Ces dossiers chauds qui vont rythmer l'année financière >
Le millésime qui vient de se terminer a été actif en fusions et acquisitions, mais aussi en opérations de restructurations, de carveout, ou en transactions réalisées par des fonds de private equity. Si ces dernières seront moins nombreuses cette année, du fait de la hausse des taux d'intérêt et de la « fermeture » du marché de la dette « high-yield » (lire page 7), il existe un grand nombre de dossiers chauds qui agitent la communauté financière. Sans compter tous ceux qui vont apparaître du fait des évolutions technologiques, des contraintes financières et de la transition écologique.
Atos : une scission complexe à réaliserLe groupe de services informatiques qui compte 112 000 salariés a annoncé, le 14 juin dernier, sa volonté de se scinder en deux sociétés cotées. L'une baptisée Evidian, qui regroupe l'activité BDS (Big Data Systems) et notamment l'expertise d'Atos en matière de cybersécurité. L'autre baptisée TFCo (leader dans les services d'infogérance et les espaces de travail numériques). Le groupe, qui est entouré dans cette restructuration par les banques Rothschild & Co, Perella Weinberg, JP Morgan, Goldman Sachs et BNP Paribas, doit faire face, par ailleurs, à une baisse de sa rentabilité. Trois grands acteurs français ne cachent pas leur intérêt pour l'activité cyber d'Atos : Thales, Orange et Airbus. Ce dernier, conseillé par Lazard semble avoir pris une longueur d'avance en menant d'ores et déjà des discussions pour une prise de participation minoritaire (inférieure à 30 %) au capital d'Evidian. Une telle transaction créerait un champion européen de la cybersécurité, et permettrait à Atos d'engranger du cash afin de financer sa restructuration.
Trois groupes français, Thales, Orange et Airbus, ne cachent pas leur intérêt pour l'activité cyber d'Atos.
Orpea : sauvegarde sous haute tensionLe 25 janvier prochain, le livre choc de Victor Castanet, Les Fossoyeurs, sera publié en collection de poche avec dix chapitres supplémentaires. C'est la première édition de cet ouvrage qui a provoqué la descente aux enfers d'Orpea au printemps 2022, avec la démission des dirigeants, la révélation de pratiques inacceptables et même le mauvais usage de fonds publics versés par les ARS. Laurent Guillot, venu de Saint-Gobain, a pris les rênes d'Orpea en juillet dernier avec pour première mission de restaurer la situation financière du groupe grevée par un endettement insupportable et de remettre de l'ordre dans la prise en charge des patients et clients. Avec l'aide de Rothschild & Co, de Perella Weinberg et de White & Case il négocie actuellement avec les créanciers français et étrangers une conversion en actions d'une partie de la dette. Le but est d'aboutir à un accord avant le 31 janvier. Date à laquelle le groupe sera placé en sauvegarde par le tribunal de commerce et placé sous la férule de la mandataire Hélène Bourbouloux. Ce qui permettra de lancer une augmentation de capital de 1,2 à 1,5 milliard d'euros, à laquelle devrait participer la Caisse des Dépôts (conseillée par Lazard Frères) et une autre grande institution. À cela s'ajoutera un nouveau crédit bancaire de 600 millions d'euros apporté par les six principales banques créancières.
Vivendi-Lagardère et la cession d'EditisAu 31 décembre dernier, le groupe présidé par Yannick Bolloré détenait officiellement 57,66 % du capital de Lagardère. Mais il ne peut exercer que 22,45 % des droits de vote, tant que la Commission européenne de la concurrence n'aura pas béni cette union. Le 30 novembre dernier, cette dernière a annoncé qu'elle menait une enquête approfondie, concernant notamment les remèdes proposés par Vivendi afin d'éviter que la réunion de Lagardère Publishing et d'Editis pèse sur le marché de l'édition. Vivendi a annoncé son intention de procéder à une distribution d'actions Editis à ses actionnaires sous forme de dividende exceptionnel, comme le groupe l'a fait en septembre 2021 avec Universal Music Group. Son intention, pour l'heure, est donc de procéder à la cession des 29 % d'Editis qui atterriront au bilan de Bolloré, principal actionnaire de Vivendi. Avec l'aide de Lazard, de la banque Hottinguer et de la Société Générale, Arnaud de Puyfontaine, le président du Directoire de Vivendi, a mené des démarches exploratoires pour sonder l'intérêt de différents acteurs. Il se dit que Daniel Kretínský, le groupe italien Mondadori (ancien propriétaire de Flammarion), Reworld Media, Xavier Niel et le groupe LOV de Stéphane Courbit sont intéressés par cette participation dont la valeur est estimée à 200 millions d'euros. Yannick Bolloré a indiqué que Vivendi annoncerait à la fin de ce mois son candidat préféré pour un rachat de ces 29 %. Une méthode qui pourrait poser un problème avec les usages européens en matière de concurrence voulant que le numéro un d'un secteur ne doive pas choisir qui sera son principal compétiteur. Si Bruxelles doit clore son enquête au plus tard le 19 avril, le mécanisme du « stop the clock » devrait conduire le processus d'enquête jusqu'au 23 mai prochain.
Orange et son nouveau plan stratégiqueC'est le 16 février prochain que Christel Heydemann, la directrice générale d'Orange, présentera aux investisseurs son nouveau plan stratégique. Travaillé avec l'aide du cabinet de conseil Bain & Company, ce plan devrait être une forme de « Back to basic » pour Orange avec comme marqueur principal le recentrage sur le cœur de métier de l'opérateur : les réseaux télecoms (fixes et mobiles), la cybersécurité, et les services aux entreprises. En revanche, celle qui a été choisie pour succéder à Stéphane Richard devrait rompre avec les tentatives du groupe de percer sur le marché des contenus. Ce qui devrait passer par une cession de tout ou partie d'Orange Bank (un mandat a d'ores et déjà été confié à Lazard Frères) ainsi que de la plate-forme de streaming OCS (avec ses 3 millions abonnés) et d'Orange Studio à Canal +, mais pour un prix sans doute négatif. Orange Bank et OCS ont perdu ensemble au total 1,4 milliard d'euros depuis leur création. Il restera à définir les nouveaux moteurs de croissance en France, en Europe et en Afrique.