'électricien français qui ne peut pas délivrer sa puissance maximale. Pendant les mois d'été, cela n'a pas été un problème. En revanche, si le pays vient à manquer de gaz et si l'hiver est rigoureux, le pays aura besoin d'un parc nucléaire capable de produire – en temps et heure, puisque c'est son avantage par rapport au renouvelable – l'électricité dont les entreprises et les particuliers auront besoin.
1. La situation au 30 juin dernierÀ l'occasion de la publication des résultats semestriels, le 28 juillet, EDF a indiqué que la production nucléaire en France s'est établie au cours des six premiers mois de l'année à 154,1 térawatt-heure, soit 27,6 térawatt-heure de moins qu'à la même période en 2021. Ce recul a résulté majoritairement de l'impact lié au phénomène de corrosion (-36,6 TWh). En revanche, le parc nucléaire a réalisé moins d'arrêts fortuits et a bénéficié d'une meilleure optimisation du planning (+ 9 TWh). Il reste qu'EDF a dû compenser les arrêts par des achats d'électricité sur le marché international, et donc à prix très élevés. Avec un impact négatif de plus de 7 milliards d'euros sur le résultat opérationnel du groupe.
2. La situation à ce jourSelon les informations fournies par EDF et par RTE, il y a actuellement 29 réacteurs sur 56 à l'arrêt. Mais il faut relativiser ce chiffre, qui peut paraître important. Car, parmi ces 29 réacteurs à l'arrêt, 2 seulement le sont uniquement pour des problèmes de corrosion (Cattenom 3 et Chinon B3). Tous les autres sont fermés, soit dans le cadre des visites décennales imposées par l'Autorité de sûreté nucléaire, soit pour les traditionnelles maintenances estivales.
3. 15 réacteurs remis en marche dans les deux mois à venirD'après les services techniques d'EDF, 15 réacteurs devraient reprendre du service actif au cours des deux mois à venir. Ce sera le cas de Dampierre 2, de Paluel 2, de Blayais 3, de Gravelines 2, 3, 4, et 5, de Tricastin 3, de Cattenom 1, de Cruas 3, de Flamanville 2, de Saint-Alban 2, de Saint-Laurent 1, et enfin de Bugey 2 et 4 (voir tableau ci-contre). Cela va redonner des marges de production à EDF d'ici les froidures de l'hiver. Comme l'a affirmé Jean-Bernard Lévy, l'électricien pourra compter sur une production nucléaire comprise, cette année, entre 280 et 300 Térawatts heure, puis en 2023, entre 300 et 330 Térawatts heure. On est donc très loin du tableau apocalyptique qui est fait de notre capacité à produire de l'électricité cet hiver.
On est loin du tableau apocalyptique qui est fait de notre capacité à produire de l'électricité.
4. Qu'en est-il des problèmes de corrosion ? Source : EDF. Situation à date du 2 septembre 2022Le phénomène de corrosion sous contrainte se produit sous l'influence simultanée de plusieurs facteurs différents : le matériau, ses ca-ractéristiques intrinsèques et les conditions de soudage, les contraintes induites pendant l'exploitation par les fluides circulant dans la tuyauterie et le type de fluide véhiculé par la tuyauterie. La corrosion sous contrainte provoque de fines fissures à la surface du matériau, qui peuvent se propager dans l'épaisseur de la canalisation. Depuis la détection de ces problèmes, EDF a procédé à des contrôles par ultrasons sur tous les réacteurs. Ce phénomène inédit est en passe d'être résolu. Un accord est intervenu fin juillet avec l'Autorité de sûreté nucléaire concernant le calendrier de travaux à opérer pour résoudre cette anomalie. De telle sorte que le parc nucléaire n'aura pas à en souffrir cet hiver.