Toutes les prévisions et les scénarios des économistes mondiaux pour 2023 >
Si l'art de la prévision est sans doute l'un des plus difficiles, il reste le plus pratiqué par les économistes. Non pas par masochisme, mais parce que les activités d'asset management ont besoin de se raccrocher à des éléments tangibles pour procéder à leurs allocations d'actifs à l'approche d'un nouveau millésime. Les grandes banques de financement et d'investissement doivent être en mesure de pouvoir conseiller leurs clients « corporate » dans leurs anticipations budgétaires. Enfin, la gestion de bilan bancaire dans un contexte de taux d'intérêt mouvant doit s'appuyer sur des prévisions des politiques monétaires aussi fines que possibles.
Quelle croissance pour 2023 ?
Comme le montrent les interviews d'économistes et de grands patrons publiées chaque matin par le site WanSquare.com, tous s'attendent à un ralentissement de l'économie mondiale l'année prochaine. Les indices des directeurs d'achat mondiaux, qui sont désormais en territoire de contraction, font planer un risque de récession en zone euro. Le consensus des analystes et des économistes prévoit que le PIB mondial ne progressera que de 2,1 % l'année prochaine. Plus précisément, le consensus n'espère qu'un tout petit 0,1 % de progression du PIB en zone euro et un rythme de croissance de 0,7 %, aux États-Unis avec un découplage entre ces deux grandes zones économiques qui commence déjà à poindre son nez. S'agissant de la France, le gouvernement table toujours sur une croissance de 1 %, alors que l'OCDE penche pour 0,6 % et le FMI pour 0,75 %. Quant à la Banque de France, elle a remis à jour, vendredi, ses prévisions en anticipant une fourchette comprise entre - 0,3 % et + 0,8 %.
Le consensus des analystes et des économistes prévoit que le PIB mondial ne progressera que de 2,1 %.
Quid de l'inflation ?
Le paramètre le plus regardé par les économistes, les investisseurs et bien sûr les grands argentiers, c'est l'inflation. En zone euro, la hausse des prix a atteint 10 % sur un an en novembre, contre 10,6 % au mois d'octobre. Le consensus des prévisionnistes interrogés par la Banque centrale européenne s'attend, pour l'ensemble de l'année 2022, à un atterrissage autour de 8,3 % en zone euro. Aux États-Unis, où l'on a appris, la semaine passée, que l'indice des prix à la consommation n'a augmenté que de 0,1 % en novembre et de 7,1 % sur un an, le pic semble être passé. Si bien que l'inflation-core – qui exclut les éléments volatils que sont les produits alimentaires et l'énergie – n'affiche qu'une hausse de 6 % sur un an. Ce qui se rapproche du consensus des prévisionnistes interrogés par la Fed de Philadelphie (5,9 % pour 2022). S'agissant de l'année prochaine, ces deux consensus tablent sur une inflation de 5,8 % en zone euro et de 2,9 % aux États-Unis. Pour mémoire, en France, le gouvernement a fait voter son projet de loi de finances pour 2023 avec une hypothèse d'inflation à 4,2 %.
Quelle évolution pour les taux d'intérêt ?
C'est l'un des facteurs-clés de l'environnement économique en 2023, comme ça l'a été cette année. Avec la volonté, pour les banques centrales, de ramener l'inflation-core dans des limites acceptables. En gardant bien à l'esprit qu'il faut près de douze mois pour que les hausses de taux se répercutent sur l'économie. Concernant les États-Unis, la réserve fédérale a annoncé, mercredi soir, un relèvement de son taux principal de 4 à 4,5 %. Désormais, le consensus des experts table sur des taux cibles compris entre 4,75 et 5,25 %. À plus long terme, la Fed ne devrait pas inverser la tendance sur les taux d'intérêt avant 2024. Du côté européen, la BCE a donc remonté son taux de dépôt à 2 % jeudi dernier, sans surprise. La plupart des économistes s'attendent à une poursuite de ce mouvement en 2023 avec un taux-cible de 3 %.
Quelle parité euro-dollar ?
En moins de deux ans, le billet vert n'a cessé de s'apprécier face à l'euro. Le 31 décembre 2020, la parité euro-dollar s'établissait à 1,23. Fin septembre, la monnaie américaine était au plus haut avec une parité de 0,95. Ce qui représente une hausse du billet vert de 23 % en vingt mois. Depuis, l'évolution de cette parité déterminante est repartie dans l'autre sens. Et le dollar devrait rebaisser face à l'euro, du fait de l'accalmie constatée sur l'inflation aux États-Unis comme du ralentissement économique mondial et, aussi, d'une évolution positive du conflit en Ukraine qui ferait perdre au dollar un peu de son statut « de devise-refuge ». Mais cela, c'est sans doute la prévision la plus aléatoire. l