Quelles perspectives pour les fusions et acquisitions en Europe en 2023 ? >
A u cours des six premiers mois de 2022, le marché européen des fusions et acquisitions a réalisé ce qui semblait impossible. Après une année 2021 exceptionnelle, la valeur totale des opérations s'est élevée au premier trimestre à 529,2 milliards d'euros, soit une légère hausse de 1 % par rapport à 2021. Et s'il est vrai que le nombre d'opérations a baissé de 8 %, à 5 536, il reste très au-dessus de la période correspondante de n'importe quelle année avant la pandémie.
Depuis le milieu de l'été, le marché des fusions et acquisitions en Europe a pourtant commencé à ralentir, du fait d'un environnement économique et géopolitique dégradé et d'une nette raréfaction du crédit dans un contexte de hausse des taux. Si bien que les maisons spécialisées en « corporate banking » s'attendent à une année 2023 bien moins dynamique. Voici comment mieux appréhender les mois à venir.
Ce qu'anticipent les principaux acteursPrès de trois quarts (73 %) des banquiers et avocats interrogés par Mergermarket s'attendent à une situation satisfaisante dans le domaine des fusions & acquisitions en 2023. Parmi eux, seulement 31 % escomptent une augmentation significative des opérations, et aucun n'a déclaré s'attendre à ce que l'activité diminue de manière significative à partir de maintenant. Mais on observe une différence d'appréciation entre les fonds de private equity qui sont plus optimistes que les ac-teurs du monde des entreprises. Ce qui est sans doute lié à l'importance de la fameuse « poudre sèche » dont ils disposent et qui s'élevait à 1 860 milliards de dollars en juin dernier. De fait, près de neuf acteurs sur dix du secteur (89 %) du capital-investissement s'attendent à une augmentation de l'activité des fusions & acquisitions en Europe en 2023. Les écarts de valorisation des vendeurs par rapport aux éventuels acquéreurs et les difficultés de finance-ment sont considérés comme deux des principaux obstacles aux fusions et acquisitions au cours des 12 prochains mois. Par ailleurs, les périodes de volatilité peuvent compliquer les questions de valorisation.
Près de neuf acteurs sur dix s'attendent à une augmentation des fusions & acquisitions en Europe en 2023.
Les motifs d'inquiétudeLes conditions de financement se sont nettement détériorées. Cela est lié au resserrement des politiques monétaires des deux côtés de l'Atlantique qui a amené la Banque centrale européenne à augmenter ses taux d'intérêt pour la première fois en plus de dix ans. Ce qui rend le financement par de la dette à taux fixe plus complexe. Même si des entreprises ayant une très bonne signature peuvent encore obtenir des prêts à taux variable. Ce resserrement de l'accès au crédit est le principal handicap qui pèse sur l'année 2023. De plus, les répercussions de la guerre en Ukraine sont considérées comme une préoccupation majeure par la plupart des intervenants. Plus d'une entreprise sur dix (11 %) déclare qu'il s'agit de sa plus grande inquiétude et 16 % affirment que c'est le deuxième obstacle le plus important pour le marché européen des fusions et acquisitions au cours de l'année prochaine. Enfin, on ne peut occulter les conséquences sur les valorisations de la baisse des cours de Bourse. L'Euro Stoxx 50 a chuté de 20 % dans un contexte d'une baisse générale des actions mondiales.
La situation des acheteurs et celle des vendeursLes entreprises restent riches en liquidités. Le fait d'avoir des bilans sains est l'un des principaux moteurs des fusions et acquisitions à venir. À cela s'ajoute la nécessité pour les fonds de private equity d'utiliser les liquidités dont ils disposent. Par exemple, aux États-Unis, si l'on additionne le montant du cash détenu par les entreprises de l'indice S&P 500 (8 300 milliards de dollars), à la poudre sèche des fonds de private equity (1 860 milliards de dollars) on mesure à quel point les liquidités sont abondantes pour des opérations à venir.
Du côté des vendeurs, le principal moteur devrait résider dans les entreprises en difficulté. Le deuxième flux d'activité viendra du côté des cessions d'actifs non essentiels effectuées par des grands groupes. Notamment ceux qui comptent des fonds activistes à leur capital et qui doivent réévaluer leurs stratégies à long terme.
Le cas particulier du secteur des TMTLes fusions et acquisitions mondiales dans le domaine des semi-conducteurs sont toujours en hausse avec un total de 71 transactions au cours du premier semestre de cette année. Avec l'adoption du Chips and Science Act, au cours de l'été dernier aux États-Unis, cette tendance pourrait s'accélérer. Car cette loi interdit aux bénéficiaires de fonds d'étendre la fabrication de semi-conducteurs en Chine et dans certains pays définis par la loi américaine comme constituant une menace pour la sécurité nationale.
Par ailleurs, un total de 52,7 milliards de dollars de subventions fédérales a été mis en place pour soutenir la fabrication de puces sur le territoire américain. Si une grande partie de ces fonds est destinée aux fabricants de semi-conducteurs, une autre partie pourrait constituer des capitaux pour des fusions et acquisitions nationales. Quoi qu'il en soit, l'espace technologique américain continue de dominer. Un dollar sur cinq investis dans les fusions et acquisitions mondiales depuis le début de l'année 2022 l'a été dans le secteur TMT. La technologie reste le moteur fondamental de la croissance économique, augmentant la productivité face aux vents contraires de la démographie.