Comment Casino a sécurisé son bilan et ses futures échéances >
Il nous a paru utile de faire un point sur la situation du groupe de distribution Casino, à l'issue d'un examen factuel des derniers résultats publiés, de la structure du bilan et surtout de la manière dont l'entreprise prépare le remboursement de ses échéances financières, qu'il s'agisse de dettes de marché ou de dettes bancaires.
Le groupe a subi, au cours des trois derniers mois, la propagation de certaines rumeurs alarmistes, une pression spéculative sur ses instruments de crédit – venue surtout d'outre-Manche – et la dégradation de sa perspective par Moody's (au début septembre), puis de sa notation par S&P's en octobre. Son cours de Bourse est passé de 19 euros en mai à 7,57 euros début octobre, ce qui a fait chuter sa capitalisation boursière jusqu'au niveau de 820 millions d'euros. Depuis la publication des résultats du troisième trimestre et la cession d'un bloc de sa participation en Amérique Latine, la perception a commencé à se retourner. Les investisseurs semblent donner acte au groupe des progrès en cours sur la sécurisation du bilan.
Quelle est la situation financière à ce jour ?
Lors de sa présentation aux investisseurs au mois de novembre dernier, le groupe Casino affichait une dette nette de 5,179 milliards d'euros avant réalisation de la cession de Greenyellow à Ardian pour un montant de 600 millions d'euros. Depuis cette date, le groupe a procédé à différents rachats de dettes. Il a ainsi annoncé avoir acquis pour 164 millions d'euros d'EMTN (Euro Medium Term Notes) arrivant à échéance en janvier 2023 et dont le taux nominal était de 4,6 % et 30 millions d'EMTN à échéance mars 2024 (au taux nominal de 4,5 % et qui traitait sur le marché avec une décote de 30 %). Puis, il a indiqué avoir procédé à un nouveau rachat de 78 millions d'euros d'obligations sécurisées Quatrim (à 5,8 %) arrivant à échéance en 2024. Ces opérations de rachat de dette ont généré à elles seules une économie de frais financiers que l'on peut évaluer à environ 20 millions d'euros sur le trimestre. Enfin, le 30 novembre, il a procédé à la vente de 10,4 % du capital de sa filiale brésilienne Assai pour un montant de 491 millions d'euros, dont 140 millions devraient être affectés au remboursement anticipé de la dette de sa holding Segisor d'échéance juillet 2023.
Cette année, pas moins de 800 magasins ont ouvert en France. Un mouvement qui va se poursuivre en 2023.
Quelles sont les prochaines échéances financières ?
Le tableau présenté aux investisseurs le mois passé faisait ressortir une échéance de 36 millions d'euros d'EMTN arrivant à échéance en janvier prochain, qui sera remboursée par du cash disponible sur un compte séquestre dédié. Ensuite, il faut attendre douze mois pour voir le groupe confronté à une nouvelle échéance de 653 millions d'obligations sécurisées Quatrim 2024 (portant intérêt à 5,8 %). D'ici là, Casino peut compter sur diverses solutions. Il pourrait procéder au rachat anticipé de ces titres. L'achèvement de son plan de cession en France devrait faire entrer 400 millions d'euros de trésorerie additionnelle. Le groupe pourrait aussi – et c'est déjà le scénario de plusieurs analystes – mettre en œuvre le spin-off annoncé de sa filiale colombienne Exito, détenue par le brésilien GPA, dont le groupe Casino détient 41 %. L'opération ferait alors ressortir la valeur réelle de cette société et ouvrirait la voie à une monétisation de cette participation. De quoi, le cas échéant, contribuer à faire face à l'échéance de janvier 2024.
La seconde échéance de 2024 porte sur 529 millions d'EMTN. Ayant retrouvé la disponibilité d'une grande partie de son patrimoine immobilier (utilisé en garantie des titres Quatrim) et pouvant monétiser ses actifs en Amérique Latine, le groupe devrait faire face à cette échéance. Ensuite, il faut attendre le mois de février 2025 pour retrouver une échéance de 357 millions d'euros, qui ne constitue pas, non plus, un obstacle au regard des actifs disponibles. Et surtout, le mois d'août 2025 un crédit « term-loan » d'un montant de 1 425 millions d'euros, sécurisé par l'ensemble des actifs en France et par les actifs conservés en Amérique Latine. Celui-ci pourrait être, au gré de Casino et en fonction des conditions de marché, remboursé, en tout ou partie, par des cessions additionnelles, ou refinancé.
Quel est le sentiment des créanciers aujourd'hui ?
Primo, le prix des obligations Casino les plus proches est remonté : la dette Quatrim s'échange désormais à 98 % de sa valeur faciale (contre 90 % en octobre) et l'obligation EMTN 2024 se traite désormais à 89 % de sa valeur faciale (contre 68 % en octobre). Secundo, le groupe dispose d'une ligne de crédit syndiquée pour un montant total de 2,1 milliards d'euros, exerçable à tout moment auprès de 21 grandes banques. Cette ligne de crédit s'accompagne de covenants trimestriels, dont un ratio « dette sécurisée rapporté à l'Ebitda » avec un maximum de 3,5. À fin septembre ce ratio, suivi de près par le marché, se situait à 2,72 fois, contre 3,2 fois à fin juin. Tertio, le 25 novembre dernier, l'agence de notation Fitch Ratings a attribué la note « B-» à Casino avec perspective positive. Dans son commentaire, Fitch justifiait cette note par une amélioration « substantielle » du ratio d'endettement du distributeur.
À ces éléments financiers s'ajoutent les efforts réalisés sur l'exploitation et le développement du réseau d'enseignes. Cette année, ce ne sont pas moins de 800 magasins qui auront été ouverts en France. Et ce mouvement va se poursuivre en 2023, en développant davantage le modèle de la franchise. Le 24 octobre dernier, le groupe Bérard Distribution a ainsi officialisé le ralliement de 153 magasins en franchise. Surtout, le groupe a initié la relance, toujours en franchise, de l'enseigne discount Leader Price, format considéré comme porteur dans le contexte inflationniste actuel.